NATURE MORTE MÉMOIRE Réflexion La différence entre une photo tirée d'un magazine de décoration et une œuvre d'art dont le sujet peut également être une chambre ou une table, c'est la présence de l'homme, son passage ou sa proximité. Cette présence invisible mais réelle du cadre, de l'extérieur perceptible à travers la nature morte. En plus du sujet du tableau, on voit ou imagine l'extérieur. Comme si le tableau était un plan d'un montage cinématographique. Ce qui fait la vie ou l'émotion dans un tel tableau, c'est le passage attendu, deviné ou appréhendé de l'homme. Ce que l'on voit s'inscrit, même s'il est arrêté, dans une continuité. Par exemple, une scène de départ. Le dimanche après souper, je quittais ma mère. Dans l'auto, je jetais un dernier regard vers la fenêtre et là, je voyais ou croyais voir le rideau bouger. Parfois, je voyais une partie du visage de ma mère qui croyait que je ne la voyais pas. Elle me regardait partir, cachée derrière le rideau. Alors, l'adieu se prolongeait. Le rideau retombé me permettait de continuer à voir par l'imagination ma mère triste, seule, essayant de retarder le moment de l'adieu en épiant mon départ. Le tableau de la fenêtre permettait de deviner le cadre : la présence de ma mère. Dans cet esprit, la démarche pourrait très bien s'inverser. Ainsi le texte pourrait très bien prolonger l'œuvre. Donner l'extérieur, le cadre, l'avant ou l'après « nature morte ». Ce travail s'applique facilement quand il s'agit d'œuvres figuratives. Pour l'abstraction, je crois qu'il y a une recherche intéressante à faire en poésie. Trouver le point de jonction entre l'intérieur et l'extérieur du cadre, entre le voilé et le dévoilé. Je crois que la poésie présente dans l'œuvre picturale et écrite pourrait être le support privilégié pour cette jonction. |
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dimanche après souper
main pâle qui s'efface |
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Gilles Devault Trois-Rivières 20 juin 1999 |