29 novembre 2000



Les remous


LE PÈRE NOËL ET SA FABRIQUE


Il y a environ deux semaines, j'ai amené ma fille de quatre ans au Centre commercial Les Rivières voir un spectacle, ainsi que le père Noël. Wow! Quelle magie pour nos bouts de chou. Nous avons pris l'offre de la petite photo-souvenir : ma belle amour sur les genoux du père Noël. Ce dernier lui a remis un petit sac à surprises, une gracieuseté du magasin de jouets ToysRus.

Une fois à la maison, ma fille s'est empressée de vider le sac pour colorier, jouer avec ses surprises et regarder le beau calendrier avec ses belles suggestions de cadeaux.

Une semaine plus tard, je retourne au Centre commercial Les Rivières et bien entendu, on ne passe pas devant le père Noël avec un enfant, sans s'arrêter. Ma fille s'est assise une fois de plus sur le beau gros père Noël. Elle avait les yeux remplis d'étoiles. Elle lui caressait des petits bouts de barbe tout timidement. J'étais touchée de la voir si heureuse et complice du père Noël. Le soir au coucher, je borde ma fille et lui demande :
- Lui as-tu demandé ce que tu voulais au père Noël?
- Oh! oui maman, un ordinateur Barbie.
  Attends une minute, je vais te le montrer.
Elle partit chercher le petit calendrier que le père Noël lui avait donné, qui montre un ordinateur fleuri rose avec le visage d'une Barbie qui l'amuse tant et qui prend tout l'écran à seulement 999,00 $ ou pour si peu que 24,95 $ par mois et combien d'années?

Doucement je m'empresse de dire : « Oh! la la, c'est très dispendieux l'ordinateur Barbie! » Et là, un moment que je n'oublierai jamais, ma fille m'a jeté un regard tendre et rassurant et m'a dit : « Mais non maman, c'est le père Noël qui va me le donner. » Ma fille était remplie de joie et moi, qu'est-ce que j'allais lui dire?

Est-ce qu'on doit empêcher cette enfant de quatre ans de rêver au père Noël? J'avais le cœur brisé. Je lui ai expliqué le plus délicatement possible que les Lutins ne fabriquaient pas d'ordinateur et que le père Noël faisait des affaires avec de grosses compagnies qui coûtaient très cher aux parents et beaucoup trop cher pour maman... Ma fille s'est mise à pleurer, ce qui m'a mise dans tous mes états.

C'était le père Noël lui-même qui lui avait donné ce petit calendrier plein de pub. Oui c'est vrai, tout le monde le dit, Noël c'est de plus en plus commercial, mais là c'est le « boutte du boutte ». Ils s'en prennent à nos enfants et jouent avec nos sentiments. C'est bien beau le commerce, mais est-ce qu'on pourrait garder un peu d'humanité dans ce bas monde?

S'il-vous-plaît retirez la publicité des sacs à surprise du père Noël. Laissons-les rêver tout simplement.


Nathalie Houle
Trois-Rivières


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NDLR: Le texte d'opinion qui suit fut aussi publié dans les quotidiens La Presse et Le Nouvelliste. Quelques jours plus tard, soit le mardi 5 décembre, la direction du Centre commercial Les Rivières annonçait le retrait des calendriers litigieux tout en s'excusant.