13 mars 2001



Chronique Capsule de chez nous , par Serge Fournier

Suivie de Le Coin de Brigitte : L'Ancrage (aphorismes)


« L'hiver tirant aux abois, pour donner la vie au printemps : tous nos chasseurs se retirent avec leur bagage, sur les rives du grand fleuve en l'Ance ou au Port, que nous appelons Tadoussac, c'est ici où il se fait une confession publique, sans géhenne, sans torture et sans exaction. On dit qu'il y a un pays, où le froid est si grand, que toutes les paroles s'y gèlent et quand le printemps s'approche, ces paroles venant à se dégeler, on entend, quasi en un moment, tout ce qui s'est dit pendant l'hiver. Quoi qu'il en soit de cette fable, il est vrai, que tout ce qui s'est fait de mal pendant l'hiver dans ces grands bois, se dit publiquement au mois d'avril. Les premiers venus font tout haut la confession de ceux qui la fuient, et cela, par un zèle qu'ils ont de la justice chrétienne. »
( 1654, Relations des Jésuites, Chapitre XI, « Remarques tirées de quelques lettres et de quelques mémoires venus du païs » [sans nom], V. Rabelais, Gargantua et Pantangruel, IV-LV ).
Cette attachante légende amérindienne nous ramène aux « gros » hivers d'antan. À cette époque, pas si lointaine quand on y pense, tout ce qui pouvait se dire au cours de l'hiver, même dans les endroits les plus retirés et les plus secrets, était immédiatement frigorifié, congelé, et se conservait ainsi dans l'air pur de la Nouvelle-France. À l'arrivée du printemps, lors du bienheureux dégel, on apprenait alors, d'un seul éclat, tout ce qui s'était dit...


Les glaces du Saint-Laurent devant Québec (1975)
© Guy Rivard & Rabaska Multimédia inc.




BOUSCUEIL : nom masc.

Définition : Amoncellement ou mouvement des glaces sous l'effet du vent, d'un courant ou des marées.

Exemples d'emploi :
1. « On dit : la rivière va parler, c'est la mouvance, la débâcle. Les glaçons ou aboiteaux se mettent en marche, en dérive, se bousculant, se renversant les uns les autres ; c'est le bouscueil ou bascules, au milieu des craquements et des crissements ; Preble raconte que la débâcle de la Liard se produisit le 29 avril avec un fracas terrible, les glaces grosses de deux mètres s'amoncelèrent jusqu'à 25 mètres de hauteur. » (DEFFONTAINES [Pierre]. L'Homme et l'hiver au Canada , Gallimard, Paris, 1957, pp. 39-40 [Fichier du Trésor de la langue française au Québec (FTLFQ)].)

2. « Le BOUSCUEIL est un titre étrange. Je l'ai choisi parce qu'il me plaît, et qu'on en peut aisément deviner le sens. Ce mot de la Petite-Côte-Nord signifie la débâcle des rivières au printemps. Il pouvait, m'a-t-il semblé, s'appliquer à certains mouvements de l'esprit, lesquels, par moments débâclent, eux aussi, et se délivrent par la parole et par l'écrit. » (SAVARD [Félix-Antoine]. Le Bouscueil poèmes et prose, Éditions Fides, Montréal, 1972, Préface, p.9.)
Historique : De bousculer, verbe transitif, un composé tautologique relativement tardif (1798) de bousser « heurter » (1416), (Dictionnaire historique de la langue française [DHLF]). Bouscueil est aujourd'hui signalé par certains répertoires du français général en tant que régionalisme : « (Canada) Mouvement des glaces sous l'action du vent, de la marée ou du courant. » Le bouscueil du printemps (ROBERT, Paul, Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française [GR] et Le petit Robert [PR], Grand Larousse de la langue française [GLLF], Lexis).

En français québécois, bouscueil est principalement connu dans la région de Tadoussac, Les Escoumins, Baie Sainte-Catherine et Rivière Portneuf. Aujourd'hui, encore, des bateaux de plaisance sont enregistrées sous l'appellation bouscueil et bon nombre d'organismes et d'ateliers de cette région utilisent le même terme comme raison sociale.

Aux Îles-de-la-Madeleine, le vocable est encore très vigoureux et prend souvent l'acception de « pointes formées par l'entrechoquement des glaces sous l'action des vents et de la marée. »

En Acadie, et principalement dans la région de la Baie des Chaleurs, bouscueil « gros amas de glaces » et « débâble » a été largement relevé (MASSIGNON, Geneviève. Les Parlers français d'Acadie, Klincksieck, Paris 1962 [2 tomes].)

