
13 octobre 2000 |
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Chroniques La mémoire au jour le jour par Réjean Bonenfant PETITE TEMPÊTE DANS DEUX VERRES D'EAU Je parlerai aujourd'hui du Festival international de la poésie de Trois-Rivières (FIPTR) qui s'est tenu du 29 septembre au 8 octobre dernier. Ayant participé à une quarantaine de rencontres, je crois avoir acquis le droit de dire certaines choses. J'ai, depuis trois jours, pris le temps de bien dormir, afin d'évacuer la brûlure de certaines blessures, à tout le moins de certains désenchantements. Trois cent quatre-vingt-quatorze activités nous ont été Quelques jours avant l'ouverture du Festival, j'avais obtenu l'assurance auprès de la direction du Festival que le off pourrait au moins accueillir les étudiants en création, les jeunes de la relève ainsi que tous ceux-là qui participent aux ateliers des poètes durant toute la durée du Festival. On ferait confiance au bon sens des animateurs. Il en a été ainsi et on a pu entendre des passionnés d'écriture nous livrer leurs émois profonds. C'est le rôle de tout festival d'accueillir des voix parfois divergentes. L'animateur, au Zénob, en débutant souvent les récitals par l'audition du God save the Queen, a réussi à faire rire et à ainsi évacuer le choc de l'inauguration. Même en poésie, le rire et l'autodérision peuvent être thérapeutiques. Le plus gênant est certes la fameuse lettre de mise en garde que les poètes invités au Festival ont reçue dans leur dossier et qui les invitait, ou plutôt les incitait à décliner l'invitation de Manu Trudel et de Fabiola Toupin pour un off prévu au Maquisart pour le jeudi. Le gros succès de photocopie de la semaine dernière à Trois-Rivières a sûrement été cette lettre puisque tout le monde que je connais ou à peu près en a une copie. C'est que les poètes étrangers n'ont pas compris pourquoi ils étaient pris en souricière dans un conflit qui ne les concernait pas. Ils ont presque tous succombés à l'intimidation parce que c'est ainsi qu'ils l'ont perçue. Et nous ne pouvons pas leur reprocher de ne pas savoir lire. Les propos édulcorés du directeur, diffusés dans le Nouvelliste du 9 octobre affirmaient que les poètes avaient été invités à ne pas se présenter à cette soirée. C'est à tout le moins un euphémisme. La lettre ne comportait pas de menaces; on pouvait cependant y déceler une forte dose de culpabilisation appréhendée. De la culture de mauvaise conscience. Principalement, je retiendrai deux points des arguties pointilleuses qu'elle Pour le respect des commanditaires, je ne dirai presque rien. La poutre et la paille. Je dirai cependant qu'il faudrait avoir de très bons yeux pour trouver dans le programme officiel l'ombre d'une trace du logo du Conseil des arts et lettres du Québec qui subventionne le Festival. C'est même une condition pour qu'une subvention soit récurrente que le dit logo soit présent. Quand on devine ou qu'on sait l'importance de cette subvention pour le budget global, il ne faut pas chercher de poux sur la coquille des oeufs. Il y a, comme ça, des gens plus catholiques que le pape. Mais ce n'est pas de mes affaires. Quand la direction du FIPTR affirme que toute lecture mérite une rétribution, c'est bien, mais il ne faudrait pas que cela empêche les beaux élans de générosité et la gratuité inhérente à la poésie. À ce que je sache, tous les poètes qui se sont produits au off du FIPTR à une heure de la nuit au Zénob, et Je n'ajoute pas foi aux dires de certains poètes étrangers qui auraient entendu des interdictions, oralement, qui outrepassaient de beaucoup le contenu de la fameuse lettre. Quand la direction du FIPTR prétend que, de toutes façons, les poètes étrangers n'auraient pas eu physiquement le temps de se rendre au Maquisart, nous demeurons perplexes. Le off du Maquisart a duré pas moins de quatre heures et trente. L'entrée y était libre. On a beau dire que les poètes sont surchargés, il n'en est pas un qui n'aurait pas pu se libérer une petite heure entre ses travaux obligés. Mais qu'était donc ce off de Manu (auteur-compositeur-interprète) et de Fabiola Toupin (interprète)? Ça faisait longtemps que nous