Échange belgo-québécois NATURE MORTE MÉMOIRE - jour 5 le temps semble dans la poussière du travail prendre son temps s'allonger dans le jardin tranquille de l'instant la mélancolie repose sous les paupières pâles de l'oubli parfois dans une échappée du regard certain objet disparu s'immobilise se retourne et semble nous reconnaître la fenêtre grandit dans nos pauvres mémoires où c'est le temps autour qui se fait rare le paysage va et vient entre les artères du songe nous avale sang vif du souvenir et nous emporte avec lui main pâle qui s'efface l'ombre d'un tumulte dentelle retombée sourde cascade chagrin silences emmêlés en grappes mauves jupes larges de l'ennui dans le berceau déserté des hanches ma mère à la fenêtre absente déjà meurtrie d'enfance dévastée sur le seuil recommencé de l'attente l'ange de la nuit a déposé offrande dans le berceau de nos mains le souffle doré du jour l'ange du matin reprend étreinte dans ses bras de brume l'étoile épuisée d'un songe qui s'éloigne ilot de corail sur la banquise immobile de l'été au chaud sommeil affamé de ciels blonds dans le ventre bercé de plumes de l'été un ange sur l'épaule la tête sous l'aile repliée un homme berce son enfance dans le roulement ensommeillé de l'ennui une fenêtre prend l'air le paysage s'envole les fleurs qui se balancent sont des papillons qui s'attardent blanc sur fond d'été mésanges silencieuses sur le fil du matin le grain de la nuit en rosée sur le sable noces frileuses entre les ronces et la vase première averse blonde première lourdeur de l'aube noir sur fond de verdure cheval suspendu sur le ventre brûlant de la douleur éclats de larmes dans la paume astres éteints sur le sommeil de l'oubli la bouche rouge de ma mère dans la joie énorme de la mort brisure du marbre sur le fracas soyeux des glaces la nuit se glisse aveugle dans l'écorce foudroyée du jour dans la déchirure béante de la douleur des armes de sang se mêlent au vacarme des larmes prière vive sur le bûcher de la bêtise les cordes raides des nerfs s'endorment dans l'ombre blanche du silence bientôt s'enflent plaques sensibles sur le versant nord de la peau l'amertume s'est lovée un peu plus au chaud dans la chute d'une lèvre dans l'aigreur du sang un peu plus chaque matin dans l'arc du festin dans l'ombre creuse des reins plus au chaud un peu plus chaque jour diamant noir dans l'antre du chagrin osselets fracassés dans l'engrenage aveugle de la mémoire étreinte couchée là dans la fureur du sang juillet un wagon s'échappe glisse silencieux sur les rails de l'été une femme seule et grise dans ses cheveux se penche à la portière sourde et sans bagage comme si elle revenait d'un étrange sommeil sur le quai calciné jusqu'à quatre chats s'étirent la femme sourit retient le châle qui recouvre ses épaules remonte dans le wagon qui s'éloigne un geste de la main un regard dans une fenêtre vide parfum de violette dans la fourrure des champs endormis la longue journée aux méandres endeuillés s'endort sur l'épaule esseulée du chagrin des veuves en partance pour l'île fauve d'un autre jour un chat ferme les yeux le mystère s'éloigne crépuscule sentinelles endormies aux premières loges de l'automne Liège Académie des Beaux-Arts Vendredi 5 novembre 16h00 Bonjour , je viens de vous envoyer les textes séparés et numérotés. Espérons que vous les recevrez bien. Ici, les projets avancent. On voit sur les tables, des plaques de cuivre, de zinc et des épreuves. Tout prend forme petit à petit. Nous avons visité la bibliothèque de l'Académie : vieilles gravures, revues d'art, bibliothèques en chêne vitrées et fermées à clé. J'ai inscrit mes textes sur deux gravures; les autres seront insérés dans la mise en page du livre. Beaucoup de caractère et de texture dans cet atelier : papiers divers, plumes, pinceaux, colles, sirops, odeurs fortes, bruits du travail qui se fait (grattage, nettoyage, sablage). Tantôt, nous allons à un vernissage au château de Wegimont. À bientôt, Gilles Devault PS : Merci aux artistes belges de La Nouvelle Poupée d'Encre, et plus particulièrement au graveur Dacos, sans qui ces textes n'auraient pu être mis en ligne au jour le jour. |