21 janvier 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
DÉBARBOUILLETTE
DÉBARBOUILLETTE
: Nom fém.
Définition
:
-
Petit carré de serviette
( ratine )
dont on se sert, principalement, pour se laver la figure.
Exemples d'emploi
:
-
« Pour une jeune fille de position moyenne, il faut ce qui
suit :
[...]
Trois douzaines de serviettes de toilette ;
Deux douzaines de grandes serviettes de bain en tissu
éponge ;
Trois nattes de
bain ;
Une douzaine de
débarbouillettes
;
[...] »
(BOLDUC
[Evelyn].
«
Manuel
de l'étiquette
courante
»,
3e éd.,
p. 118
[chap IX, Des mariages
- Le
trousseau], Québec, Éditions de l'Action Catholique, 1943,
220 p.)
-
« Avant d'habiller les
enfants
, je leur ai passé une
débarbouilette
humide sur le visage et les mains et pis on est partis pour la grande
ville. »
(Inf. fém., 28 ans, Grand-Mère, 1972, CELM.)
-
« - Rhabillez-vous et sortez de là au plus vite. On ne doit jamais
être complètement nue. Dorénavant, vous prendrez un bain d'
éponge
dans votre cellule.
Mais,
je n'ai pas
d'éponge !
Vous
prendrez votre
débarbouillette
et vous vous laverez
sous votre robe de nuit. » (MONET-CHARTRAND
[Simone].
«
Ma
vie comme une
rivière
»,
tome I [récit autobiographique 1919-1942],
p.129,
Montréal, Les Éditions du Remue-ménage, 1981,
292 p.)
-
« Madame Lanouette
- la
tête en d'ssous d'l'eau
- la
débarbouillette
, l'sel de fruit Eno... a'était malade, c't'une garde-malade... Saigne
tes
brakes ! »
(LATRAVERSE
[Plume].
«
Cris
et
écrits
»,
[recueil de chansons],
p. 133,
Verchères, Éditions Rebelles, 1983,
306 p.,
FTLFQ.)
-
« Sylvie traîne toujours avec elle toute une réserve de
couches, de biberons et de petits en
cas :
une sucette bleue,
" au
cas où il perdrait la
jaune ",
une
débarbouillette
mouillée,
" au
cas où il régurgiterait son
lait "
[...]. »
(CLAUDAIS
[Marcelyne ].
«
J'espère
au moins qu'y va faire
beau !
»,
p. 55,
Éditions de Mortagne, 1985,
522 p.,
FTLFQ.)
-
« Lucienne alla chercher une
débarbouillette
humide. Elle en épongea le front d'Alex, doucement, respectueusement.
Les lèvres
du vieillard
bougeaient et elle pencha la tête.
- Bill...
Bill,
non !
Pas maintenant. Retourne. Ne pars pas. Pas maintenant... C'est tout ce que
l'aïeul dit, mais c'était suffisant. Lucienne pouvait facilement
deviner la situation. Là-haut, la tempête devait ravager la
montagne du Lac du héron bleu. C'était toujours plus vilain,
là-haut... »
(CÔTÉ
[Serge].
«
L'indien,
Les trois jours de la
Nation
»,
p. 172,
Chicoutimi, JCL éd.,1988,
268 p.,
FTLFQ.)
-
« Il n'y a rien qui vous tracasse,
j'espère ?
fit-elle d'un air soigneusement inexpressif en promenant une
débarbouillette
mouillée d'eau froide sur le visage de la
malade. »
(BEAUCHEMIN
[Yves].
«
Juliette
Pomerleau
»,
p. 62,
Québec/Amérique, 1989, 681 p., FTLFQ.)
-
« Combien avait-il perdu de bas, de chandails, cet effréné
de la mise à
nu ?
Elle déposa son fils doucement sur le lit blanc. Sur la pointe des
pieds, elle alla dans la salle de bains attenante à la chambre pour
chercher une
débarbouillette.
»
(LABERGE
[Marie].
«
Juillet
»,
p. 82,
Boréal,1989,
222 p.,
FTLFQ.)
-
« Quand Charles se leva, vers six heures, le matin de ses noces, fin
décembre 1895, il faisait encore noir. [...] Pieds nus sur la petite
catalogne, il versa de l'eau dans le vase et y plongea une
débarbouillette
;
l'eau glacée le fit frissonner. Il entama promptement sa toilette.
" Un
jour comme aujourd'hui, on niaise pas
là-dessus. " »
(RENAUD
[Bernadette].
«
Un
homme comme tant
d'autres
»,
tome I,
Charles
,
p. 123,
Montréal, Libre Expression, 1992,
362 p.,
FTLFQ.)
-
« La moitié d'une petite pilule rose. Une
débarbouillette
d'eau froide sur le front. Une main fraîche et sèche posée
sur mon avant-bras. À l'arrière-plan, Jean Ferrat meuglait que
c'est beau, c'est beau la vie. J'avais envie de tirer un de mes running shoes
sur le lecteur de
CD. »
(TREMBLAY
[Michel].
«
Le
Coeur
éclaté
»,
p. 55,
Leméac, 1993, 311 p., FTLFQ.)
-
« Aussi, j'ai grimpé les escaliers à toute vitesse,
ôté ma robe, mouillé la
débarbouillette
et lavé cet
" endroit "
en face du lavabo, en faisant bien attention que le tout soit
présentable. J'ai jeté la
débarbouillette
dans la manne à linge, me suis habillée et me suis
dépêchée à me rendre à mon
rendez-vous. »
(Site Internet
«
Bienvenue
chez
Agora
»,
2001.)
-
« Les expressions québécoises n'ont
plus aucun secret pour lui. De
"
débarbouillette
"
en passant par
" y
mouille ",
il en
connaît un rayon, Alain
Morisod. »
(Annie LAFORTUNE, article
«
Ça
me fait
cramper !
»,
7 octobre 2001 [site Internet de Alain Morisod et Sweet People].)
-
« L'explosion séminale épuisa Caius et le laissa sans joie. À l'aide d'une débarbouillette humide et d'une serviette qu'il avait mise à chauffer sur le calorifère au pied du lit, le prêtre épongea la sueur, la bave et la liqueur mouillant l'abdomen de
Caius. »
(CLÉMENT
[Michel-Ernest].
«
Sainte-Fumée
»
(roman),
p. 185,
Triptyque, Montréal, 2001, 359 p.)
SYNTAGME
: passer la débarbouillette
« laver ».
HISTORIQUE
:
Débarbouillette
, nom fém., « carré de serviette éponge... »
dérive de
barbouiller
v. tr.
(XVe s.).
Le mot, avec l'acception mentionnée, est
certainement d'origine dialectale puisque relevé dans les parlers
d'Anjou (VerrGl).
Le substantif
débarbouillette
est courant en
français du Québec
depuis la
fin du XIXe s. Il est aussi signalé dans quelques
répertoires
du français
standard comme emploi québécois à côté du
quasi-équivalent français
« gant
de
toilette ».
Catégories
:
Dialectalisme.
Québécisme en regard de sa fréquence d'emploi.
Serge Fournier
avec la collaboration de
Guy Rivard
(de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des
hyperliens et la collecte des exemples 1, 12 et 13.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique
sefourni@sh.cgocable.ca
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