n'avions pas eu un tel spectacle à Trois-Rivières. Devant un parterre de trois cents personnes, sans compter la centaine qui, comme moi, y a circulé, cette rencontre a été l'événement qui a rassemblé le plus de personnes au cours du Festival, record à peine battu par la Grande soirée de Poésie en comptant ses deux assistances. Ce spectacle multidisciplinaire nous a présenté, presque toutes les haches de guerre ayant été enterrées et les calumets bien fumés, des gens de l'Eskabel, du Théâtre des Gens de la place, de Da Capo et de la Boîte Vocale, des Têtes brûlées et de l'Oeil tactile, de Presse-Papier, du Théâtre des Va-nu-pieds, de l'Atelier In Vivo, des Ateliers photographiques, de la Société des écrivains de la Mauricie, des Productions Ciné-Méi, de Mordicus! communication et de la Ligue d'improvisation mauricienne. Et j'en passe. La plupart de ces participants se sont impliqués à titre individuel, comme l'ont fait les Jacques Thivierge, Yvon Linteau, Jocelyn Carignan, la chanteuse Paule Landry ou la comédienne Renée Houle. Et je confesse m'y être rendu interpréter une chanson. Oui, oui, une chanson de mon moi-même. On ne sait jamais où la poésie nous mène ou quel chemin nous y mènera. Outre toutes ces généreuses prestations, nous avons pu assister à un très bel hommage au poète Claude Gauvreau ainsi qu'à la poète Josée Yvon, dont le compagnon au long cours, Denis Vanier, vient de mourir il y a quelques jours. Un autre beau moment a été la diffusion exclusive d'un vibrant monologue de huit minutes de l'auteur-compositeur et chansonnier Claude Léveillée. Il ne faudrait pas oublier le body painting ainsi que la lecture privée de poèmes érotiques dans des isoloirs. Tout cela a été rendu possible grâce à une équipe technique qui a travaillé bénévolement pour donner la parole et créer de la beauté. Rêvons un peu. Si tous les poètes invités au Festival avaient été conviés à assister à cet événement, parce que c'en était un, ils auraient pu prendre le pouls de notre région. C'est sans doute le plus beau cadeau que nous avions à leur offrir et qui leur aurait permis de reprendre leur souffle. Il faut reconnaître que la plus grande publicité pour le off du Maquisart avait été faite par la direction du FIPTR et les poètes étrangers qui s'enquéraient sur les coins de rue des détails de nos querelles de clochers. Nous avions cependant mieux à leur offrir. Il y a de la place dans le monde pour deux ou trois mondes; il y a de la place dans un festival pour deux off, à tout le moins pour un vrai off quand l'autre devient si ficelé qu'il devient plus qu'officiel; il y a de la place dans le miracle de la parole pour toutes les voix, celles de l'institution et de ses détracteurs qui ont chacun leurs poètes. Une parole qui en baîllonne une autre n'est pas une vraie parole. C'est déjà suffisant pourtant, comme dommage à la poésie, que les poètes aient tendance à n'écrire que des textes de trois minutes. Il ne faudrait pas les contraindre à prendre le maquis. Les dés sont jetés. Il semble bien que le off du Festival soit là pour rester. Je crois qu'il en est de même pour celui du Maquisart. Je puis témoigner que certaines gens qui avaient déserté le Festival depuis une dizaine d'années ont effectué un retour lors du dernier week-end après avoir assisté au off du Maquisart. C'était, tout compte fait, une bien petite tempête dans deux verres d'eau. En espérant le jour où les verres d'eau redeviendront des vases communicants, je retourne à ma réflexion qui fait suite à un commentaire de Claude Léveillée après qu'il eut pris connaissance de l'article du Nouvelliste de Je crois que les auteurs-compositeurs et interprètes Manu et Fabiola servent aussi la poésie. ![]() NDLR: Vous pouvez juger vous-mêmes de « l'importance de cette subvention » en consultant un document du Conseil des art et des lettres du Québec disponible dans Internet. Pour ce faire, vous devez disposer d'Acrobat Reader que vous pouvez télécharger gratuitement. Vous trouverez l'information recherchée en page 3 de ce document au format PDF, sous la rubrique Subventions versées en 1999-2000, Événements nationaux et internationaux - littérature. |