Rabaskronik,
par Guy Rivard
ANFINNKONT, MÉSYÉ PERRO ?
Dans le dernier numéro du mensuel culturel Le Sorteux,
Bryan Perro raconte une anecdote qualifiée, par lui-même, de
savoureuse : voulant se rendre à l'île de La Réunion, sa blonde téléphone à une agence de voyages et demande des billets
« de Montréal à La
Réunion » et se fait répondre...
- « Oui, mais vous allez où ?
- « Montréal - La Réunion.
- « Mais elle est où votre réunion, madame ? »
C'est un peu comme le Québécois qui, de Paris, se heurte à l'incompréhension de la standardiste parce qu'il veut téléphoner au Québec, plus précisément à Grand-Mère...
« Oui, mais c'est quoi son numéro à votre
mémé ? » !
Perro allait à l'île de La Réunion comme artiste invité représentant le Québec au Festival international Contes et Légendes de l'océan Indien, créé en 1992. Il souligne que, avant son départ, on lui a souvent demandé où se trouvait cet endroit. Son papier fait ressortir que c'est fort loin d'ici, après 17 heures de vol (26 heures avec les transits),
« au bout de votre
patience » (sic). Cette Rabaskronik va tenter de nous hyperlier un peu aux Réunionnais qui sont, en fait, juste au bout de nos doigts. Toutes les informations qui suivent ont été trouvées (et vérifiées) sur le Web. Ah! la magie des chroniques Internet.
Loin du Québec La Réunion? Au Québec, novembre annonce l'arrivée prochaine de l'hiver boréal; à La Réunion, c'est plutôt la fin de l'hiver austral, saison qui correspond au printemps et qu'on appellerait aussi
« la ronde des
fleurs » (bougainvilliers et hortensias en pleine splendeur). Ajoutons que les Réunionnais vivent dans une zone tropicale (les prévisions pour aujourd'hui étaient de 26 degrés Celsius sous un ciel ensoleillé) et que novembre marque aussi le début de la période des
cyclones.
Située dans l'océan Indien, l'île de la Réunion fait partie, avec les indépendantes îles Maurice et Rodrigues, de l'archipel des Mascareignes (du nom d'un amiral portugais qui ne semble pas avoir grand-chose à voir dans cette histoire sinon que d'y être passé). Le toponyme
« La Réunion » est quant à lui révolutionnaire, rappelant le souvenir de
la réunion des Marseillais et des gardes nationaux avant l'assaut des Tuileries de la Révolution française. Hé oui! vivre à La Réunion c'est vivre en France. Bien que seulement 5% des Réunionnais ait comme
langue maternelle le français, l'île constitue le plus important département français d'outre-mer (D.O.M.), elle fait même partie de l'Union européenne malgré les
9350 Km qui la séparent de Paris.
Un peu comme au Québec, le peuplement de La Réunion par les Blancs débute au 17
e siècle, précisément en novembre 1663, avec l'arrivée de deux Français et de dix Malgaches (7 hommes et 3 femmes). Le groupe est rejoint, deux ans plus tard, par une vingtaine de colons. Au fil de l'
histoire, l'île connaîtra plusieurs vagues d'immigration (provoquées notamment par les besoins en main-d'uvre dans les plantations de café et dans les champs de
canne à sucre), ce qui donnera à la population réunionnaise son caractère
indianocéanique avec :
- les Français, qui se divisent en « gros Blancs » (propriétaires terriens du littoral) et en « petits Blancs » (petits planteurs des hauts de l'île);
- les Métis, formant une grande partie de la population réunionnaise;
- les Cafres (Noirs africains), souvent métissés avec les Blancs (l'esclavage a battu son cours à La Réunion pendant 150 ans, elle a été abolie le 20 décembre 1848 [cette date y est d'ailleurs jour férié], les propriétaires des champs de canne à sucre se sont alors tournés vers l'engagisme pour profiter d'une main-d'uvre indienne à bon marché);
- un grand nombre de Malabars, d'origine Indienne, de religion tamoule;
- les Zarabes, aussi d'origine indienne mais de religion musulmane (ce qui leur vaut ce surnom);
- les Chinois, originaires de Canton, souvent catholiques (aussi bouddhistes);
- les Comoriens (musulmans) et les Malgaches, venus d'îles voisines;
- et les « Zoreils » ([ou encore zorèys], surnom donné aux nouveaux arrivants européens [Métropolitains], possiblement dû au fait qu'ils tendent l'oreille et font beaucoup répéter pour essayer de comprendre le créole réunionnais, langue maternelle de 85% de la population, langue régionale non encore enseignée dans les écoles mais qui commencera à l'être dès l'an prochain).
