
29 avril 2000 |
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HOMMAGE À JOSEPH BONENFANT 1934 - 2000 ![]() Petit Joseph. Petit Joseph. C'est ainsi que te surnommait tout affectueusement Grand Père Bonenfant, qui lui-même portait cet universel et chrétien prénom, qui à l'instar de celui de Marie, nous baptise enfant du ciel et de la terre. Enfant du ciel et de la terre. Du ciel, par ton front qui reçut les eaux baptismales mais de la terre avant toute chose. De cette terre paternelle dont tu portais les racines en ton cur avec fierté, tendresse et respect. De cette terre maternelle qui t'engendra dans une enfance ronde, à tout jamais heureuse et, pour laquelle, tout au long de ta vie, tu louas le ciel. De cette louange qui prenait la forme d'un amour Le chapitre deuxième commença en septembre 47 quand le taxi et le destin te conduisirent dans le lointain Trois-Rivières, dans cette deuxième famille toute franciscaine où, séraphique et pensionnaire, tu t'adonnas tout entier à de ferventes études. Dans la filiation des langues Ce chapitre marqua tous les suivants. Sherbrooke, Québec, Montréal, Paris, Sherbrooke, Trois-Rivières. Parcours d'une vie. Le temps d'un noviciat, le temps des études philosophiques, le temps d'un baccalauréat et d'une maîtrise, le temps d'un doctorat, le temps d'une carrière et d'une passion, celle de l'enseignement; et enfin, le temps du retour aux sources. Avec toujours, en ton cur franciscain, une flamme vivante, vibrante, rayonnante. Au chapitre troisième du livre de ta vie, au temps des cerises et des lilas fleuris, au temps du Tu nous l'as Ta quatrième et certes ta plus large famille fut celle que ton enseignement rassembla en un continuel banquet. D'un côté, tous ces affamés du savoir, futurs bacheliers et bachelières, tous cadets et cadettes de l'humanité lisante et dévoreuse d'uvre; de l'autre côté, les aînés, tous êtres de papier et Ta cinquième famille est l'extension de celle qui précède. Vivant parmi les vivants, la vie universitaire loin de t'isoler en ses tours d'ivoire, il te fut donné de fraterniser avec bon nombre de ceux et celles qui, d'ici ou d'ailleurs, font uvre de paroles et de discours pour dire l'humain dans sa réalité et dans sa fiction, dans ses beautés comme dans ses laideurs, qui par l'essai et l'analyse, qui par le romanesque, qui par le poétique. De comité en colloque, de correspondance en rencontre, tu tissas avec eux et elles les liens d'une amitié féconde. Dans l'abolition des générations, des styles et des pratiques, que l'un ou l'une s'appelle Gaston, France, Alain, Pierre, Marcel, Michèle, Roland, André(e), Fernand, Andrea, Hélène, Madeleine, au-delà des mots qui vous unissaient en une commune démarche, c'est l'humain qui prenait visage, ses solitudes enfin rompues, ses rires comme ses pleurs trouvant échos et profondeurs. Entre vous, la neige dans son absolue blancheur; entre vous la neige, non celle qui sépare, mais celle qui unit, comme un secret bonheur. Ton implication dans la vie littéraire t'a valu de siéger sur maints comités d'attribution de bourses et de prix littéraires. Homme de jugement, tu fus mis à contribution et jamais tu ne te dérobas à la tâche toujours ingrate qui incombe à qui doit choisir. Toute ta sixième famille, celle de tes écrits, est née d'un minuscule objet, ta plume, fontaine prolifique. En amont, l'analyste, le critique, le commentateur qui donna jour à des dizaines, à des centaines d'articles, publiées en journal, en revue, en préface, en postface. En aval, l'écrivain, le romancier, le poète qui livre par le signe et par le sens, la face cachée d'une passion sans cesse renouvelée, cet amour incandescent pour la parole, pour le Verbe. Tu savais que les mots ont un corps sonore qui fait vibrer l'air de ses très chantantes musiques, tu savais que les mots ont une âme et qu'ils s'infiltrent jusqu'à l'intime de l'autre pour le bercer, l'enchanter, l'émouvoir. Tu fus homme de parole, et dans le dit et dans l'écrit. Homme de sang bleu et de plume, homme de polysémie, tu habitas tous les continents de ton être et les cartographias avec fidélité. Tu nous laisses une uvre de grande valeur, sans parler de celle, inédite, d'un journal tenu durant au-delà de cinquante ans. Certains de tes livres se méritèrent des prix. Et nous ne sommes pas sans penser que tes écrits, tout comme ton enseignement, ont grandement contribué à la reconnaissance officielle que tu as reçue en 1996 lorsque tu fus nommé membre de l'Académie des lettres et des sciences humaines de la Société Royale du Canada. Ta septième famille, la plus essentielle, fut celle que tu adoptas très tôt dans ta vie parce qu'elle correspondait à une quête spirituelle, à un désir de te Le livre de ta vie se referme ici. Trop tôt hélas! Nous savons tous qu'il contient de nombreuses pages blanches, celles que tu te promettais d'écrire en ton âge d'or et de sagesse. Combien de projets inachevés tu laisses en tes cartons. Celui qui décide de tout te rappelle à lui aujourd'hui, te veut pour les temps à venir enfant du ciel et d'infini. Tu pars. Tu nous quittes. C'est avec une immense tristesse que nous l'acceptons. Nous voici orphelin de toi, de ta présence, de ta vivacité. C'est en notre cur uniquement désormais qu'il nous faudra te rencontrer. Et si, là-haut, il t'arrivait de ne pouvoir résister à l'intense désir de reprendre la plume, souviens-toi que le gardien à barbe blanche ne refuse jamais de prêter la sienne à qui lui chante d'une voix Petit Joseph d'alors, Grand Joseph d'aujourd'hui, nous te saluons. De tous nos bras réunis nous te serrons une dernière fois sur notre cur. Que la vie te soit maintenant éternelle. Tu la mérites. Nous t'aimons. |