14 septembre 2000


Chroniques Une petite à votre intention
par Francelyne Du-Sablon


EXORDE, TOUT SIMPLEMENT !
« Oh ! The little More,
And how much it is !
And the little less,
And what worlds away »

Browning   

Venez, entrouvons une petite fenêtre sur ce travail « énorme et délicat » comme le Moyen Âge qu'est l'art de chanter, énorme et délicat et si simple pourtant.

Lors de la deuxième leçon, je demande à l'apprenti-chanteur de bâiller, et d'observer ce qui se passe alors. Que voulez-vous, « Point d'argent, point de suisse » ( Les Plaideurs, Racine ). Ou, en plus clair, pas de technique, pas de chanteur.

L'élève remarque qu'il aspire l'air assez fortement et il peut sentir un double mouvement simultané :

  • l'un vers le bas : retombée de la mâchoire inférieure et de la pointe de la langue;
  • l'autre vers le haut : soulèvement du dos de la langue.
Cet étirement sur place de la masse langue, à la fois vers le haut et vers le bas, est le geste qui accompagne toute émission sonore.

Dans cette position, la mâchoire inférieure est complètement abaissée, détendue, les muscles de la face, de la mâchoire supérieure sont tendus, ( je mentionne tendus et non pas crispés ) les narines dilatées et à l'intérieur de la bouche, le voile du palais est collé aux parois supérieures de la voûte.

Ce bâillement naturel établit automatiquement le rapport idéal entre : diaphragme - larynx - résonateurs. Il ne faut cependant retenir de cette sensation de bâillement naturel que la phase l, celle où l'on inspire, car lorsque l'on expire, tout retombe et la position idéale pour le chant n'est plus maintenue.

Sur cette position de bâillement naturel, je mets en opposition deux mots, et demande à l'élève de vérifier les sensations au niveau des muscles abdominaux.

Premièrement, le mot anglais " relish ". Constat : aucun mouvement notoire des muscles abdominaux.

Deuxièmement, le mot allemand " ich ". Constat : mobilisation immédiate des muscles abdominaux.
C'est cette position qu'il faudra essayer de maintenir tout au long du chant, avec, bien sûr, certaines modifications selon que l'on émet des sons graves, moyens ou aigus. L'élève apprendra à se servir de ses résonateurs, à chanter dans « le masque », à chanter « dans le couvercle et non dans la boîte » comme le disait Félia Litvinne, le couvercle étant la mâchoire supérieure, et la boîte, la mâchoire inférieure.

À l'aide des voyelles, je demande à l'élève de chercher la sensation des sons dans ce triangle dont la pointe est entre les yeux et la base de chaque côté des narines.

L'apprenti-chanteur arrive alors à l'étape suivante : la discipline de la langue. Mais ceci est une autre leçon, car, comme l'affirme Ramiro dans L'Heure espagnole, de Ravel : « Ceci n'est qu'un commencement, un tout petit exercice d'entraînement. »


Francelyne Du-Sablon


NDLR.: Pour écouter un extrait de Lohengrin de Wagner (Einsam in trüben Tagen [Le rêve d'Elsa]) chantée par Félia Litvinne (1861-1936), cliquez ici. Cet enregistrement de 1905 est tiré du disque « The Era of Adelina Patti » édité par Nimbus Records.

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