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LA CÉRÉMONIE DES ADIEUX, par Claude Bonenfant

Guy Drouin le 26 avril 2003
Les funérailles de Guy Drouin ne pouvaient être que laïques, comme il l'avait souhaité. Elles ont eu lieu ce samedi 3 mai 2003, quelques jours après sa mort, soit le temps nécessaire pour prévenir ses proches de son décès subit. À partir de 14 heures, les parents et amis avaient rendez-vous au complexe funéraire Philibert de Trois-Rivières ; à 15 heures, devant l'urne contenant ses cendres, une brève et sobre cérémonie d'environ 45 minutes a donné lieu à de touchants témoignages et réflexions autour de sa vie et de sa mort. C'est de cette cérémonie des adieux que je veux rendre compte, afin que la mémoire de Guy reste vive en chacune des personnes qui l'ont connu et aimé. ( La photo fut prise deux jours avant son décès, chez lui à Trois-Rivières. )

Mentionnons d'abord la présence des gens des divers horizons de sa vie, soit tout d'abord sa famille, immédiate et élargie ; ensuite un impressionnant réseau d'amis dont le noyau principal est formé des amitiés adolescentes de la polyvalente Chavigny, noyau qui s'est greffé par la suite à la troupe du Théâtre de face ; aussi des amis et collègues de l'UQTR et de son école de français de même que de l'Université Sainte-Anne de la Nouvelle-Écosse où Guy enseignait depuis 1988.

J'ai donc d'abord eu l'occasion de présenter Nicole, la sœur aînée, qui a livré un témoignage bien senti sur le trait caractéristique de la personnalité de Guy, sa discrétion. Elle s'est dite extrêmement fière de voir son frère dans le dictionnaire Hachette des écrivains du Québec. Mentionnons que c'est le poème cité dans cet ouvrage que l'on retrouve sur le signet-souvenir remis aux convives.

La chanteuse et amie Marie Olscamp a suivi en interprétant a cappella la très belle chanson L'Étoile du nord composée par Gilbert Langevin et mise en musique par Claude Gauthier. Cette chanson est extraite du tout récent spectacle de Marie consacré aux poètes québécois. Un pur ravissement. Réentendons quelques mots :

Je pourrais vivre encore / avec toi dans la nuit
Une étoile est en moi / une étoile est en toi [...]
Je t'aime tout autant / sauf que je suis parti
Vers un nouveau pays / au large de nos vies [...]
C'est comme la première neige / et le premier printemps
Mon amour, mon amante / mon étoile du nord

Le comédien et ami Gilles Devault, après avoir souligné l'importance de la lecture pour Guy – son attitude boulimique pourrait-on dire –, nous a lu la toute première page de À la recherche du temps perdu : Longtemps je me suis couché de bonne heure... L'œuvre de Proust, on le sait, est colossale et Guy l'a relue, comme si de rien n'était, en l'espace d'un été. Mentionnons que Guy avait produit son mémoire de maîtrise sur Marcel Proust et Louis-Ferdinand Céline sous la supervision de Jacques Paquin à l'UQTR.

Tout le monde a été surpris du départ subit de notre ami. Le témoignage que j'ai ensuite livré, moi Claude Bonenfant, voulait avant tout décrire la progression de sa maladie et les circonstances de son rapatriement à Trois-Rivières par ses sœurs Nicole et Line. Enfin, pour tenter de décrire le deuil profond qu'engendre son départ, j'ai utilisé le texte de Michel Tournier La leçon des ténèbres, qui montre comment en vieillissant nous faisons de plus en plus partie de la communauté des morts.

Ce fut ensuite au tour de la comédienne Marie Brassard, amie d'enfance de Guy, de prendre la parole pour présenter et nous lire deux extraits de lettres particulièrement significatives. La première lettre était signée par Pierre Corbeil ( leur ancien professeur à la polyvalente Chavigny ) peu de temps après le décès de la mère de Marie survenu alors que celle-ci était encore adolescente. L'autre lettre était de Guy qui lui parlait de l'importance de son amitié et qui lui transcrivait le texte anglais d'une chanson de Bob Dylan.

