a
haler

Après la réfection de l'église Saint-Rémi de Lac-aux-Sables, il faut haler la statue du saint patron jusqu'au baldaquin du maître-autel. (1996)
Coll.: Société d'histoire de Lac-aux-Sables et d'Hervey-Jonction inc.


28 janvier 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier





Le mot de la semaine
HALER, HALLER, HÂLER









HALER, HALLER, HÂLER [] : Verbe transitif.

Définition :
  1. Tirer (sens général).

    Exemples d'emploi :

    1. « Sitost que la molue [morue] est halée haut, on la décroque de l'ain » (DENYS [Nicolas]. « Histoire naturelle des Peuples, des Animaux, des Arbres et Plantes de l'Amérique septentrionale, et de ses divers climats », T. II, p. 146, Paris, 1672, 267 p.)

    2. « J'ai tiré mon couteau [...] Là elle dit : " Mon Dieu, il hâle son couteau. " [...] Quand je l'ai dardée, c'était vers le milieu du chemin. Je l'ai hâlée près du puits, après l'avoir frappée avec le couteau, afin qu'elle ne se sauve pas de moi. » (Déclaration de Cléophas LACHANCE devant greffier, in « Cléophas Lachance : son crime, son procès, son exécution », p. 13, Lévis [Québec], A. G. Routhier, 1881, 26 p.)

    3. « D'ailleurs, ses bras étaient pour la force et la vigueur, hors de comparaison avec ceux d'aucun homme. Un jour, il [Jos Montferrand] hâla par la chaîne une chaloupe qui flottait derrière un bâtiment et l'embarqua. Il fallut cinq hommes pour la remettre à l'eau. » (SULTE [Benjamin]. « Histoire de Montferrand, l'athlète canadien », 2e éd., p. 21, Montréal, J.-B. Camyré, 1884, 48 p.)

    4. « R. : - [...] lorsqu'il [le fils du témoin] travaillait pour haler la pulpe, voyez-vous, il y avait seulement qu'une petite place pour se mettre le pied, pour s'accoter, il y a à peu près deux pouces pour se mettre auprès du char pour tirer. » (Archives nationales du Québec [ANQ], Cour supérieure du Québec, cause no 2399 [1906], Preuve du demandeur, Québec, doc. du 17 déc. 1906, p. 11, FTLFQ.)

    5. « Tout d'un coup, voilà les grandes gangs de vaches qui arrivent dans le grain... du jeune homme. Ah, il hale son bourdon, puis il crie : - Pique-bourdon ! Ah bien, sainte bénite, voilà les vaches parties à beugler dans le champ, puis le diable les bat, puis pique une, puis pique l'autre... » (Marcel JUNEAU, « La Jument qui crotte de l'argent », Conte populaire recueilli aux Grandes-Bergeronnes [Saguenay], [enregistrement réalisé par Luc Lacourcière, le 1er septembre 1954, auprès de Mme Ernest Bouchard, âgée de 78 ans au moment de la captation sonore], Édition et étude linguistique, Québec, P.U.L., 1976, 143 p.)

    6. « " Vous pensiez jusse à vous garrôcher des roches, à vous haler la crigne pis à vous mettre toutes en ripes pareilles comme des sauvagesses. " Oui, mes géritol de pas fines, comme des sauvagesses ! » (GOUPIL [Laval]. « Le Djibou », p. 39, Moncton, Éditions d'Acadie, 1975, 96 p., FTLFQ.)

    7. « Y aurait-i' par adon des volontaires parmi les affamés pour s'enfoncer le derrière dans les brancards et haler les charretons et les charrettes, dumeshui ? » (MAILLET [Antonine]. « Pélagie-la-charrette », p. 213, Leméac, 1979, 351 p.)

    8. « Le Pied-du-Courant : lieu-dit utilisé depuis très longtemps pour désigner le bas du courant Sainte-Marie, face au port de Montréal. [...] Le toponyme était populaire à l’époque de la navigation à voile, alors qu’il désignait l’endroit à partir duquel il fallait souvent haler les voiliers. » (Dossier toponymique de la région de Montréal, Commission de toponymie du Québec, 1980.)

    9. « Chasseurs, piégeurs, pêcheurs, cueilleurs, ils suivent les migrations saisonnières des animaux grâce auxquels ils survivent — le caribou principalement. [...] L'été, pour le transport, on se sert du canot d'écorce de bouleau [...] L'hiver, les raquettes prennent le relais; le gibier est halé depuis un traîneau bas — un toboggan — grâce à un collier de portage plaqué sur le front ou le thorax du chasseur. » (SILBERSTEIN [Jil.], « Innu À la Rencontre des Montagnais du Québec-Labrador », Éditions Albin Michel / collection Terre indienne, 457 p., 1998.)