Catégorie : Innovation lexicale.


CHANDELLE (EN ~) : locution adjectivale.

Définition : Désagrégée en aiguilles, en parlant de la glace, sous l'action du soleil et qui présente l'aspect d'une chandelle fondue.

Exemples d'emploi :
1. « Il connaît [...] les dangers d'un voyage sur la glace en chandelles. Il resterait ainsi sans nouvelles de nous jusqu'à la prochaine débâcle des glaces vers la fin de juin. » (BREYNAT [Mgr Gabriel]. Cinquante ans au pays des neiges , Fides, 3 vol., Tome I : Chez les Mangeurs de Caribou, 1945 [p.141] [Tome II : Voyageur du Christ, 1947 ; Tome III : L'Évêque volant, 1948], [FTLFQ].)

2. « Souvent la glace du milieu est moins solide, parfois elle forme une espèce de bouillie, c'est la glace pourrie, la glace est en chandelle, dit-on ; si elle descend au fond, elle constitue le frazil. Dans de petits lacs peu profonds, l'eau peut geler jusqu'au fond ; on le décèle à leur surface bombée . » (DEFFONTAINES [Pierre]. L'Homme et l'hiver au Canada , Gallimard, Paris, 1957, p. 39 [FTLFQ].)

Historique : Latin candela, de candere « brûler, être enflammé », issu du latin cand qu'on retrouve dans candélabre, candeur, candide, encens, incendie (DHLF).

Avec le sens « glace qui fond en chandelle » la locution adverbiale a été abondamment relevée par nos glossairistes, ce qui permet de situer son apparition vers le milieu du XIXe siècle. En français québécois, le mot est encore connu sur l'ensemble du territoire.

Catégorie : Innovation sémantique.


CHANDELLE : nom fém.

Définition : Glace en forme de stalactite qui pend du toit d'une maison, d'un bâtiment.

Exemples d'emploi :
1. « Ben les aiguilles de glace qui pendent du toit de la grange, nous autres on appelle ça des chandelles. » (Inf. masc., 43 ans, Portneuf, Centre d'étude linguistique de la Mauricie [CELM], 1973.)

2. « Au dessus du baril, à partir du toit, une chandelle, un gros glaçon (V. ce mot, à partir de la boîte liste LEXIQUE QUÉBÉCOIS ci-contre). Des fois, il fallait prendre le pic pour enlever cette chandelle-là. » (Inf. masc., 67 ans, Québec, CELM, 1987.)

3. « Ben les chandelles, c'est toujours un petit peu dangereux, au printemps, parce que c'est pendu au toit des maisons, pis ça peut être gros. Si ça tombe sur la tête de quelqu'un. Ouch ! » (Inf. masc., 53 ans, Yamachiche, CELM, 1992.)

Historique : Latin candela, de candere « brûler, être enflammé », issu du latin cand (DHLF). En français populaire depuis 1636 et dans les parlers français, en vendômois chandelle de glace « stalactite de glace suspendue au toit », en Anjou chandelle « aiguille ou stalactite de glace qui pend au bord d'un toit à la suite d'un dégel partiel. Dol (Bretagne), chandelle « aiguille de glace pendant des toits » et Saint-Martin-sur-Oust (Bretagne), chandelle « stalactite de glace » (Französisches etymologisches Wörterbuch [FEW]).

En français québécois populaire, chandelle « glaçon aux gouttières des toits » (métaphore liée à la forme) est connu sur l'ensemble du territoire, mais semble prendre du recul dans l'usage (CELM).

Catégorie : Archaïsme et dialectalisme.



SKIDOO ; SKI-DOO : nom masc.

Définition : Véhicule à moteur, généralement à deux places, avec skis à l'avant et chenilles à l'arrière principalement utilisé l'hiver pour le loisir, le travail ou la compétition.

Exemples d'emploi :
1. « On a coutume de dire que sur la neige, il n'y a pas de propriétaire. J'ai très bien remarqué que l'on en a fait mention lors de reportages sur les ski-doo. » (Inf. masc., 42 ans, Saint-Jérôme [Terrebonne], FTLFQ, 1965.)