Tout ce beau monde paraissant vivre en harmonie, on pourrait donc avancer que La Réunion porte particulièrement bien son nom. Les
700 000 habitants sont en très grande majorité catholiques (le
diocèse de La Réunion célébrait d'ailleurs son 150
e anniversaire samedi dernier, le 11 novembre). La population se répartit présentement en
24 communes, dont 7 villes avec Saint-Denis comme chef-lieu départemental. Toutefois - à l'inverse du Québec qui est à l'heure des fusions municipales et de Montréal qui pousse son slogan
« une île = une
ville »-, La Réunion vit pour sa part un important débat au sujet d'un projet de
bidépartementalisation, la bidep, et (comme au Québec face à la fusion des municipalités) certains maires réagissent par la négative au découpage envisagé. Mais ce qui nous apparaît comme étant le défi majeur des Réunionnais, c'est qu'une personne sur sept y soit illettrée et (ce qui va de pair) que le taux de chômage y oscille entre 30 et 40%, voire 50% dans certaines communes! Perspectives d'avenir difficile pour cette jeune
poulation : l'île connaît la plus forte croissance démographique naturelle de toute la France.
Comme Perro le mentionnait, les Réunionnais vivent sur une
« île volcanique » (au sens littéral). Surgie des profondeurs de l'océan il y a trois millions d'années, La Réunion est formée de deux massifs montagneux juxtaposés, le massif du
piton des Neiges (où il ne neige pas vraiment) et le massif du piton de La Fournaise (le volcan La Pété, a fait à nouveau
éruption [du 12 octobre au 13 novembre 2000]). L'ensemble de ces massifs reliés par des plateaux présentent une exceptionnelle variété de
paysages : ici, montagnes en surplomb des côtes et lagons; là, cascades serties d'une végétation luxuriante; là encore, paysage lunaire de roches plutoniques et de laves; ou encore là, longue plage de sable noir d'origine volcanique. Le climat tropical a de plus contribué à former la très grande diversité biologique qu'on y trouve.
Le
touriste n'y trouvera pas une architecture monumentale comme en Europe. Adaptée aux risques cycloniques, la maison type de La Réunion est la
case créole à toit de tôle, à laquelle est adossée une varangue dont le rebord est finement garni d'une dentelle de
lambroquins de bois. Cette architecture typique aux Mascareignes est unique au monde. Pour les
« band zoreils » en visite, La Réunion promet un pur dépaysement, intrinsèque au mélange culturel de ses habitants et de leurs coutumes issues d'Afrique, d'Asie et
d'Europe : gastronomie mettant à l'honneur les produits locaux comme la
vanille, festivités à chaque mois de l'année (dont de nombreuses cérémonies où l'on marche sur le feu), spectacles de groupes de
musique réunionnaise; sans parler des
musées, ateliers d'
artistes contemporains, centres d'
interprétation,
alouette! Et il y a la
Grande Chaloupe, la commune Les Avirons... comment Rabaska pourrait-il résister?
Avant de conclure, voici quelques adresses Web que nous vous suggérons de
visiter :
- IMAZ PRESS Réunion (IPR) : conçu par des journalistes photographes, voici un site de très grande qualité qui, tout comme Rabaska, vous offre une section Panoramas où l'on visite l'île en réalité virtuelle QuickTime VR. La phototèque impressionne avec plus de 600 photos de La Réunion regroupées sous 22 thèmes. IPR présente également reportages quotidiens et magazines illustrés. On peut y télécharger de splendides fonds d'écran.
- Réunion, l'île intense : guide touristique enligne du Comité du tourisme de La Réunion ou... tout ce que vous désirez savoir pour planifier un voyage dans l'île. La section Photos présente aussi une visite virtuelle de l'île, mais en technologie IPIX.
- Le Département de La Réunion : site de contenu divisé en quatre parties principales dont la plus pertinente pour la découverte nous paraît être la section Infos. (Ce site peut causer un certain inconfort à cause d'une agaçante et omniprésente bannière d'éducation à l'environnement; un problème de lisibilité est aussi possible, les textes n'ayant pas été convertis en caractères spéciaux.)
- Guetali : un site portail de l'ile de la Réunion et de l'océan Indien.
- Le Journal de l'Île : site (au serveur parfois lent) d'un quotidien réunionnais qui offre actualités et dossiers, guide touristique, photos aériennes avec fiches descriptives de chacune des communes et une section d'archives où l'on peut lire un article sur la récente édition du Festival international Contes et Légendes de l'océan Indien et sur « Les contes de Perro » (sic).
Anfinnkont, mésyé Bryan Perro le zorèy y éta byinéré d'arkonté aux Rényonés sé
zistwar mantèr comme dans le temps longtemps. Labas lu anprofité pou woir in pé la kiltir et pass un pé vacance. É aprésa, lu artourné à son kaz à Gromèr pou artrouvé son zoli ti marmaille, dans le
« plis bon péi-déor de
l'atèr ». Mwin voudra pa avou sant in krak...
Inntyor !
Guy Rivard
PS 1: Pour la traduction de ces dernières phrases de notre « approximatif » créole, essayez :
(Et si un spécialiste de cette langue voit des corrections à apporter à notre finale, qu'il n'hésite pas à communiquer avec l'auteur.)
PS 2: Jeudi prochain, 23 novembre, M. Perro présentera le spectacle théâtral « Légendes du Saint-Maurice » en compagnie de Renée Houle et de Fred Pellerin à La Pierre angulaire, dans le cadre du Rendez-vous des conteurs.