L'imaginaire et l'humain, par Jean-Denis Pellerin
L'HISTOIRE SANS FIN I (3 e partie)
Nous poursuivons aujourd'hui avec la suite de notre analyse sommaire et personnelle du film L'Histoire sans fin I. Vous pouvez aussi lire ou relire les première et seconde parties.
RÉSUMÉ X
Devant Atreyu, un chevalier en armure vient d'être foudroyé. Il hésite donc sous les sphinx qui commencent à ouvrir les yeux d'où sortiront les éclairs meurtriers qui tout à l'heure ont réduit le chevalier en poussière... Bastien est en train de lire la scène et il ne peut s'empêcher de crier à Atreyu de reprendre confiance, supplique que le vieux lutin lui lance aussi. Comme s'il les avait entendus (la chose s'est produite plus tôt, ne l'oublions pas : lorsque Bastien a vu émerger la tête de Morla, il a crié et Atreyu et le vénérable Morla se sont un instant retournés pour voir qui avait crié ainsi), Atreyu se ressaisit, part à la course et plonge tout juste à temps pour franchir ce qu'il croit être l'unique porte à passer !
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ANALYSE X
Bastien, dont on a déjà signalé quelques éléments d'identification à Atreyu, est très concerné par la scène : il n'a pas su expliquer au libraire pourquoi il ne s'était pas défendu contre les petits camarades qui voulaient le « taxer » avant de le lancer dans la poubelle ; il hésite à monter à cheval ; il n'a pas su répondre aux accusations du père au déjeuner. En criant à Atreyu de reprendre confiance, Bastien verbalise la solution à ses propres problèmes. Le regard qui peut subjuguer Atreyu est bel et bien celui du monde adulte que chaque enfant redoute, celui du père qui exige de Bastien qu'il garde ses pieds sur terre. C'est par un travail sur soi que Bastien arrivera à reprendre goût à la vie, à ne plus douter de ses capacités : le chevalier nous apprend que les armures extérieures ne sont d'aucun secours dans l'univers intérieur. |
XI
Parti sans que le « scientifique » lui ait révélé tous les dangers qu'il rencontrerait, Atreyu doit maintenant passer la porte du miroir sans savoir qu'il sera « confronté à ce qu'il est en réalité ». La neige tombe autour de lui et il s'avance vers la glace qui, finalement, lui renvoie l'image de... Bastien !
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XI
C'est l'épreuve de la conscience de soi, du jugement sur soi. La neige qui tombe en silence figure la pureté du moi et la froide solitude dans laquelle est retranché Bastien depuis la mort de sa mère. La glace du miroir cristallise ce moi en train de se révéler, de s'actualiser. La conscience de soi, de ce qu'il pense réellement de lui, peut en effet détruire Bastien (en tout cas le perturbe assez à l'école si l'on en croit le père). On n'a qu'à penser à tous ces gens aux prises avec tel ou tel complexe, avec la jalousie, etc. Ces gens règlent leur vie sur ce qu'ils pensent et croient percevoir, même si cela est loin d'être la réalité avec laquelle ils sont vraiment confrontés : « Tout ce qui est imaginaire est vrai », disait encore Ionesco. Après la perte de sa mère, Bastien doit arriver -au moins en imaginaire- à reprendre confiance en lui et en la vie. |
RÉSUMÉ XII
Bastien se rend compte que c'est sa propre image que découvre Atreyu dans la glace. Il lance par terre le livre qu'il lisait : « Ce livre est trop dangereux », s'écrit-il. Près de la porte de sortie de son repère, il se dit cependant qu'Atreyu ne renoncerait pas maintenant. Et il revient à sa lecture.
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ANALYSE XII
Le lutin avait raison : voir qui l'on est vraiment est difficile à accepter. Ici, encore une fois, le récit oscille entre les univers merveilleux et fantastiques. Déjà la voix de Bastien a été entendue par Morla et Atreyu ; cette fois Bastien et Atreyu se voient l'un l'autre dans le miroir. La suite verra l'impossible se manifester dans le réel : on sera alors en plein fantastique. Mais n'anticipons pas trop et retournons à la quête d'Atreyu. |
XIII
Passé au travers du miroir, Atreyu arrive devant deux sphinx pareils à ceux de la première porte, mais de couleur apaisante. Ils lui disent de ne pas les craindre, qu'ils sont l'oracle. Bastien les regarde sans effroi et il apprend qu'il doit trouver un nouveau nom à l'impératrice s'il veut la sauver. Mais seul un humain peut fournir ce nom, et Atreyu ne trouvera d'humains qu'aux limites de Fantasia, sa patrie.
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XIII
Cette fois Atreyu n'a pas peur. Déjà il a franchi les deux portes : c'est dans la confiance en soi, dans l'essai de son être que la vérité nous est révélée : notre vérité. Bastien a perdu son plus cher objet d'amour, sa mère. Il lui faut identifier un nouvel objet de rêve, établir une autre relation d'amour. Nommer est poser une relation avec ce qui est nommé. Nommer donne de l'être à ce qui est identifié. « Ma mère avait le plus merveilleux nom du monde », déclare Bastien. Le donner à quelqu'un d'autre serait accepter un autre pôle d'amour et d'idéal. Ce serait aussi sauver l'amour et ce qui fait rêver (dès que nommée, l'impératrice sera là. Le rêve sera. Nommer, c'est faire être.) Mais retrouvons d'abord Atreyu. |
RÉSUMÉ XIV
Monté sur Falcor, Atreyu cherche les limites de Fantasia. Pendant ce temps, le néant envahit le royaume. Tout est détruit, tout éclate et Atreyu tombe dans le vide sous Falcor. Il s'éveille sur la plage, où la vague semble l'avoir rejeté. Il a perdu le médaillon magique qui le guidait depuis le début. À nouveau seul, il appelle Falcor, mais c'est en vain. Soudain, il trouve le mangeur de pierres assis et découragé : le géant a décidé de se laisser emporter lui aussi par le néant.
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ANALYSE XIV
Guidé par le médaillon, Atreyu savait ce qu'il fallait faire et Falcor, le dragon bienveillant, était à ses côtés pour parcourir les milliers de kilomètres jusqu'aux limites de Fantasia. Mais comme dans la vie, rien n'est jamais acquis. Rien n'est jamais gagné : il faut toujours recommencer, toujours rebâtir. Même en amour. Le mangeur de pierres abandonne, résigné à son sort après avoir perdu lui aussi des êtres chers : sa grande force extérieure n'a pas pu sauver le petit bonhomme et sa stupide chauve-souris, ni l'homme et son escargot de course. Ses « bonnes grosses mains pleines de vigueur » n'ont servi à rien. C'est par une action intérieure que doit se régler le problème profond qui ronge le cur et l'âme de Bastien. L'épisode de la caverne va nous le confirmer.
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Jean-Denis Pellerin
N.D.L.R.: Lire la suite. Vous pouvez lire ou relire la première ou la deuxième partie de cette analyse. Vous aurez peut-être aussi le goût de voir ou de revoir L'HISTOIRE SANS FIN - film allemand de 1984 réalisé par Wolfgang Petersen d'après le livre de Michael Ende - Interprétation : Barret Oliver (Bastien), Noah Hathaway (Atreyu), Tami Stronach, Patricia Hayes. - 94 min. -
L'auteur est professeur de français au cégep de Drummondville, vous pouvez le joindre à l'adresse électronique jd.pellerin@sh.cgocable.ca.
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