2. « Personne n'est encore arrivé à construire une auto-neige aussi avantageuse que le ski-doo. Cette année, grâce au SKI-DOO68, Bombardier prend une autre avance sur la concurrence. » (Le Devoir, 30 nov. 1967, p.15. [Annonce], FTLFQ.)

3. « Un ski-doo, cet étrange auto-neige miniature qui remplace les chiens des Esquimaux, traverse la neige d'un verger. » (PERREAULT [Pierre]. Film Les Voitures d'eau , Office national du film du Canada, Montréal, 1968 [tournage en divers moments, de novembre 1965 au printemps 1967, à L'Île-aux- Coudres, à Lévis, à Trois-Rivières], FTLFQ.)

4. « - Est-ce que vous aimez l'hiver ?
- Depuis... depuis qu'on a des ski-doos, oui.
- [...] Depuis les ski-doos là, on trouve l'hiver moins longue. » (Martinville, Corpus de l'Estrie [Université de Sherbrooke], 1972, FTLFQ.)

5. « L'an dernier, on avait couru après un r'nard, on était une dizaine de gars avec chacun son skidou (sic), pis on avait fini par le cerner pis y était assez fatigué qu'y s'était couché su a neij', la langue sortie, pis on l'avait tué à coups de bâtons. » (CHÂTILLON [Pierre]. Le Fou , roman , Éditions du Jour, Montréal, 1975, p. 25.)

6. « Aujourd'hui avec des skidoos là, pour le trappage, là où ça prenait une semaine, on le fait dans une journée ! Ça fait qu'on avait des journées disponibles, on faisait du bois. » (Inf. masc., 58 ans, La Tuque, CELM, 1980.)
Historique : Norvégien ski (prononcé chi) de l'ancien norrois skio « billette de bois fendu ; chaussure, raquette pour la neige » (DHLF). D'abord le composé ski-dog, (1959, Joseph-Armand BOMBARDIER, Valcourt, Québec), le nom dog, puisque le véhicule remplaçait le traditionnel traîneau à chiens puis, pour des raisons de commercialisation, en 1960, ski-do(o), en substituant à dog un morphème lexical issu de l'anglais, (to) do, « faire », pour mieux mettre en évidence la qualité primordiale d'un véhicule qui pouvait se rendre partout sur la neige.

Catégorie : Innovation lexicale.


SOUFFLEUSE : nom fém.

Définition : Chasse-neige muni d'un dispositif hélicoïdal qui projette la neige à distance.

Exemples d'emploi :
1. « Des employés municipaux enlevaient les bancs de neige (V. ce mot, à partir de la boîte liste LEXIQUE QUÉBÉCOIS ci-contre), le long du trottoir d'en face [...] il s'intéressa une fois de plus à cette formidable machine munie de scies rondes qui pulvérisait la neige. Il allait se désintéresser du spectacle, et d'autant plus que la souffleuse était au repos depuis quelques secondes [...] » (CHOQUETTE [Robert]. Les Velder , roman , Éditions Bernard Valiquette, Montréal, 1941, p. 294 [adaptation du radio-roman La Pension Velder diffusé au poste CBF de 1938 à 1942.], FTLFQ.)

2. « Faut dire que dans notre temps, la neige, ça s'enlevait pas comme aujourd'hui rien qu'à regarder marcher des souffleuses ou rien qu'à se promener en tracteur le long des trottoirs. » (CODERRE [Émile (alias Jean Narrache)]. Rêveries de Jean Narrache , texte radiophonique, 27 janv. 1948, FTLFQ.)

3. « L'éxécutif a demandé à ce sujet à M. Cabana que les souffleuses de la ville n'envoient que de la neige propre dans les parterres [...] » (La Presse, 18 janv. 1955, p.33, c.3, FTLFQ.)

4. « L'année où le Bonhomme [Carnaval] s'est fait frapper par une souffleuse. » (Magazine Croc, no 103, Montréal, fév. 1988, p.68, col.2, FTLFQ.)

5. « Le vacarme de la souffleuse qui s'amène à six heures du matin pour déblayer la rue d'Auteuil réveille Julie. » (FOURNIER [Claude]. René Lévesque : portrait d'un homme seul , Éditions de l'Homme, Montréal, 1993, 288 p.)

