
28 janvier 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
HALER, HALLER, HÂLER
HALER, HALLER, HÂLER [] : Verbe transitif.
Définition :HISTORIQUE : Haler v. tr. est emprunté (début du XIIe siècle au germanique occidental halôn
- Tirer (sens général).
Exemples d'emploi :
DÉRIVÉS : hale
- « Sitost que la molue [morue] est halée haut, on la décroque de
l'ain » (DENYS [Nicolas].« Histoire naturelle des Peuples, des Animaux, des Arbres et Plantes de l'Amérique septentrionale, et de ses diversclimats », T. II, p. 146, Paris, 1672, 267 p.)
- « J'ai tiré mon couteau [...] Là elle
dit : " Mon Dieu, il hâle soncouteau. " [...] Quand je l'ai dardée, c'était vers le milieu du chemin. Je l'ai hâlée près du puits, après l'avoir frappée avec le couteau, afin qu'elle ne se sauve pas demoi. » (Déclaration de Cléophas LACHANCE devant greffier, in« Cléophas Lachance : son crime, son procès, sonexécution », p. 13, Lévis [Québec], A. G. Routhier, 1881, 26 p.)
- « D'ailleurs, ses bras étaient pour la force et la vigueur, hors de comparaison avec ceux d'aucun homme. Un jour, il [Jos Montferrand] hâla par la chaîne une chaloupe qui flottait derrière un bâtiment et l'embarqua. Il fallut cinq hommes pour la remettre à
l'eau. » (SULTE [Benjamin].« Histoire de Montferrand, l'athlètecanadien », 2e éd.,p. 21, Montréal, J.-B. Camyré, 1884, 48 p.)
- « R. : - [...] lorsqu'il [le fils du témoin] travaillait pour haler la pulpe, voyez-vous, il y avait seulement qu'une petite place pour se mettre le pied, pour s'accoter, il y a à peu près deux pouces pour se mettre auprès du char pour
tirer. » (Archives nationales du Québec [ANQ], Cour supérieure du Québec, cause no 2399 [1906], Preuve du demandeur, Québec, doc. du 17 déc. 1906,p. 11, FTLFQ.)
- « Tout d'un coup, voilà les grandes gangs de vaches qui arrivent dans le grain... du jeune homme. Ah, il hale son bourdon, puis il
crie : - Pique-bourdon ! Ah bien, sainte bénite, voilà les vaches parties à beugler dans le champ, puis le diable les bat, puis pique une, puis piquel'autre... » (Marcel JUNEAU, « La Jument qui crotte del'argent », Conte populaire recueilli aux Grandes-Bergeronnes [Saguenay], [enregistrement réalisé par Luc Lacourcière, le 1er septembre 1954, auprès de Mme Ernest Bouchard, âgée de 78 ans au moment de la captation sonore], Édition et étude linguistique, Québec, P.U.L., 1976,143 p.)
- « " Vous pensiez jusse à vous garrôcher des roches, à vous haler la crigne pis à vous mettre toutes en ripes pareilles comme des
sauvagesses. " Oui, mes géritol de pas fines, comme dessauvagesses ! » (GOUPIL [Laval].« Le Djibou », p. 39, Moncton, Éditions d'Acadie, 1975,96 p., FTLFQ.)
- « Y aurait-i' par adon des volontaires parmi les affamés pour s'enfoncer le derrière dans les brancards et haler les charretons et les charrettes,
dumeshui ? » (MAILLET [Antonine].« Pélagie-la-charrette », p. 213, Leméac, 1979,351 p.)
- « Le Pied-du-Courant : lieu-dit utilisé depuis très longtemps pour désigner le bas du courant Sainte-Marie, face au port de Montréal. [...] Le toponyme était populaire à l’époque de la navigation à voile, alors qu’il désignait l’endroit à partir duquel il fallait souvent haler les
voiliers. » (Dossier toponymique de la région de Montréal, Commission de toponymie du Québec, 1980.)
- « Chasseurs, piégeurs, pêcheurs, cueilleurs, ils suivent les migrations saisonnières des animaux grâce auxquels ils survivent
— le caribou principalement. [...] L'été, pour le transport, on se sert du canot d'écorce de bouleau [...] L'hiver, les raquettes prennent le relais; le gibier est halé depuis un traîneau bas— un toboggan — grâce à un collier de portage plaqué sur le front ou le thorax duchasseur. » (SILBERSTEIN [Jil.],« Innu – À la Rencontre des Montagnais duQuébec-Labrador », Éditions Albin Michel / collection Terre indienne, 457 p., 1998.)
