14 janvier 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
BÉCOSSE
BÉCOSSE
: Nom fém., souvent pluriel.
Définition :
- Fam. Lieu d’aisances sommaire anciennement situé à l’extérieur, en retrait, qu'on aménage encore aujourd'hui à la campagne, en forêt.
Exemples d'emploi :
- «
Les " bécosses " à barreaux ou chambres de toilette étaient à proximité du camp et elles pouvaient recevoir deux, trois, et même quatre clients à la fois. " On l'appelait bécosse ", nous disait M. Pépin, " parce que les Anglais disaient « because » pour désigner le même endroit. " Nous savons cependant qu'étymologiquement, " bécosse " dérive plutôt de " back
house. " »
(LaflDrave, [entrevue avec M. Marius Pépin], p.53, 1970. )
- «
Les toilettes ? Les bécosses ! The crapper ? the Johns ! »
(CARRIER [Roch]. « La Guerre, Yes Sir ! », p.23, Montréal, éd. du Jour, 1970, [éd. originale, 1968], 139p.)
- «
Ça faisait au moins vingt minutes qu'il était dans les bécosses, pis nous autres on l'attendait dans le camp pour aller surprendre les orignaux sur le bord des lacs. »
(Inf. masc.,
30 ans, La Tuque, 1975, CELM.)
- «
Notre liste de dépendances ne serait pas complète si l'on ne mentionnait pas la bécosse [ back house ] ou les cabinets de campagne. C'était une simple cabane de planche ( ou de bois équarri ) bâtie à quelque distance de la maison sur une fosse assez profonde. À l'intérieur, un simple banc de planche percé à deux trous de différentes grandeurs [...]. »
(LEMIEUX [Germain]. « La Vie paysanne 1860-1900 », p. 38, Sudbury Laval, Les Éditions Prise de Parole Les Éditions FM, 1982, 239 p., FTLFQ.)
- «
Bien sûr, c'est bourré d'mouches dans la bécosse.
Pis les mulots t'chatouillent le bout' des pieds.
Bien sûr, des fois on s'torche avec d'l'écorce.
Parc'l'épic'rie est à cinq milles à
pied. »
(LATRAVERSE [Plume]. « Cris et écrits (dits et inédits) : Plume la traverse... l'époque », p. 130, Verchères, Les Éditions Rebelles, 1983, 306 p., FTLFQ.)
- «
Mais, il n'y a pas de latrines dans les campagnes. La catherine ou
bécosse de la fin du XIXe siècle est remplacée par le cabinet moderne à l'eau courante dès que l'électrification
rurale fut complétée après la Seconde
Guerre. »
(Nicole DORION. « Bâtiments paradomestiques », in Bilan des interventions - synthèse, site Internet du Ministère de la Culture et des Communications du Québec, Gouvernement du Québec, 1998.)
- «
À Pictou, loin de Tombouctou
Près de Caribou où le traversier accoste
Au dessus de nos têtes il y a le cosmos
En dessous de nos pieds y'a la Nouvelle-Écosse
Il fait noir comme à l'intérieur d'une gosse
C'est l'heure de swingner la bacaisse dans l'fond des
bécosses »
(Serge ROBERT [Mononc' Serge]. Chanson Toé pis moé, 2000.)
- «
S'inspirant de cette seule ligne d'une vieille chanson folklorique qui nous dit que " le diable est dans' bécosse ", on nous fabrique une histoire hilarante dans laquelle il n'est pas interdit de reconnaître Jean Chrétien. »
(Réjean BONENFANT. « Rougir nos nuits blanches » in La mémoire au jour le jour [chroniques], site Internet de Rabaska multimédia, Trois-Rivières, 3 août 2000.)
- «
En arrière, une " shed ", hangar à bois, et une " bécosse " (back-house) pour ce que vous savez ; on disait " closet " quand, située dans la maison même, elle fonctionnait à l'eau. »
(TRUDEL [Marcel]. « Saint-Narcisse-de-Champlain, Au pays de la Batiscan », p. 112, Imprimerie Litho Acme-Renaissance, Québec, 2001, 214 p.)
SYNTAGMATIQUE : aller aux bécosses; boss de bécosses « Par dérision. Celui ou celle qui veut tout mener, contôler ».