Syntagme : Souffleuse à neige

Historique : D'après une spécialisation du verbe souffler, du latin classique sufflare « souffler sur » de flare « souffler » (BLOCH [Oscar] et WARTBURG [Walter von]. Dictionnaire étymologique de la langue française, 5e éd., Presses universitaires de France, Paris, 1968 [BW5]).

En français québécois, depuis 1927, date de l'invention de la souffleuse à neige par le Montréalais Arthur Sicard. Les nombreuses attestations du mot indiquent la grande vigueur du vocable.

Souffleuse « chasse-neige muni d'une soufflerie » est maintenant consigné en français (GR, GLLF, DHLF).

Catégorie : Archaïsme et dialectalisme.


TABAGAN(E) ; TOBOGANE : nom fém.

Définition : Traîneau sans patins, fait de planches minces recourbées à l'avant qui permet le déplacement sur la neige.

Exemples d'emploi :
1. « [...] et [le chef de famille] fraie une route, pour faciliter aux femmes le moyen de traîner sur la neige et sur leurs tabagannes, le peu de meubles et de bagages qui composent leurs ménages. » (LE CLERCQ [Père Chrétien]. Nouvelle relation de la Gaspésie, qui contient les mœurs et la religion des Sauvages , Paris, 1691, p. 70.)

2. « Le traîneau précéda la voiture, mais pour l'utiliser il fallait la neige ; les transports par terre attendirent les hivers. [...] Les Indiens utilisaient le traîneau qu'ils tiraient eux-mêmes ou avec des chiens, à l'imitation des Esquimaux. Les colons s'inspirèrent de ces voitures d'hiver [en italique dans le texte], qu'ils appellent aussi traîne sauvages (sic) [en italique dans le texte], indiquant bien l'origine indienne. [...] La plus simple de ces voitures d'hiver, la traîne sauvages (sic) [en italique dans le texte] est composée d'un long plancher étroit, relevé à l'avant en forme de rouleau ; elle glisse à même la neige ; sans rebord, comme sans patins, elle peut avoir jusqu'à trois mètres de long. Les plus grandes portent le nom de toboggane [en italique dans le texte], du nom indien ta-bas-kan ; [en italique dans le texte] on en fabrique avec d'anciennes douves de tonneaux. » (DEFFONTAINES [Pierre]. L'Homme et l'hiver au Canada , Gallimard, Paris, 1957, pp. 142-143 [FTLFQ].)

3. « Les premiers colons doivent à nouveau se mettre à l'école indienne. Les Amérindiens avaient la « traîne sauvage », qui prend le nom de toboggan, du nom indien Ta-bas-kan, dès qu'elle est quelque peu importante. [...] Pour véhiculer le combustible nécessaire à l'entretien d'un feu continuel pendant tout l'hiver, l'habitant est amené à se fabriquer une traîne. Inspirée par la mode indienne, elle est solidement construite, car elle est appelée au transport de lourdes charges. Pierre Boucher nous rapporte dès 1664 qu'elle est employée en Nouvelle-France. » (CARLE [Pierre] et MINEL [Jean-Louis]. L'Homme et l'hiver en Nouvelle-France, Collection Documents d'Histoire LES CAHIERS DU QUÉBEC, Hurtubise HMH, Montréal, 1972, pp. 23 et 24.)

4. « Y'ont passé la journée à glisser en tobaggan, dans les côtes près de l'école. » (Inf. fém., 48 ans, Québec, CELM, 1960.)

5. « Pour Noël, je lui ai acheté une traîne sauvage, une tobaggan comme on dit. » (Inf. masc., 37 ans, Saint-Roch-de-Mékinac, CELM, 1982.)

6. « Comme patrouilleur, je parcours les pistes, je fais de la surveillance, pis quand y'a des blessés, on les descend avec un tobaggan. » (Mélanie FILION, 19 ans, Shawinigan-Sud, CELM, 2001.)

7. « Avant de devenir le « jouet » qu'on connaît, le toboggan (mot d'origine algonquine qui signifie « traîne ») est utilisé par les Amérindiens pour le transport des charges lourdes en hiver. Plus tard, les Canadiens l'adoptent et lui donnent le nom de traîne sauvage. Sur le mont Royal, on glisse en toboggan depuis au moins 150 ans, et la tradition persiste de plus belle. » (Hélène CLÉMENT, Glisser (vite) sur l'hiver, site Web, Montréal, 2001.)

