

Les Éditions de la Catalogne sont heureuses de la parution de ce livre de témoignages dédié à nos parents, Alice Saint-Arnaud et Alphonse Bonenfant. Par sa nature, ce projet constitue en quelque sorte l'apothéose des publications de notre maison d'édition familiale et marque le 25e anniversaire de sa fondation, le 1er livre,
Rendre compte rendre grâce de toute une vie, de deux vies de quatre-vingt-huit ans chacune, n'était pas une mince tâche. L'écriture s'est échelonnée sur une période d'au-delà de vingt-cinq ans si l'on considère que le lecteur trouvera dans ce livre les témoignages qui avaient été rendus à Alice et Alphonse lors de leur cinquantième anniversaire de mariage en 1975. Sont également consignés dans ce livre les hommages individuels par leurs descendants qui leur ont été présentés en juin 1985 pour leurs Noces de diamant.
Si dans toutes les sections de la 1re partie nous nous adressions directement à eux, nous avons pensé qu'il serait opportun, portant le deuil de leur chaude présence, de parler d'eux. Ainsi, suite au décès de notre père Alphonse en 1993 et à celui de notre mère Alice en 1997, chacun a dressé dans la 2e partie le bilan d'un amour et d'un héritage qu'il nous plaît de qualifier d'exceptionnels. Nous avons alors envoyé des bouteilles à la mer, devinant qu'elles atteindraient l'autre rive, ce lieu de leurs amours éternelles.
Ce genre d'ouvrage occasionne forcément des redites, étant donné la multiplicité des auteurs et la similitude de certains rapports ou situations que plusieurs auront connus au cours d'une si longue vie. Nous prenons cependant le loisir, pour le lecteur pressé devant autant de pages, de signaler le caractère de certaines des contributions. Jean-Paul, l'aîné, dresse un portrait historique de nos parents, historique de par la successivité de même que par le portrait sociologique d'une époque. Notre frère Joseph, trop tôt disparu, y va d'une lecture parfois psychanalytique de la vie de nos parents (cf. extrait ci-dessous). Alors que Roland se consacre à une lecture thématique, sinon biblique, des faits et gestes de nos parents, Yvon se lance dans une représentation quasi mythologique des moindres petits faits de la vie quotidienne (cf. extrait ci-dessous). Il n'en est pas un ou une qui ne se soit défilé. Chacun et chacune y est allé bien humblement de sa perception de nos parents, de leurs rapports entre eux, avec nous, de leurs liens avec les êtres et les objets. Nous croyons que les diverses contributions, forcément d'inégales importances ce qui va de soi dans un ouvrage de cette envergure constituent un portrait réel et vivant de ces êtres magnifiques que furent nos parents.
Le lecteur lira également avec plaisir les contributions des petits-enfants et des arrière-petits-enfants. Chacun y va de son souvenir de petite enfance, tel Roger Rousseau, qui nous raconte la journée de ses dix ans qu'il a passée en visite chez ses grands-parents Alice et Alphonse. Chez ces derniers, la grand-parentalité n'était pas un vain mot. Cette relation était tissée de tendresse et d'humour, ainsi qu'en témoignent de nombreux écrits.
Le lecteur trouvera profit à consulter la section généalogique pour visualiser la filiation, pour connaître qui est le fils ou la fille de qui. Nous avons également voulu faire profiter au lecteur de l'exceptionnelle richesse de nos archives familiales visuelles. Trois imposantes sections de photographies commentées, qui dressent un portrait de la vie rurale de la première moitié du vingtième siècle vous sont donc offertes ; voilà des documents riches d'enseignements qui témoignent du long cheminement que constitue toute vie humaine.
« Une Alliance dans ses grandes
Trois générations de descendants se sont donc improvisés auteurs pour témoigner d'une race qui ne sait pas mourir, tous dignes descendants de pionniers de la terre-mère qui nous habite et du feu qui coule en nos veines et nous incite, à notre tour, à laisser des traces.
Qu'il nous soit permis de remercier ici quelques collaborateurs particuliers dont la générosité a rendu possible la parution de cet
Il nous reste à souhaiter une bonne lecture au lecteur éventuel qui ne succombera pas plus à la nostalgie que nous-mêmes ne l'avons fait. Il y reconnaîtra la vie, celle qui chante comme les torrents qui s'acheminent vers l'estuaire. Une vie au long cours, une alliance... dans ses grandes lignes.
