
6 mars 2000 |
|
Chroniques Choses apprises SOURIRES DE LECTURES ET D'AILLEURS Si tu ignores cette chose, enseigne-la. France, une copine, me fait la
- T'es certaine? Est-ce que c'est possible? Bon, je ne suis pas particulièrement fin causeur j'admets, mais rire? Il arrive, dans les périodes un peu plus troubles de sa vie, que de pareils propos prennent soudain des résonnances qui, en d'autres temps, n'auraient en soi parfaitement rien atteint. Tiens, un jour, c'était justement dans une de ces périodes pas très gailonla, ma colocataire de l'époque s'amène à la maison avec une copine à elle. Je n'avais jamais vu cette fille auparavant. On me présente et à brûle-pourpoint l'inconnue me lance : - T'es le genre de gars qui ne fera jamais rien pour obtenir ce qu'il veut vraiment. - Quoi? Qu'est-ce que tu veux dire? L'a pas expliqué. J'ai été en présence de cette personne quatre minutes et une phrase qu'elle a dite me hante encore vingt ans après. Où avait-elle lu ça? Les yeux? L'air moche? Était-ce un oracle? Comment interpréter cette révélation? Qu'en faire? Voilà ce que c'est quand ça va pas mon vieux... Je devais quand même concéder, je m'esclaffe fort peu. France était toujours là et je pouvais voir qu'elle se troublait quelque peu de ma mine introspective. Fallait donner le change. - Je pouffe souvent de rire, tu sais, mais c'est comme... en sourdine... - Quand tu ris, on voit jamais tes dents. Là, ça n'avait certainement rien à voir avec une quelconque tare morale, psychologique, existentielle ou pepsodentesque; cette gueule ma fille, ce n'est sûrement pas moi qui l'ai choisie et qui plus est, ce n'est pas non plus que je veuille cacher quoi que ce soit, étant fort propre de ma personne en général et de ma mâchoire en particulier. Autour on s'éclatait de rires de plus en plus sonores. Ciel! Est-ce là pétante santé mentale ou effets d'un taux d'alcoolémie pantagruellique? (Mental health is overrated, disent les Barenaked Ladies!) Bref, je m'inquiétais. Concédons-le également, les bruyants bidonneurs ont un avantage mondain marqué sur les porteurs de rictus mal léché genre moi-même. Ceci dit sans envie aucune, ils me font généralement fort chier. Pensez, mesdames messieurs, à ces cabotins d'autobus scolaire de notre enfance enfuie, gueulards criaillant leur connerie dégoulinante. Il n'y en avait que pour eux les salauds! La haine que j'ai ressentie! Et Languirand? Vous le trouvez sympa avec ces cascades de rires caracolant et après chacune desquelles on peut toujours distinctement entendre le copyright identifiant la Je le voyais bien que France commençait à s'emmerder sérieusement. - Je ris beaucoup, tu vois, intérieurement... tu comprends? - Ouais, je vois... Qu'est-ce qui me fait rire? Les humoristes me pompent et les blagues de party me sidèrent. Pourtant, je me reconnais plutôt, par intermittence il est vrai, du côté de la légèreté. Je tente Un jour George Bernard Shaw envoya un faire-part invitant Winston Churchill à la première de sa toute récente pièce de théâtre. L'invitation était rédigée comme suit. Et cela Voltaire avait été, dans sa jeunesse, embastillé pour libelle par une lettre de cachet de Louis XV. Or, beaucoup plus tard, le même Roi lui octroya une généreuse pension de subsistance. Pour le remercier, Voltaire lui fit ce France est partie quelques instants pour la salle de bains mais je continue quand même pour vous tout seuls... Il est une vieille coutume d'étiquette protocolaire qui veut que lorsqu'on présente les invités d'une table d'honneur, on se place devant, au centre et que l'on présente d'abord la personne se trouvant à l'extrême droite de la table puis celle à l'extrême gauche et on va ainsi de droite à gauche en s'arrangeant pour que le personnage le plus important placé au milieu de la table d'honneur soit présenté en dernier lieu, n'étant suivi que de son escorte. Or une institution d'importance reçut un jour rien de moins que Monsieur l'Ambassadeur de France et sa dame. Un maître de cérémonie de ma connaissance présenta donc ses invités, selon le protocole décrit plus haut, allant à droite puis à gauche vers le centre mais, mauvais calcul, il arriva au centre de la table du côté de l'épouse de l'Ambassadeur. Confus, il s'excusa en ces Et ce bon vieux Yogi Berra, souffre-douleur des Américains, qui se fendit de ce France n'est toujours pas revenue. Ah tiens! Lorsque j'enseignais le français comme langue seconde à des anglophones en immersion, j'avais demandé à une étudiante, question de converser, de raconter quelque chose qu'elle avait fait la veille. Elle décida de parler d'un repas qu'elle avait préparé. Puisqu'on étudiait alors les verbes pronominaux, en apprenante consciencieuse, elle commença J'aimerais, France, te parler de Mark Twain disant Voilà, ne voyez-vous pas le léger mouvement à la commissure de ma lèvre inférieure? Je ne suis pas si sinistre que j'en ai l'air, dites-le. Je ris, je vous assure! Vous avez vu France quelque part? France, je t'ai parlé de ma vieille chum Renée? Comme moi bien enveloppée, Renée qui disait France, tu connais Renée Houle*? Le rire de Renée! si tu savais comment elle s'éclate! Elle! Il y a maintenant quarante-cinq minutes que France est partie pour les toilettes. France ne reviendra pas. Guy Drouin
© Guy Drouin & RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2000-2004) Tous droits réservés. |