
7 avril 2000 |
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Chroniques Une petite FABRICANTS DE RÊVES
Quand la toile descendait Rudolf Noureev ne s’arrêtait que graduellement de danser. Il serait mort, avouait-il, si, soudainement, on l’avait immobilisé. Remontant en sa loge pour se démaquiller, le chanteur, lui, est-il muet soudain? Non pas. Heureux ou mélancolique, ayant libéré son âme de ce qui l’exaltait, il oriente déjà sa pensée vers de nouvelles envolées. Quel que soit le cadre choisi, l’interprète va bien au-delà du mot. Interpréter signifie rendre audible le chant intérieur. Inspirer, c’est se concentrer; expirer, c’est se détendre. Ainsi le chant est à lui seul concentration et détente. L’opéra, c’est quand on ne peut plus parler, alors on se met à chanter. Il faut le voir dans l’un des plus grands rôles Livret : Floria Tosca, fidèle amante du peintre Mario Cavaradossi et célèbre cantatrice, voit sa vie changer dramatiquement dans un court laps de temps. Une heure auparavant, elle chantait à la cour de la reine. Depuis, elle a vu Mario enchaîné, torturé et condamné à être fusillé. Elle a réussi à repousser les assauts de l’odieux chef de police Scarpia, mais pour se sauver et sauver Mario, elle n'a d’autre choix que de le poignarder. Cependant, la ruse diabolique de Scarpia réussit par-delà la mort et Mario est fusillé. Floria se précipite dans le vide du haut de la tour du château.En l’espace de deux heures, Tosca traverse toute une gamme Bernard Uzan, lors d’un Il existe en toute musique, outre la pensée du compositeur, l’âme de l’exécutant qui, par un privilège acquis seulement à cet art, peut donner du sens et de la poésie aux phrases. L’inspiration n’est pas un état de grâce, mais plutôt une pointe de grâce! une fine pointe où l’âme culmine quelques instants à la cime d’elle-même. La musique trouve toujours un lieu de refuge. Dédale, enfermé dans son labyrinthe, a bien inventé les ailes qui lui ont permis de s’élever dans les airs. Alors, si on a un certain instinct, du savoir, de l’inspiration et beaucoup d’humilité, si on est en alerte constamment, les yeux ouverts sur les autres et sur tout, alors on trouve ses ailes. La musique est un plaisir si passager, on le sent tellement s’échapper à mesure qu’on l’éprouve, qu’une impression mélancolique se mêle à la gaieté qu’elle cause; mais aussi, quand elle exprime la douleur, elle fait encore naître un sentiment doux. La musique nous transporte dans un monde où la douleur ne cesse pas d’exister, mais s’élargit, se tranquillise, devient tout à la fois plus calme et plus profonde, comme un torrent se transforme en lac. Elle nous oblige à nous oublier, à oublier notre vraie condition, elle nous transporte dans un état qui n’est pas le nôtre; sous son influence, on a l’impression de sentir ce qu’en réalité on ne sent pas, de comprendre ce que l’on ne comprend pas, de pouvoir ce que l’on ne peut pas. La musique double l’idée que nous avons des facultés de notre âme; quand on l’entend, quand on la chante, on se sent capable des plus nobles efforts, on se sent béni des Dieux. ![]() |