26 octobre 2000


Chroniques Une petite à votre intention
par Francelyne Du-Sablon

LE SON DE LA PENSÉE
« La technique la plus parfaite
est celle que l'on ne
remarque pas. »

Pablo Casals   
Le mot est souffle, le souffle est pensée.

Dès que l'élève, sur le souffle exhalé, commence à démontrer son habileté avec l'art des voyelles, je le lance à la découverte d'un monde parallèle tout aussi fascinant : le monde des consonnes.

Si, pour le chanteur, la voyelle représente l'imagination, la passion, le souffle, la consonne représente la raison, la règle, le corps. Du juste alliage des deux naîtra le mot, la parole.

L'ennui avec les consonnes est qu'on ne peut se permettre de négliger leur prononciation, les mots devenant alors vite incompréhensibles. On se retrouve alors en plein babélisme. Par contre, si on attache trop d'importance à leur prononciation, c'est la voyelle qui est brimée avec pour conséquence une ligne mélodique brisée, hachurée. Adieu beau legato ! La prononciation de la consonne doit être claire, nette et rapide, ce qui exige souplesse de la part de la langue, de la gorge, des lèvres.

Un autre facteur vient compliquer encore un peu plus le parcours de notre apprenti-chanteur : la consonne étant un mouvement musculaire, donc un bruit, elle n'a pas de hauteur propre. Elle doit être chantée à la hauteur de la voyelle avec laquelle elle est jumelée sinon il s'ensuit un horrible glissando. Un exemple ? Avec Noël qui approche, vous aurez sans doute l'occasion d'entendre Nouvelle agréable : le fauteur de troubles, c'est le « BLE ».

Il faut donc pratiquer lentement, et s'armer de persévérance. Pour la patience, et le sourire, je vous livre mon bestiaire favori : faites preuve d'une obstination de fourmi, ayez une mémoire d'éléphant, un courage de lion, une organisation d'abeille, une abnégation de pélican, une longue haleine de chameau, une réserve de bison, une peau de rhinocéros, une vivacité d'aigle, une souplesse de chat, un culot de caniche et une sagesse de hibou.

La différence fondamentale entre mécanique et technique réside dans le fait que la mécanique est strictement automatique et physique. La technique incorpore la mécanique pour la transcender par la pensée, l'écoute, l'émotion. Attendre, observer, espérer, admirer. La foi, l'impulsion, la fougue, voire les maladresses, tout accroît la vitesse de vol et on parvient doucement au moment où les commandes obéissent le mieux. Les difficultés font devenir, écrivait Saint-Exupéry.


Francelyne Du-Sablon





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