
11 février 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
BEC
BEC: Nom masc.
Définition :SYNONYMIE : bisou ; bécot (français).
- Fam. Baiser. Donner un bec : faire la bise.
Exemples d'emploi :
- « Mère S. Anastasie était aussi maîtresse
d'ouvrage ; on travaillait alors beaucoup sur le canevas. Elle engageait une élève à se hâter pour finir tel jour.– Si je réussis, Mère, qu'elle sera marécompense ? – Je vous donnerai un beau bec. L'enfant fit des merveilles et accomplit sa tâche. Elle court à la maîtresse qui la félicite.– Et monbec ? – Attendez à ce soir. Le soir venu, elle lui remet solennellement un bec de poule, au grand amusement de toutes lesélèves. » (Mère De la NATIVITÉ.« Les Ursulines desTrois-Rivières : depuis leur établissement jusqu'à nosjours », p. 377, Québec,526 p., 1911.)
- « et tu gênais les plans
du beau beau mec
qui te promettait plein
de beaux becs
de baisersbeaux »
(LAVOIE [Daniel] [auteur-compositeur]. Chanson« Fouquet's », extrait du disque« Tension Attention », Kébec-Disque, 1983.)
- « Il glissa la clef dans sa poche et lui posa un bec retentissant sur la joue au moment précis où Antoine Désy entrait dans la
pièce. » (BEAUCHEMIN [Yves].« Juliette Pomerleau », p. 538, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989,691 p., FTLFQ.)
- « Il est vrai que la jeune femme n'a pas semblé apprécier mon baiser furtif. Pourtant, ce n'était qu'un simple bec sur le front, pas de quoi faire un plat avec si
peu ! » (BÉLANGER [Jacques].« Alexandra Wong », p. 55, Sillery, Septentrion, 1990,297 p., FTLFQ.)
- « Papa, domandai a André perchè datevi un baccio a mamma nella cucina ieri sera.
( Papa, demande à André pourquoi il donnait un bec à maman dans la cuisine hiersoir ? ) » (MONTMORENCY [André].« De la ruelle auboulevard », p. 90, Montréal, Leméac, 1992,275 p., FTLFQ.)
- «
Tiens ! Des étudiantes pour venir te souhaiter bonne fête, François, profites-en, c'est pas à moi que ça arriverait. [...]– Ah... bonne fête monsieur Bélanger. Je ne savais pas ça, mais je vais vous donner un bec, aumoins. » (LABERGE [Marie].« Quelques adieux », p. 130, Montréal, Boréal, 1992,399 p., FTLFQ.)
- « Elle joint pieusement les mains et me fait le coup du petit bec de nonne, en plissant les lèvres comme si elle venait de sucer un citron. Je rends les armes.
– Écoute, mavieille : si tu préfères, je ne te dirairien ! Elle seradoucit. » (CLAUDAIS Marcelyne.« Ne pleurez pas tant,Lysandre... », p. 28, Montréal, Éditions Libre Expression, 1993,288 p., FTLFQ.)
- « Celle qu'on disait sa mère mais qui restait toujours si loin au fond de sa chambre. Et la madame qui le serrait affectueusement et alla même jusqu'à lui donner sur la joue un bec aspiré comme au jour de l'An.
– Pauvre lui, il sait plus trop vers quel bord se virer, rit la femme en faisant sautiller l'enfant dans ses bras. Puis elle le mit par terre et dit àExilda : – Si tu veux parler avec Marie-Anne, gêne-toi pas pour t'approcher,hein ! » (MATHIEU [André].« Aurore l'enfantmartyre », p. 278, Lac Drolet, Éditions Nathalie, 1994,474 p., FTLFQ.)
- « Pourquoi qu'elles n'ont jamais envie comme moi
d'étreindre ? Pourquoi qu'elles se retiennent si c'est lecas ? Qu'est-ce qu'on a tous avec notre salive à s'arroser pours'éteindre ? Parce qu'on brûlerait trop vite, parce qu'on se ramasserait tout de suite tout calcinés. On partirait comme un coup de revolver. MinutePapillon ! C'est ce qu'on a trouvé de plus profond comme expression de notre patiente panique." Fanie, donne-moi un bec.– Pourquoi ? ". » (DUCHARME [Réjean].« Va savoir », p. 162, Paris, Gallimard, 1994,267 p., FTLFQ.)
- « Au Maroc, j’ai eu un choc,
À Québec, j’ai eu un bec
Ce n’est pas en Égypte, en Tunisie ou à Vancouver
C’est dans ton cœur et dans mes vers que vit monfrère. »
(Alexandra RICQUE [10 ans],« Au bout de la terre vit mon frèrefrancophone » [poème], Prix UNESCO 1997 [1er prix international].)
- « Bec " Donne-moi un bec " means give me a kiss.
" Un petitbec " is a small kiss," un grosbec " is a big kiss," un beaubec " is a nice kiss.[...] » (Johanne BLAIS, chronique« Word of theweek » de l'émission C'est la vie, site Web de la Canadian Broadcasting Corporation [CBC], 1999.)
- « Au Québec, par exemple, jusqu'à la révolution sexuelle de la fin des années soixante, ce qu'on appelle aujourd'hui la baise, n'occupait pas tout son espace et tout son sens. Baiser, dans la Belle province, signifiait donner un bec sec. Pour le donner humide, il fallait recourir au french-kiss d'une autre langue
[...] » (GERMAIN [Jean-Claude].« La langue sans la culture, c'est une erreur de lanature » [mémoire présenté à la Commission des États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec],p. 3, 13 décembre 2000,8 p.)
SYNTAGMATIQUE : donner un bec, un gros bec, un gros bec mouillé, un petit bec, un beau petit bec, un petit bec en pincette(s), un bec sucré.
HISTORIQUE : Bec nom masc, est issu (v. 1119) du latin beccus« bec d'oiseau » (FEW). Bec, qui connaît plusieurs variantes phonétiques,« petit baiser,caresse » est bien signalé en Picardie, en Champagne, en Touraine et dans la plupart des parlers du Nord, de l'Ouest et du Centre de la France (FEW beccuc, 305a) Aussi en Belgique et en Suisse, surtout l'emploi familier dans la locution donner un bec (FEW).
En québécois bec« baiser » (vers 1640, FTLFQ), compris dans plusieurs syntagmes, est encore très vigoureux sur l'ensemble du territoire.
Catégorie : Dialectalisme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-2, 10 et 12.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.