Historique : Tabagane ou tobagane est attesté depuis 1691 (V. rubrique Exemples d'emploi, No 1), mais les études techniques de Pierre Deffontaines, Pierre Carle et Jean-Louis Minel (V. rubrique Exemples d'emploi, Nos 2 et 3) nous donnent à penser que l'emploi du mot remonte certainement à la moitié du XVIIe siècle. Le vocable, avec le sens de « traîne », est emprunté à plusieurs mots indiens tous apparentés : algonquin otoban, cri otabanak, micmac tobakun, abénaki udabagan ). Le mot a aussi été adopté par l'anglais canadien sous la forme toboggan : « Indian sled, derived from Canadian French » (A Dictionnary of Canadianisms on Historical Principles, Walter S. Avis (ed in chief), Toronto, W.J. Gage Limited, 1967, 927 p. [DictCan]). La forme toboggan a été ultérieurement reprise en français général [1890] (GR, PR, DHLF).

Catégorie : Amérindianisme.


PÊCHE (~ BLANCHE) : locution nominale, fém.

Définition : Action de prendre des poissons d'eau douce, souvent dans une petite cabane de bois, en perçant un trou dans la glace d'un cours d'eau afin d'y introduire un hameçon appâté ; pêche sur la glace.

Exemples d'emploi :
1. « On fait la pêche blanche avec des brimbales (V. ce mot, à partir de la boîte liste LEXIQUE QUÉBÉCOIS ci-contre) là sur le fleuve [Saint-Laurent]. Si tu verrais (sic) mes brimbales, tu verrais que ça se fait. C'est une méthode surtout pour le doré pis la perchaude. » (Inf. masc., 76 ans, Saint-Élie-de-Caxton, CELM, 1978.)

2. « C'est ça qu'est la pêche blanche. Y [les pêcheurs] pêchent su'a glace en hiver, la pêche au doré, au brochet. Y font un trou dans la glace qui est sur le fleuve ou sur la rivière, pis y passent la ligne de leurs brimbales dedans ; y peuvent en [des brimbales] avoir jusqu'à dix à des places. » (Inf. masc., 64 ans, Sainte-Anne-de-la-Pérade, CELM, 1980.)

3. « On va pêcher avec des brimbales sur la glace, la pêche blanche qu'on appelle, parce que la pêche blanche, c'est la pêche hivernale. » (Jean-Paul ARSENAULT, 45 ans, Trois-Rivières, CELM, 1981.)

4. « C'est ben connu au lac Saint-Pierre, la pêche blanche. Ça fait qu'icitte les gens ont commencé à faire pareil eux autres aussi. » (Bernard DUSSAULT, 23 ans, Batiscan, CELM, 1982.)

5. « Ben, c'est la journée blanche aujourd'hui. Ce soir, c'est le party. En journée, les gars et les filles font la pêche blanche, icitte, en avant [sur le fleuve], pis y'a un souper, pis on remet des prix aux meilleurs pêcheurs, y'a de la musique. » (Brigitte PRUD'HOMME, quarantaine, Sainte-Angèle-de-Laval [Bécancour], 2001.)

Synonymes : Pêche d'hiver ; Pêche sur la glace ; Pêche à la cabane ; Pêche sous la glace.

Syntagme : Saison de la pêche blanche.

Historique : Pêche dérive du latin populaire piscare, classique piscari « pêcher » et blanc(he) du germanique occidental blank « clair, poli » (BW5). En français québécois pêche blanche - la pêche s'effectue sur la neige - est signalée une première fois, en 1983, dans la revue Sentier Chasse-Pêche (déc-janv., p.13). La locution a probablement vu le jour à la fin des années 70 quand la pêche sur glace est lentement devenue une activité économique et touristique importante. Pêche blanche est maintenant connue sur l'ensemble du territoire, principalement parmi les lieux de pêche les plus fréquentés : lacs Saint-Pierre et des Deux-Montagnes, le fjord du Saguenay et Sainte-Anne-de-la-Pérade, près de Trois-Rivières.

Catégorie : Innovation lexicale.





PEAU (~ DE LIÈVRE) : locution nominale, fém.

Définition : Gros flocon de neige humide qu'on voit davantage au printemps.

