
14 mai 2000 |
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Chroniques La mémoire au jour le jour LES TRACES DE LA RELÈVE Dans tous les domaines de la création, il importe que les aînés apprennent à côtoyer les nouveaux arrivants afin d'être bénéfiquement bousculés dans le confort relatif qui s'installe lentement, qu'on le veuille ou pas, au fil des ans. Les regards neufs et les nouvelles démarches ne nous effraient pas; elles ne peuvent que nous stimuler davantage et, parfois, contribuer à vivifier ce qu'il nous plaisait de nommer notre feu sacré. À tout le moins à en remuer les cendres encore chaudes. En retour, ceux qui ont une certaine expérience, ceux qui se rangent du côté d'une certaine puissance plutôt que de celui du pouvoir, ceux qui participent de l'institution littéraire plutôt que de pactiser avec elle, ceux qui consentent à être une autorité plutôt qu'à en avoir, enfin tous ceux-là peuvent devenir des personnes ressources importantes pour quiconque fait ses premiers pas. N'est pas Rainer Maria Rilke qui veut. Humblement, il s'agit de confirmer aux gens de la relève qu'il importe de délaisser les ornières et les influences pour créer ses propres empreintes à soi. Créer des traces nouvelles. À la Société des écrivains de la Mauricie, nous sommes sensibles aux nouvelles voix. Ainsi, lors de la dernière fête de la Saint-Valentin, le 14 février, nous avons donné la parole aux gens de la relève. À cette occasion, chacun était jumelé à un écrivain professionnel. Ce fut une expérience enrichissante pour tous. Ainsi, j'ai moi-même été jumelé à une écrivaine de la relève qui avait mon âge. Et pourquoi pas? Il n'est jamais trop tard pour se lancer en création. Plus tard en saison, nous avons tenu une deuxième activité, cette fois à la Chasse-Galerie de l'Université du Québec à Trois-Rivières à l'intention des étudiants en création littéraire. Ce fut l'occasion d'entendre les Annie Dufresne, Pascaline Brisson, Alexandre Landry, Mathieu Croisetière, David Forget, Pierre Labrie et quelques autres. Les étudiants en ont alors profité pour lancer leur revue de création intitulée L'Écritoire. Une troisième rencontre, regroupant principalement de jeunes auteurs du cégep de Trois-Rivières a eu lieu au Zénob le 27 avril dernier. Nous avons alors pu entendre les Marjolaine Deschênes, Rosaline Deslauriers, Éric Doucet, Daniel Rondeau, Mathieu Riendeau, Alexandre Landry et, ce qui fut une véritable découverte pour tout le monde, Pierre-Luc Desmeules. La chanteuse et performer Nathalie Houle nous a alors livré des prestations inoubliables. Toutes ces rencontres ont été animées avec entrain par le poète Carl Lacharité, lauréat du prix de poésie Alphonse-Piché 1997. Les étudiants de littérature du Cegep de Trois-Rivières ont aussi lancé, il y a quelques jours, leur propre revue de création, non seulement littéraire mais également en arts visuels, intitulée Le tiroir de l'Imajuscule. Nous saluons ce beau travail d'édition. Les comparaisons sont souvent inutiles. Parfois, elles ne le sont pas. Ainsi, si nous lisons tour à tour L'écritoire et Le tiroir de l'Imajuscule, force nous est d'admettre que les étudiants du Cégep ont créé une revue qui sera pour longtemps une référence. La valeur des textes, la correction, la typographie et la présentation générale feront certes des envieux chez leurs aînés de l'Université qui ont un peu bâclé le travail d'édition de L'Écritoire. Je risque une Je salue néanmoins bien bas l'effort de tous ces jeunes qui créent des revues. Celles-ci constituent d'utiles rampes de lancement pour les paroles nouvelles. Il convient de signaler ici l'accueil significatif que reçoivent les écrivains de la relève dans des revues importantes comme estuaire, Art le Sabord et Exit, revues nationales voire internationales qui ont toutes des liens d'appartenance avec Trois-Rivières. J'aimerais évoquer maintenant l'apport de la Société des écrivains de la Mauricie (SEM) qui, depuis au-delà de vingt ans, organise un concours en prose et en poésie pour le grand public. Cette année, trente-huit manuscrits ont été reçus. Les participants verront des extraits de leurs oeuvres lues en public lors de la remise du Prix littéraire de la SEM, le mercredi 7 juin, à 19h30, à la mezzanine de la bibliothèque Gatien-Lapointe de Trois-Rivières. Plusieurs écrivains de la Mauricie ont fait leurs premières armes lors de ce concours. Les maisons d'édition étant tellement sollicitées, les concours, ainsi que les revues, constituent de belles portes d'entrée dans le monde de l'écriture. Il existe également un programme national de parrainage, administré par l'Union de écrivains Québécois (UNEQ) qui jumelle un jeune auteur à un écrivain. Ainsi, je parraine actuellement la jeune romancière Véronique Marcotte pour son deuxième roman. C'est là une aventure absolument ennivrante que de cheminer ainsi auprès d'une jeune auteure. Nous avons énormément de plaisir, de part et d'autre, à faire revivre la tradition médiévale du compagnonnage. Pendant deux ans, j'ai administré un programme régional de parrainage, les subventions nous venant du ministère des Ressources humaines. Sur les six jumelages effectués, quatre ont abouti à la publication d'un livre. Ce programme a été discontinué. Si ce ministère fédéral avait continué à subventionnr la culture plutôt que les entreprises de textile, sans doute ne serait-il pas sous enquête comme il l'est maintenant. L'euphorie qu'engendre la fréquentation des auteurs de la relève pourrait bien nous faire oublier de parachever nos propres oeuvres. Il ne se passe pas une semaine sans qu'on nous demande de lire un manuscrit, de donner nos commentaires, parfois même d'écrire la biographie de quelqu'un. J'ai appris à dire non. Je ne ferais que cela. Mais il y a des exceptions qui nous enchantent. Après avoir dit non à un postier il y a quelques semaines et à un veilleur de nuit il y a quelques jours, j'ai succombé au plaisir de lire l'autobiographie d'un jeune auteur de quatre-vingt-deux ans qui sait que ce premier livre sera son dernier. J'y ai fait de belles découvertes. Il fait plaisir de constater que des gens choisissent notre moyen d'expression à nous, l'écriture et l'imprimé, pour laisser des traces. Malgré l'avènement des nouvelles technologies, nous nous rendons compte que le livre constitue encore et toujours le moyen privilégié pour inscrire, dans le temps et dans l'espace, le témoignage d'une vie et de ses rêves. ![]() |