1er juin 2000




Chroniques Une petite à votre intention


LES FESSES À VÉRO

« Je me poserai sur ton coeur comme un oiseau sur la mer. »
Charles Van Lerberghe et Gabriel Fauré
Le Jardin clos

Respiration et rythme : notre harmonie.

Les pensées entrent et sortent avec le souffle, disent les sages de l'Asie, et chaque souffle d'air est un mystérieux tissu qui va vêtir une âme.

Fonction essentielle, la respiration dure autant que l'aventure humaine. C'est un véritable rite qui met en relation l'homme et l'univers. Le vent pour la terre et les eaux, le souffle pour l'homme.

Dans la Chandoya-Upanishad, on lit :
Quand le feu s'en va, il s'en va dans le vent.
Quand le soleil s'en va, il s'en va dans le vent.
Quand la lune s'en va, elle s'en va dans le vent.
Ainsi le vent absorbe toutes choses...
Quand l'homme dort, sa voix s'en va dans le souffle, et ainsi font sa vue, son ouïe, sa pensée.
Ainsi le souffle absorbe tout...
Tout l'art de la vie consiste à ne pas gaspiller ce souffle précieux, mais à le mettre en oeuvre, à le faire s'épanouir, au flux et au reflux d'un paisible échange qui imprime en notre être une étrange et rythmique permanence.

Rythme tant convoité, tu refuses de t'exprimer dans un corps tendu, crispé, aiguillonné par la volonté de faire, par la volonté de prouver, tu refuses de t'exprimer dans un corps demeuré indifférent. Rythme, tel un enfant, tu désires t'amuser et jaillir de l'harmonieux élan d'un corps en fête.

Une de mes élèves exprimait ainsi les difficultés éprouvées face au rythme : « Je respire bien... mais comment se fait-il que je me sente toujours à bout de souffle? comment se fait-il que j'aie de la difficulté à respecter le rythme? »

Je lui ai alors expliqué l'importance de concentrer ses forces très bas dans le corps, dans le bassin, dans les fesses et de danser ses notes. Et je lui ai alors conté l'art du jongleur.

Il est peu d'êtres humains dont le corps chante autant. Des pieds jusqu'à la tête, le jongleur est rythme, mouvement, musique. Jongler le captive et l'amuse à la fois, engage entièrement son corps et son esprit dans la joie et dans le mouvement. C'est qu'elles ne jaillissent pas seulement de ses mains, les boules dansantes. Ne les voyez-vous pas monter du sol, traverser son corps, du bassin au sommet de la tête? Qu'il soit contrarié ou distrait, qu'il cesse de sourire (de lui ou des autres), qu'il se raidisse et ne s'amuse plus de vivre ou de jongler, la balle échappe à son contrôle.

Le chanteur n'est-il pas son frère en jongleries? Pas plus que lui il ne lance sa voix au hasard. Elle jaillit du gosier... soit, mais elle n'en traverse pas moins son corps à la verticale, jaillissant du bassin, du plexus solaire. Marilyn Horne déclarait d'ailleurs à un journaliste : « Quand j'ai bien chanté, je le sais le lendemain, parce que j'ai alors mal aux fesses! »

Dans l'Art comme dans la Vie, tout dépend finalement d'un équilibre harmonieux entre la raison et la sensualité.


Francelyne Du-Sablon





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