Réjean Bonenfant, été 2002
(« Une Alliance dans ses grandes lignes », p.9-11)
Une Alliance dans ses grandes lignes
collectif
ISBN 2-9803083-1-5
408 pages (dont 96 de photos commentées, allant de 1910 à 2002)
Dimensions : 15,7 cm X 22,7 cm / 6" 3/16 X 8 15/16
En avant-goût, nous vous en offrons deux extraits.
DE Yvon Bonenfant (début d'un texte de 14 pages)
À papa
Un homme passe. Un homme vient sur terre et quelque part au long de ses jours, il regarde le ciel et
Voici ma terre,
mes pieds y sont ancrés.
Je l'ai labourée, je l'ai semée et j'y ai récolté.
Il y avait trop d'arbres, je les ai coupés.
J'ai essouché
et j'ai réuni branches et racines
pour en faire un abattis.
J'y ai mis le feu
et la cendre,
je l'ai étendue
sur le sol
pour qu'il soit fertile.
Un homme vient sur terre et quelque part au milieu de ses jours, il regarde les nuages et le soleil qui passent dans le ciel. Il est debout sur un coteau mais il est debout, en fait, au sommet de la plus haute montagne du monde. Cette montagne, il l'a escaladée, de rocher en rocher. Il regarde autour de lui. Sa terre est riche car le blé y pousse. La sueur perle sur son front. Son chapeau de paille lui fait un fleuve d'ombre dans la figure. Mais sa peau est hâlée. Sa peau a la couleur de la terre cuite. Sa barbe est courte et drue. Ce soir, ses enfants caresseront son visage en passant leurs petites mains sur ses joues rudes. Et pour la centième fois, il redira ces mots
Il est là debout dans la splendeur du jour. Debout au milieu de sa vie. Au juste point d'équilibre qui lui donne autant de passé que de futur, autant de futur que de passé. Il ne s'interroge guère sur le
Il est debout. De sa main, d'une poigne ferme, il vérifie la solidité du pieu. Il a chaud. Il essuie son front mouillé. Et comme il a soif, il boit lentement, à même le goulot d'une cruche, l'eau qu'il a pris la précaution d'apporter.
Cet homme est debout au milieu de sa vie. L'eau le rafraîchit. Et dans un geste plus grand que l'infini, il lève son chapeau. Pour saluer le ciel. Pour saluer les nuages. Pour saluer le soleil. Pour saluer la vie.
Cet homme est debout. Solidement debout. Pour l'enfant que je suis alors, encore et maintenant, c'est un
[...]
(« Une Alliance dans ses grandes
DE Joseph Bonenfant (extrait d'un texte de 23 pages)
Alice, Alphonse, pour l'amour, à la vie, à la mort
[...] Lundi 29 janvier 1996
[...] Je ne sens pas qu'elle m'abandonne. Je ne vois pas sa mort comme un énième et ultime sevrage. Au contraire, même s'il est dans l'ordre des choses, je le vois comme une étape cruciale pour moi. Chaque personne est concernée par la mort d'un être qu'il aime. Je serai pour toujours l'enfant qu'elle a mis au monde le 29 avril 1934, dans sa 27e année, alors qu'elle était d'une beauté resplendissante, et certainement la meilleure mère du monde, et, encore aussi certainement, la plus belle femme de la planète. Je m'imagine dans ses
C'est d'abord cette maman dans la fleur de l'âge que je vais bientôt perdre, cette maman océanique qui m'a tout donné. Celle qui était tout deviendra bientôt comme rien. Son corps réel va nous être enlevé, mais pas sa présence, ni son souvenir. C'est elle que j'appellerai toujours maman, ma si belle et si bonne maman. Ma tendre et douce maman, ce trésor que Dieu m'a donné et qu'il ne me retirera jamais, celle que j'aimerai si fort jusqu'à mon dernier souffle. Maman respire encore, je suis heureux.
Jeudi 8 février 1996
Quand j'ai appris la mort de maman, le mercredi 31 janvier 1996, à 22 h 15, j'ai pleuré abondamment comme tout enfant qui se sent soudain complètement orphelin. Elle avait lâché son dernier souffle, très doux, depuis une demi-heure, entourée de Roland et d'Irène, de Réjean et d'autres, qui lui ont chanté
[...]
(« Une Alliance dans ses grandes lignes », p.281-3)