25 septembre 2000



Rabaskronik,
par Guy Rivard


POÉSIE EN CAPITALE


Trois-Rivières, petit poste de traite de fourrures fondé en 1634, a su marquer sa place, gravissant les échelons en même temps que ses coteaux sablonneux. De second bourg colonial français en Amérique, à capitale mondiale du papier au début du 20e siècle, la cité est aujourd'hui reconnue comme capitale de la poésie, grâce à son Festival international dont la 16e édition ouvrira vendredi de cette semaine. Intensité, humanité au rendez-vous.

Trois-Rivières est située entre Québec et Montréal. Pour s'y rendre, on emprunte l'autoroute 40, baptisée autoroute Félix-Leclerc en l'honneur de ce grand poète-chansonnier québécois qui, le premier, parla de Trois-Rivières comme de la capitale de la poésie. J'ai souvenir encore de cette soirée à la salle Anaïs-Allard-Rousseau, de l'humble Félix assis derrière une simple table, seul au milieu d'une scène dépouillée, lisant feuillet après feuillet sa prose poétique, nous racontant notre histoire en devenir comme un père à ses enfants.

Trois-Rivières, sortie « centre-ville », centre-ville qui, dépérissant il y a 20 ans, s'est littéralement métamorphosé. Renouveau : place du marché, complexe hôtelier et centre de congrès. Entrez-y : les murs y parlent, racontent la cité en 200 photos anciennes, colorées main, de finesse. Comme celle-ci, panoramique qui surprend : ruines de 200 bâtisses trifluviennes, au lendemain incendié de 1908. Le feu a pris non loin d'ici, derrière le stationnement étagé de la rue Badeaux. Si vous arrivez par autobus, c'est ici que vous débarquerez.

À quelques pas se trouve la rue des Forges, artère des boutiques, des cafés et des restos, et sitôt les beaux jours, des terrasses ricaneuses. Alignement serré de bâtiments victoriens harmonieux, haie d'honneur qui ouvre sur un grand fleuve, sur l'onde et le monde.

Ode au Saint-Laurent : le long du quai serpente tout en gradins le Parc portuaire, foisonnant de fleurs (si vous arrivez de Montréal par hydroglisseur, c'est ici que vous débarquerez). Il faut y entendre la plainte du large qui chante éolienne dans les rambardes. Et, dépassant les demeures cossues, aller jusqu'au bout, voir les sculptures et s'asseoir au jardin. En admirant le monastère des Ursulines, impression bien présente d'effleurer le passé.

Nous sommes au cœur du Vieux-Trois-Rivières, d'architecture française et québécoise, en partie épargné par le grand incendie. De par les rues étroites, ici la chapelle catholique des Récollets décrétée anglicane après la Défaite de 1760, et là l'imposant manoir de Tonnancourt reconverti en galerie d'art. Et tous ces panneaux qui, d'images et de mots, racontent notre histoire.

Partout sur les murs du centre-ville, brins de poèmes placardés; Trois-Rivières se démarque ainsi comme capitale de la poésie. Il faut sentir vibrer le Festival, début octobre, quand la brume du fleuve s'étend sur la nuitée de la ville en odeurs marines. En tout lieu, dans nos bars, nos chapelles, nos cuisines, s'approchent camarades les poètes qui, devant nous, écrivent et disent et chantent, la petite semaine et l'immense vie.

Au fil des ans, ceux-ci sont venus par dizaine et dizaine, du Québec et d'ailleurs. Subjugués par l'accueil chaleureux et fraternel du public festivalier, beaucoup, durant leur séjour, ont couché leurs impressions sur le papier. Ces poèmes, rassemblés, ont été publiés aux Écrits des Forges, en un recueil intitulé « Trois continents pour Trois-Rivières ». Tout au cours du Festival, soit du 29 septembre au 8 octobre, nous publierons quotidiennement sur Rabaska des extraits de ces poèmes (et d'autres) dans notre section « Nouveaux mondes ». Un nouvel espace poétique virtuel va naître. Accompagné d'une banque d'hyperliens menant vers des sites ayant trait aux poètes invités et à la poésie francophone, des sites de qualité (celui du Festival ne paye pas de mine, mais son calendrier aura le mérite d'être mis à jour régulièrement durant les 15 prochains jours). Afin que de partout, les internautes amoureux de la langue, épris des mots, puissent s'imprégner un peu de l'esprit magique qui règne ici, à Trois-Rivières, au cours du Festival international de la poésie.

Bon Festival!


Guy Rivard



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