    10. « Ce que j'aime le plus de ce traversier, c'est qu'il ne fonctionne pas l'hiver. Quelque part en décembre, l'eau de la rivière se met à épaissir (c'est vraiment comme ça que ça se passe : tout à coup, dès qu'il a fait assez froid assez longtemps, l'eau devient gélatineuse, les vagues ralentissent et on sent que l'eau fait le dos rond contre le souffle du vent). Le lendemain, la rivière commence à geler. Des rives vers le centre. Et on se hâte de haler sur le rivage le traversier alias traverse. Je sais alors que, dans quelques jours ou peu de semaines, le pont de glace va ouvrir. » François BARCELO, « Le dernier pont de glace ou comment les Québécois ont appris à rapetisser un pays qui est pourtant bien assez petit comme ça », in Muséart Voyages, document, mars 1999.)

    DÉRIVÉS : hale « action de tirer », halant(e) « difficile à tirer », de la hale « du tirage », boeuf de hale.

    SYNTAGMES : haler au renard « tirer en arrière pour un cheval », haler franc « refuser de tirer (en parlant d'un cheval) ».

  2. Transporter des charges et plus spécialement traîner les billes de bois, du lieu de coupe au chemin principal, à bras d'homme, avec un cheval ou une débusqueuse.

    1. « I sont dans le bois après hâler les billots. » (CLAPIN [Sylva]. « Dictionnaire canadien-français », 1894 [voir Cl dans "Bibliographie et explication des sigles" en bas de page].)

    2. « J'ai appris que vous aviez seulement un team [attelage double] pour haller dans le bois. » (F. CHOUINARD, Archives du parlement de Québec [APQ], AP-C-27-77, papiers divers, Monk, 5 août 1925.)

    3. « Le tas de merisier cordé le long de la maison n'était pas fort, mais les branchages abondaient dans les alentours et les garçons, au printemps, halaient le bois de marée. » (GUÈVREMONT [Germaine]. « En pleine terre », recueil de contes, Montréal, éd. Paysana, 1942.)

    4. « Transporter du bois sur des traîneaux. Hâler. » (MASSIGNON [Geneviève. « Les parlers français d'Acadie. Enquête linguistique », 1962 [voir MassAcad dans "Bibliographie et explication des sigles" en bas de page].)

    5. « Q. Traîner les billes à bras d'homme ou avec un cheval : hâler. » (Thomas LAVOIE, « Enquêtes sur les parlers français de Charlevoix, du Saguenay, du lac St-Jean et de la Côte Nord », p.35. Questionnaire, texte dactylographié, Université du Québec à Chicoutimi, 1972, IV-225 p.)

    6. « Ben dans ce temps-là, y fallait hâler le bois avec des chevaux, surtout dans les chantiers, pis des fois dans la cour, drèt icitte derrière, là où tu vois les cordes de bois. » (Inf. masc., 71 ans, La Bostonnais, 1976, CELM.)

    7. « Il est interdit à la Foothills [Foothills Pipe Lines (South B.C.) Ltd] de haler du bois le long, ou en travers de tout cours d'eau ou canal permanent non gelé et de tout canal intermittent non gelé. [...] » (Loi sur le Pipe-line du Nord, [L.R. 1985, ch. N-26], Modalités socio-économiques et écologiques régissant le pipe-line du Nord dans le sud de la Colombie-Britannique, article 101-2, Gouvernement du Canada.)

    8. « [...] "lieu de destination" désigne [...] la scierie ou le réservoir de scierie dans le cas où le bois en grume ou peu ouvré est halé depuis les bois ou amené par chemin de fer à une scierie ou au réservoir de celle-ci, ou flotté sur un cours d'eau jusqu'à la scierie ou au réservoir de la scierie sans avoir été préalablement assemblé en train ou trié [...] » (Loi sur le droit de rétention des bûcherons, chapitre W-12, [S.R., c.254, art.1.], Ministère de la Justice, Gouvernement du Nouveau-Brunswick [1967, refondue en 1997].)

    DÉRIVÉS : halage « action de traîner les billes... », chemin de halage, collier de halage.

    SYNTAGME : hâler le bois.

HISTORIQUE : Haler v. tr. est emprunté (début du XIIe siècle au germanique occidental halôn « amener, aller chercher », restitué par l'ancien haut allemand holôn, le moyen haut allemand halen « faire venir, chercher à atteindre » et le moyen néerlandais halen « aller chercher, aller prendre ». Haler « tirer », apport des parlers du Nord-Ouest (FEW, DHLF), conserve encore aujourd'hui, en normand, le sens général de « tirer ». Le verbe, terme de marine, signifie d'abord en français « tirer sur un cordage, un câble », puis (vers 1180) il équivaut à « tirer au moyen d'un cordage » et, par extension, à « remorquer un bateau au moyen d'un câble qu'on tire à partir du rivage » (XIIIe s.) (FEW, DHLF). Haler conserve encore ce sens en français actuel.

En français québécois, haler « tirer » est répandu sur le territoire depuis le début de la colonisation (FTLFQ), d'où l'acception particulière (1754) de « traîner des billes de bois... » usuelle dans la langue des forestiers québécois aux XIXe et XXe siècles. Le verbe, aujourd'hui, est toutefois en voie de disparition.

Catégories :
  1. Dialectalisme;
  2. Extension de sens à partir de I.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-2, 3, 8 et II-3, 7, 8.

L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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