- « Ce que j'aime le plus de ce traversier, c'est qu'il ne fonctionne pas l'hiver. Quelque part en décembre, l'eau de la rivière se met à épaissir (c'est vraiment comme ça que ça se
passe : tout à coup, dès qu'il a fait assez froid assez longtemps, l'eau devient gélatineuse, les vagues ralentissent et on sent que l'eau fait le dos rond contre le souffle du vent). Le lendemain, la rivière commence à geler. Des rives vers le centre. Et on se hâte de haler sur le rivage le traversier alias traverse. Je sais alors que, dans quelques jours ou peu de semaines, le pont de glace vaouvrir. » François BARCELO,« Le dernier pont de glace ou comment les Québécois ont appris à rapetisser un pays qui est pourtant bien assez petit commeça », in Muséart Voyages, document, mars 1999.)
« action detirer », halant(e)« difficile àtirer », de la hale« du tirage », boeuf de hale.
SYNTAGMES : haler au renard« tirer en arrière pour uncheval », haler franc« refuser de tirer (en parlant d'uncheval) ».
- Transporter des charges et plus spécialement traîner les billes de bois, du lieu de coupe au chemin principal, à bras d'homme, avec un cheval ou une débusqueuse.
DÉRIVÉS : halage
- « I sont dans le bois après hâler les
billots. » (CLAPIN [Sylva].« Dictionnaire canadien-français », 1894 [voir Cl dans "Bibliographie et explication des sigles" en bas de page].)
- « J'ai appris que vous aviez seulement un team [attelage double] pour haller dans le
bois. » (F. CHOUINARD, Archives du parlement de Québec [APQ], AP-C-27-77, papiers divers, Monk, 5 août 1925.)
- « Le tas de merisier cordé le long de la maison n'était pas fort, mais les branchages abondaient dans les alentours et les garçons, au printemps, halaient le bois de
marée. » (GUÈVREMONT [Germaine].« En pleineterre », recueil de contes, Montréal, éd. Paysana, 1942.)
- « Transporter du bois sur des traîneaux.
Hâler. » (MASSIGNON [Geneviève.« Les parlers français d'Acadie. Enquêtelinguistique », 1962 [voir MassAcad dans "Bibliographie et explication des sigles" en bas de page].)
- « Q. Traîner les billes à bras d'homme ou avec un
cheval : hâler. » (Thomas LAVOIE,« Enquêtes sur les parlers français de Charlevoix, du Saguenay, du lac St-Jean et de la CôteNord », p.35. Questionnaire, texte dactylographié, Université du Québec à Chicoutimi, 1972, IV-225 p.)
- « Ben dans ce temps-là, y fallait hâler le bois avec des chevaux, surtout dans les chantiers, pis des fois dans la cour, drèt icitte derrière, là où tu vois les cordes de
bois. » (Inf. masc., 71 ans, La Bostonnais, 1976, CELM.)
- « Il est interdit à la Foothills [Foothills Pipe Lines (South B.C.) Ltd] de haler du bois le long, ou en travers de tout cours d'eau ou canal permanent non gelé et de tout canal intermittent non gelé.
[...] » (Loi sur le Pipe-line du Nord, [L.R. 1985, ch. N-26], Modalités socio-économiques et écologiques régissant le pipe-line du Nord dans le sud de la Colombie-Britannique, article 101-2, Gouvernement du Canada.)
- « [...] "lieu de destination" désigne [...] la scierie ou le réservoir de scierie dans le cas où le bois en grume ou peu ouvré est halé depuis les bois ou amené par chemin de fer à une scierie ou au réservoir de celle-ci, ou flotté sur un cours d'eau jusqu'à la scierie ou au réservoir de la scierie sans avoir été préalablement assemblé en train ou trié
[...] » (Loi sur le droit de rétention des bûcherons, chapitre W-12, [S.R., c.254, art.1.], Ministère de la Justice, Gouvernement du Nouveau-Brunswick [1967, refondue en 1997].)
« action de traîner lesbilles... », chemin de halage, collier de halage.
SYNTAGME : hâler le bois.
« amener, allerchercher », restitué par l'ancien haut allemand holôn, le moyen haut allemand halen« faire venir, chercher àatteindre » et le moyen néerlandais halen« aller chercher, allerprendre ». Haler« tirer », apport des parlers du Nord-Ouest (FEW, DHLF), conserve encore aujourd'hui, en normand, le sens général de« tirer ». Le verbe, terme de marine, signifie d'abord en français« tirer sur un cordage, uncâble », puis (vers 1180) il équivaut à« tirer au moyen d'uncordage » et, par extension, à« remorquer un bateau au moyen d'un câble qu'on tire à partir durivage » (XIIIe s.) (FEW, DHLF). Haler conserve encore ce sens en français actuel.
En français québécois, haler« tirer » est répandu sur le territoire depuis le début de la colonisation (FTLFQ), d'où l'acception particulière (1754) de« traîner des billes debois... » usuelle dans la langue des forestiers québécois aux XIXe et XXe siècles. Le verbe, aujourd'hui, est toutefois en voie de disparition.
Catégories :
- Dialectalisme;
- Extension de sens à partir de I.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-2, 3, 8 et II-3, 7, 8.L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.