a
rabaska9 AVRIL 2001

Capsule de chez nous,
par Serge Fournier




Le mot de la semaine : rabaska



RABASKA : nom masc.

Définition :
  1. Embarcation allongée, généralement faite de pièces de bouleau, d'une trentaine de pieds en longueur sur quatre et demi en largeur, capable de contenir un équipage d'une dizaine d'hommes et de porter des charges considérables.

    Exemples d'emploi :

    1. « À l'eau haute, une partie des terres de ce delta [de l'Athabaskaw] est inondée ; les points élevés, recouverts de foin, forment des îlots ordinairement oblongs, qui apparaissent comme les filets d'une rets immense dont les petits lacs seraient les mailles énormes [...]. De là le nom d'Athabaskaw ou Ayabaskaw (filet de foin), que nos voyageurs ont souvent rendu par le mot Rabaska. » (TACHÉ [Mgr Alexandre-Antonin]. Esquisse sur le Nord-Ouest de l'Amérique [p.21], Montréal, Éditions du Nouveau monde, 1869, 146 p.)

    2. « Rabaska, me disait un jour un saint missionnaire du Nord-Ouest signifie dans les pays de là-haut l'acte le plus extraordinaire de vigueur qu'un homme peut faire. Le mot est une corruption d'Athabaska, rivière sur laquelle se trouva pendant longtemps le dernier poste de la Cie. [sic] de la Baie d'Hudson. Ce n'était pas tous les engagés qui pouvaient se rendre jusque là ni tous les canots, et ceux qui en revenaient portaient le plumet. Aussi le mot est-il devenu synonyme [sic] de supériorité incontestable, dans la langue des métis " Faire quelque chose en rabaska " c'est tout dire, et un canot, pour s'appeler rabaska, requiert certaines proportions de force et de solidité qui le rendent capable du plus long comme du plus laborieux voyage. » (ROYAL [Joseph]. La Vallée de la Mantana [p.144], Montréal, Éditions du Nouveau monde, 1869, 161 p.)

    3. « Il y avait aussi des rabaskas de 45 pièces [une pièce : 120 livres]. C'étaient pas des hommes comme nous autres qui s'mettaient en avant et en arrière. Quand on s'mettait debout dans l'devant, les pinces nous venaient à la hauteur des épaules. Bien chargé, il lui restait encore un bon pied de lest au milieu, ça prenait des avirons de barges en avant et en arrière. » (Charles GAULIN, in Notes de Dollard Dubé [déc. 1935], document N1-G37, Mauricie, 1930-1935, Archives du Séminaire de Trois-Rivières.)

    4. « Et ici pourquoi ces eaux [du fleuve Saint-Laurent] ne feraient-elles pas penser à cette puissante et forte race de vrais hommes que tu nous as donné : découvreurs, voyageurs, hardis, aux bras volontaires et infatigables, héros d'un courage intrépide et qui ont partout navigué entre les écueils et la mort, et baptisé tout un continent et manœuvré sans lasse rabaskas et canots, et même chanté dans les périls les belles et joyeuses chansons de nos Pères ! » (SAVARD [Félix-Antoine]. Carnet du soir intérieur 2 [p.142], Montréal, Fides, 1979, 156 p.)

    5. « Le rabaska fut utilisé par plusieurs explorateurs pour découvrir de nouveaux terrains d'exploitation ou de nouveaux territoires. Certaines compagnies engageaient non pas des hommes costaux et forts pour pagayer, mais de bons chanteurs pour maintenir la cadence dans le long canot et, par le fait même, diminuaient le coût de revient de cette exploration. De nos jours, le rabaska est un loisir pour certains camps de vacances et de plaisance. » (Page Web « rabaska Belgo », Internet, 2001.)

Dérivé : Rabaskien « personne qui pagaye dans un rabaska » (formation récente).

Historique : Attesté depuis 1868, rabaska « grande embarcation de type amérindien (dérivée du canot algonkien rapide et maniable) », d'après une altération d'un mot commun à l'algonkien et au cri, Athapaskaw « herbes et roseaux ici et là ». L'embarcation a surtout servi au XIXe siècle au transport des fourrures à partir du pays de l'Athabaska (frontière nord entre l'Alberta et la Saskatchewan). Le vocable est encore largement répandu sur l'ensemble du territoire québécois. (V. Exemple d'emploi 5 et Le Parler populaire du Québec et de ses régions voisines [PPQ] de Gaston DULONG et Gaston BERGERON, le Centre d’étude linguistique de la Mauricie [CELM] le Fichier du Trésor de la langue française du Québec [FTLFQ]).

Catégorie : Amérindianisme.


Serge Fournier

L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

Une suggestion complémentaire : Le site éducatif Le Rabaska pour les écoliers (conçu et rédigé par notre directeur des contenus, Guy Rivard). Ce site qui présente les régions de la Mauricie et du Centre-du-Québec s'est mérité le Duc de bronze de l'Infobourg en 1998 et est considéré par l'Association québécoise des utilisateurs de l'ordinateur au primaire-secondaire (AQUOPS-CyberScol) comme l'un des « modèles remarquables de ce qu'offrent Internet et les technologies de l'information et de la communication (TIC) dans le domaine de l'enseignement. »
© Serge Fournier & RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2000-2001) Tous droits réservés.