Exemples d'emploi :
1. « Tantôt la neige tombe sous la forme de lourds flocons humides, elle mouille les habits ; c'est la grosse neige, on dit qu'elle tombe en peau de lièvre ; [...] c'est la neige de Noël, celle des enfants, avec laquelle on construit des bonhommes de Noël, on fait des boules ; [...] » (DEFFONTAINES [Pierre]. L'Homme et l'hiver au Canada , Gallimard, Paris, 1957, pp. 35.)

2. « Y tombait des peaux de lièvre, tu sais des gros flocons de neige humide. Je m'en revenais de la visite de mes pièges quand j'ai frappé une tempêche avec c'te neige-là. » (Inf. masc., 68 ans, Saint-Stanilas [Mauricie], CELM, 1973.)

3. « Ben des fois on voit ça au printemps, des gros flocons d'une neige très mouilleuse. Ouais, on appelle ça des peaux de lièvre. » (André TOUTANT, 71 ans, Saint-Casimir [Portneuf], CELM, 1978.)

Historique : Latin pellis, proprement « peau d'animal », qui, dans le parler populaire, a éliminé cutis « peau d'homme » et lièvre du latin leporem, accusatif de lepus (BW5).

La locution a été relevée dans le PPQ (DULONG [Gaston] et BERGERON [Gaston]. Le Parler populaire du Québec et de ses régions voisines. Atlas linguistique de l'Est du Canada, Gouvernement du Québec, Ministère des Communications en coproduction avec l'Office de la langue française, 1980, 10 vol. [Enquêtes effectuées entre 1969 et 1973]). Peau de lièvre « flocon de neige » a été utilisée sur l'ensemble du territoire et remonte, selon nos enquêtes (CELM), au premier tiers du XXe siècle. Aujourd'hui, la locution n'est connue que de quelques coureurs des bois.

Catégorie : Innovation lexicale.







Le Coin de Brigitte : l'Ancrage

  • « Quand le mois de mars entre en mouton, il sort en lion. »
    (Valérie BOISVERT [information], Anne-Marie BOISVERT [collecte], CELM, 2001.)
  • « Quand on a l'hiver avant Noël, on est sûr d'en avoir deux. »
    (Valérie BOISVERT [information], Anne-Marie BOISVERT [collecte], CELM, 2001.)
  • « L'hiver, une lune claire indique que les jours suivants seront froids. »
    (Steve AYOTTE [information], Marcel BASTIEN [collecte], de même que Marie-Lou MORENCY [information], Jeanne MORENCY [collecte], CELM, 2001.)
  • « Si les lièvres sont blancs à la Toussaint, l'hiver sera neigeux. »
    (Annie RACINE [information], Mélissa RACINE [collecte], CELM, 2001.)
  • « Quand les corneilles s'en vont, l'hiver est proche. »
    Julie HAGAN [information], Mariette MASSICOTTE [collecte], CELM, 2001.)
  • « La tempête des corneilles est la dernière grosse tempête de l'hiver. »
    (Annie RACINE [information], Mélissa RACINE [collecte], CELM, 2001.)
  • « Plusieurs pelures sur un oignon, c'est signe que l'hiver sera froid. »
    (Steve AYOTTE [information], Marcel BASTIEN [collecte], de même que Valérie BOISVERT [information], Anne-Marie BOISVERT [collecte], CELM, 2001.)
  • « Si les nids d'abeilles sauvages sont hauts, il risque d'y avoir beaucoup de neige. »
    (Steve AYOTTE [information], Jean-Marc AWASHISH [collecte], de même que Valérie BOISVERT [information], Mario BOISVERT [collecte], CELM, 2001.)
  • « Une fois que la neige couvre la terre, c'est signe qu'on va avoir de la neige le mois suivant. »
    (Valérie BOISVERT [information], Anne-Marie BOISVERT [collecte], CELM, 2001.)
  • « Sur une plaie, il faut mettre de l'onguent de neige. La recette :
    • Il doit y avoir la même quantité de graisse que de neige ;
    • La neige doit être fraîchement tombée et propre ;
    • Faire bouillir les deux ingrédients et retirer l'eau ;
    • Remettre la même quantité de neige qu'au départ ;
    • Refaire l'opération sept fois. »

    (Nathalie DELAGE [information], Jean DELAGE [collecte], CELM, 2001.)
Je vous invite à communiquer avec moi si vous voulez me proposer mots, expressions, dictons et saillies verbales.

Je vous remercie à l¹avance !
Vous pouvez me rejoindre au courriel suivant : sefourni@sh.cgocable.ca .

Serge Fournier






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