- Par ext. Tout cabinet d'aisances.
- «
Tu iras voir dans les bécosses, y'a toutes sortes de niaiseries que les gens écrivent sur les murs. Très instructif. »
(Inf. masc.,
76 ans, Rivière-aux-Rats [Mauricie], 1975, CELM.)
- «
Je sortais des bécosses quand je l'ai vue, une fille ben à mon goût. Je l'ai suivie, en faisant semblant de rien, pis plus tard je l'ai demandée pour danser. »
(Inf, masc., 19 ans, 1983, Shawinigan, CELM.)
- «
C'est pour dire, on est 1200 personnes sur cet étage et y'a très peu de bécosses, il faut souvent descendre au
premier. »
(Inf. fém., 57 ans, Grand-Mère, 1995, CELM.)
- «
Eh bien, il m'apparaît que la pub a dépassé les bornes ( ou les urnes ! ). [...] Faut-il maintenant
endurer tout ce caca publicitaire dans nos bécosses ? [...] »
(Olivier CHANTEAU, « Non ! Pas dans ma bécosse ! » [opinion], in Impact Campus [journal des étudiants et
des étudiantes de l'Université Laval], Sainte-Foy, 3 octobre 1995.)
- «
Les égouts ont r’foulé
La bécosse a’débordé
Y’avait des coliformes fécaux
Qui flottaient su’l
terraseau »
(Les Cowboys Fringants. « Le plombier », chanson du disque « Sur mon canapé », 1998.)
- «
L'aristosocialocrate Marois a dépensé plus de 800 000 $ pour ces travaux [...], qui incluent notamment une toilette silencieuse de luxe. [...] Le QL [Québécois Libre] a pu corroborer les dires du premier
ministre en obtenant une photo secrète de la bécosse
high-tech en question qui explique tout. [...] »
(« La bécosse de l'aristosocialocrate » [nouvelles brèves], in Le Québécois Libre, No 49, p. 5, Montréal, 6-19 nov. 1999.)
- «
Film de bécosses et de limousines, de poupounes et de moumoutes, où le papier de toilette n'est
jamais loin du " World Show " et où le " blow job " couve sous le discours du " plusse beau pays du
monde ", Miracle à Memphis filme le Québec à l'heure de sa " grattonisation " comme un paradis
de la consommation où tout est mis au même niveau [...] »
(Georges PRIVET. « Vive nos chaînes ! ou la "grattonisation" du Québec » [chroniques Contrechamp], in revue 24 images, n°98-99 - Automne 1999, p. 16-19.)
- Classe préparatoire pour les élèves peu doués.
- «
Depuis longtemps, le Collège offre un cours préparatoire [...] Petit à petit, on réduira ce cours
et, en 1936-1937, il n'en restera plus qu'une année, qu'on appelait la " bécosse " (6e année du cours
primaire public). Jusqu'en 1958, les élèves d'Éléments latins qui étaient trop faibles en français
descendaient en " bécosse ". »
(Collège de Joliette, 1936, hapax.)
HISTORIQUE :
Adaptation phonétique (1) de l'américain back-house ( 1847 ) « an outdoor toilet » ( Webster ). En québécois, bécosses ( 1857, FTLFQ ) est encore bien connu ( CELM ). On trouve aussi attestée une forme bacosses
( Gl, 1930 ).
La prononciation avec [e]
est toutefois générale depuis au moins le début du XXe siècle ( Claude Poirier, DHQ ). Le sens III s'explique par l'utilisation de la métaphore.
Catégories :
Américanisme.
(1) « La diphtongue
. Cette diphtongue se réalise, dans la prononciation de notre sujet anglo-canadien, au début comme un o un peu plus ouvert que celui de « mop » une sorte de
et dans la partie finale comme un u ouvert. Le premier élément fait donc entendre un timbre apparenté à celui d'un
postérieur moyennement grave, si on le compare au
très sombre du français-canadien populaire. On s'attend donc à une monophtongaison en
, et c'est ce qu'on trouve dans les emprunts qui ont pénétré par la voie orale. » ( GendrPhon, p.36 ).
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-6, 8, 9, II-4, 5, 6, 7 et III-1.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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