Il y eut aussi l'écrivain Réjean Bonenfant, ancien professeur à Chavigny et ami de Guy depuis lors, qui nous a lu un texte qui faisait revivre ces années soixante-dix de la fin du secondaire où le journal étudiant avait pour nom L'Apatride et où les mentors de cette jeunesse en ébullition se nommaient Jack Kérouac ou Boris Vian ou Janis Joplin.

Sa grande amie, la comédienne Renée Houle, a lancé un très doux cri du cœur en interpelant Guy directement, comme pour l'inviter à nous revenir ou du moins à rester en nous.

Afin de donner la parole au plus grand nombre, j'ai aussi lu quelques courts textes dont celui-ci, de Lise Castonguay, s'inspirant de la photo du moine apostat qu'elle nous a gracieusement fournie pour la page d'accueil :

« J'entends de source fraîche qu'au bout d'un long et pénible voyage, un pèlerin mécréant aveugle et sourd, épuisé de vie, a par mégarde heurté de son bâton les portes du paradis. Était-ce l'œuvre d'un hasard meilleur ? ...Dans le plus grand secret, derrière les portes entr'ouvertes, Zeus l'attendait. »

Il y eut également quelques extraits de courriels qui nous sont parvenus au cours de la semaine, dont celui-ci de Céline Guilbert :

« Pour l'avoir connu par le biais du théâtre et surtout en partageant mon appartement avec lui, je garde le souvenir de sa grande gentillesse, de sa grande douceur, de son humour que j'appréciais et partageais avec lui. »

Finalement, c'est à Marie Olscamp qu'a été confié le moment de clore cette intime cérémonie des adieux. Elle a choisi une autre chanson de son plus récent répertoire, cette fois Toi l'ami du regretté Sylvain Lelièvre. A cappella, toujours. Entendons encore les mots de la fraternelle complainte que le vivant ou le mort nous adresse :

Toi l'ami dont jamais je ne saurai le nom
Toi mon frère inconnu, toi ma sœur anonyme
Toi qui es là ce soir qui entends ma chanson [...]
Je veux te dire au moins que je marche avec toi
Et que tu n'es pas seul malgré tant de silence
Que par-dessus les mers, les villes et les toits
Se rejoignent nos mains à force d'espérance.

Reprenant à notre compte cet humour décapant qui le caractérisait, nous dirons que nous sommes allés porter en terre notre immense ami Guy Drouin, celui qui savait plus que quiconque à quel point le corps est une mécanique fragile et complexe et lourde de sens, mais que nous l'avons porté, comme il l'avait souhaité et comme lui-même l'aurait dit, dans sa version simplifiée. Question poids et volume. Voyager léger, quoi ! Être réduit, comme on dit, à sa plus simple expression. Ce qui est plus discret, et commode, bien sûr, un seul porteur suffit. L'exercice n'en est pas moins lourd, il faut le dire, sous le soleil oblique des premiers beaux jours de mai. Rictus. Et puis sourire.

La réception qui a suivi, avec le goûter généreux et le vin abondant, a été, on le devine, l'occasion de retrouvailles animées pour des amis qui souvent ne s'étaient pas croisés depuis des années. Nombreux sont ceux et celles qui se sont ensuite rejoints au Zénob de la rue Bonaventure, histoire de revivre dans des lieux plus familiers les anciennes tendresses... ou de goûter quelque nouvelle bière. Rictus de l'absurde destinée humaine. Mais surtout beaux sourires.

Un bel après-midi de mai, tu nous as réunis.
Nous avons reconnu ta discrète présence.
Elle est là en chacun de nous.
Et chacun la garde toute entière.

Guy Drouin (au centre) à la terrasse avant du Zénob, été 2002. Photo: Judith Cowen

Photo : Judith Cowan

Été 2002. Guy Drouin ( au centre )
en conversation avec Marie-Anik Châteauneuf et le musicien Manu Trudel,
attablés à la terrasse avant du Zénob.



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