8 mars 2000




Chroniques Une petite à votre intention


« MON MÉTIER ET MON ART, C'EST VIVRE »
Montaigne

« C’était beau. Que c’était beau! Les décors magnifiques, les costumes somptueux, les jeux d’éclairage rendaient l’atmosphère magique! Les chanteurs étaient bons et l’orchestre sonnait bien. » Suit généralement un résumé de l’œuvre, la mention du chef d’orchestre, du metteur en scène et la nomenclature des chanteurs.

Je viens de vous brosser le tableau d’un compte rendu typique d’un spectacle musical. Il faut bien dire que ces propos nous laissent sur notre appétit. Qu’en est-il vraiment de la vision du chef d’orchestre en regard de l’interprétation de l’œuvre? Le travail avec le chef d’orchestre est toujours exigeant, et le maestro doit être stimulant, inventif, patient, inspiré. Il sait où il veut conduire son orchestre. Une belle complicité s’épanouit entre lui et les musiciens. Quelle collusion entre le chef et les chanteurs!

Et qu’en est-il au juste de la longue quête des musiciens-chanteurs à la recherche de la juste interprétation vocale. Ah! ce redoutable carcan, ce formidable corset de fer de la barre de mesure, ces silences lourdement pesés, fortement imposés, dont il faut se faire les complices. Il faut apprendre à s’en servir, et peut-être qu’alors le spectateur attentif, nous voyant respirer, va s’avancer davantage sur son siège, plus soucieux, plus curieux de la petite musique du texte et de l’instrument qui l’émet.

Docere, delectare, movere, (prouver, plaire, émouvoir) telle est la devise de l’artiste. Mais la machine du siècle passé et d’aujourd’hui proclame davantage l’irréductible triomphe des yeux, des yeux grands ouverts sur le monde souvent artificiel, un milieu que l’on peut modifier d’un simple « clic! » Un milieu social où tout va vite, si vite, trop vite. Cela se supporte, mais ce n’est pas tout. Il existe un univers que nous percevons avec nos oreilles, un monde fait de vibrations, de modulations, de contrepoints, d’harmonie, une sphère où il faut laisser parler son cœur, son âme, sortir ses « tripes », sans crainte ni pudeur. En musique, au théâtre, la continence, cela n’existe pas!

Je vous invite donc, au fil des prochaines chroniques, à pénétrer dans l’univers mythique de la musique classique, un monde où Mozart, Mahler, Beethoven, Puccini, Verdi, Vivaldi, deviendront pendant des semaines nos meilleurs compagnons, un miroir, une eau profonde où l’on se penche vers sa partition comme on se penche vers l’être aimé.

Cette divine musique se nourrit de notre être intime, de nos fluides physiques et psychiques, de notre sensibilité, de notre âme. Il nous faut la nourrir avec assiduité, avec un courage de Titan et une patience infinie. C’est en lui-même, et en lui-même seulement, que le chanteur trouve comment exprimer la fureur d’Othello, la douloureuse résignation de la Maréchale, la misérable grandeur de Wotan, les amours de Tosca, le bagout de Figaro, la sensualité et la fierté de Carmen.

C’est ce que je vous propose, au gré des rencontres, au gré des spectacles présentés sur nos scènes. Un merveilleux voyage vers l’interprétation, là où l’émotion exprime ses lettres de noblesse, un monde où le temps a bien suspendu son vol. Je vous convie dans un univers de passion.
Mais la passion, c’est envahissant, vous savez!


Francelyne Du-Sablon





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