18 février 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
CHANTIER
CHANTIER
: Nom masc.
Définitions :
-
Lieu d'exploitation forestière (établissements organisés et endroits de coupe).
Exemples d'emploi :
- «
S'il s'établissait à Québec quelques chantiers de bois à brûler
[...] »
(Correspondance générale MM. de Beauharnois-Bégon, Canada, C11A, v. 48, fo 243, Québec, 1726, AugFor.)
- «
Ceux des dits entrepreneurs qui auront des chantiers sur les petites rivières
[...] »
(Archives du parlement de Québec [APQ], G. Joly et C. Chartier de Lotbinière, 505-511, Lotbinière, 6 nov. 1834, AugFor.)
- «
Plusieurs jeunes gens des chantiers, qui n'avaient pas voulu passer les fêtes dans les bois [...] »
(TACHÉ [Joseph-Charles]. « Forestiers et voyageurs », p. 111, Montréal, Éditions Fides, 1946, 230 p., [éd. originale, 1863].)
- «
M. Alsopp ayant donc, en 1773, acquis ces fiefs, fit commencer des travaux immenses à Jacques-Cartier. Il y eut des temps où près de 200 hommes se trouvèrent réunis à ce chantier. »
(FÉLIX [Gatien]. « Histoire de la paroisse du Cap-Santé », p. 146, Québec, 1884, 380 p.)
- «
Le " bourgeois " avait, selon la coutume, ordonné la distribution du contenu d'un petit baril de rhum parmi les hommes de chantier, et le cuisinier avait terminé de bonne heure les préparatifs du " fricot de pattes " »
(Sans nom. « À la mémoire de Alphonse Lusignan : hommage de ses amis et confrères avec un portrait par Julien », p. 290, Desaulniers et Leblanc, Montréal, 340 p., 1892.)
- «
LA DANSE DU BARBIER. Vers 1875, l'une des danses mimées les plus populaires dans les chantiers est celle du barbier. Cette curieuse pantomime, écrit É.-Z. Massicotte, se joue à trois personnages : le barbier, le client et le violonneux qui pourraient s'appeler : le raseur, le rasé et le racleur. Comme accessoire, le barbier avait un énorme rasoir de bois taillé à la hache et au couteau, un vase quelconque, cuvette, bassin, bassine, ou seau servant de plat à barbe, enfin, un balai ou un " blanchissoir " faisait office de blaireau... »
(PROVENCHER [Jean]. « Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent », p. 510, Les éditions du Boréal, 1996, 605 p., in É.-Z. Massicotte, « Les Danses mimées du Canada français », BRH, p. 34, 1928, 184 p.)
- «
Joson : – Écoute, Josette, c'est pas pour rien dire de trop, mais, sans vouloir me vanter, si Labarouche avait fait dépeindre en peinture toutes les bondances de batailles qu'il a eues dans le temps qu'il faisait chantier, c'est bien mon idée que j'aurais une galerie qui accoterait bien proche celle-là. »
(BOURGEOIS [Albéric]. « Voyage autour du monde de Joson et Josette » (radio), 1936, série 28, bob. 1, p. 2, FTLFQ.)
- «
Le Canada découvrit alors sa nouvelle fonction, il se mua en une côte à bois [ital. dans le texte], après avoir été une côte à fourrure [ital. dans le texte]; le grand métier hivernal devint le travail en forêt; faire chantier [ital. dans le texte] apparut bientôt comme le meilleur moyen d'obtenir un gagné [ital. dans le texte] d'hiver et d'équilibrer la courbe annuelle de travail. »
(DEFFONTAINES [Pierre]. « L'Homme et l'hiver au Canada », p. 213, Gallimard, 1957, 293 p.)
- «
Je monte au chantier, c'est pour hiverner; j'ai quelques piastres de gagnées [...] »
(Coll. LAFLEUR [Normand]. Archives de Folklore, 1965, Ouellet 62 [Mont-Laurier, Labelle], FTLFQ.)
- «
J'ai été à peu près dix ans aux chantiers coopératifs, et plusieurs années président. Au début, ça s'appelait le Chantier coopératif de Trois-Rivières, puis c'est devenu le Chantier coopératif U.C.C. de la Mauricie. Finalement, c'a changé de gérant et de contracteurs, et c'a failli. »
(Alphonse BONENFANT, 68 ans, transcription d'un enregistrement, coll. famille Alphonse Bonenfant, Saint-Narcisse [Champlain], 1972.)
- «
Pour Caron, les hommes avaient très peu d'importance. Tout ce qui comptait, c'était le débit de production. Et il était bon. Un des meilleurs de toutes les compagnies qui uvraient dans le domaine. Le chantier faisait des affaires d'or depuis quelques années et Caron aussi... Il avait un pourcentage sur l'excédent de production. Il n'hésitait pas à pousser les hommes à leur limite et au-delà. Plus d'un avaient " cassé " sous ses ordres, incapables d'aller plus vite, de prendre plus de risques. »
(CÔTÉ [Serge]. « L'Indien. Les trois jours de la nation », p. 43, Chicoutimi, Éditions JCL, 1988, 268 p., FTLFQ.)
- «
Dans ma famille nous étions sept garçons et cinq filles, tous d'Alfred. Mon père a été boucher pendant quelques années à Fournier. On peut dire que je suis un ancien travailleur de chantier. Dans mon temps ça recule loin en bébite ! j'ai commençé à patiner sur les ruisseaux aux alentours. Il n'y avait pas de ligues de hockey pee-wee, bantam etc. On apprenait comme on pouvait. Point ! »
(Le Droit, 18 août 1994, p. 51, FTLFQ.)
- «
Papa vient de monter dans les chantiers du Saint-Maurice, et pour la première fois, il a amené mon frère le plus vieux. Joseph a treize ans. Il était fier comme un coq d'être engagé, ça veut dire qu'il est maintenant un homme. À eux deux, ils vont faire la palette : un gros 100 piastres pour l'hiver ! »
(RIVARD [Guy]. « Béatrice à la campagne vers 1900 », extrait de « Mékinac... une région à explorer », p. 34, coll. MauricieBois-Francs, Les commissions scolaires de la région MauricieBois-Francs, 1994, 52 p.)
SYNTAGMATIQUE : Faire chantier « travailler à la coupe du bois », chemin de chantier, homme de chantier « forestier, bûcheron », gars de chantier « id. », sleigh de chantier, monter au chantier, aller dans les chantiers, travailler en chantier « se faire bûcheron », bottes de chantier, camp de chantier.
- Vieilli et plus rare. Habitation pour les bûcherons et autres travailleurs en forêt; camp.
Exemples d'emploi :
- «
Le mot chantier a diverses acceptions : c'est ainsi qu'il signifie quelquefois l'ensemble d'un établissement, ou l'industrie de l'exploitation des bois elle-même; quelquefois le logement des ouvriers. C'est de cette dernière acception que les Anglais font usage dans le mot shanty (corruption de chantier), par lequel ils désignent une hutte de colon. »
(TACHÉ [Joseph-Charles]. « Forestiers et voyageurs », p. 22, Note, Montréal, Éditions Fides, 1946, 230 p., [éd. originale, 1863].)
- «
Entrons dans le chantier; voyez-vous tout autour de la nouvelle demeure, ces larges bancs recouverts de branchages ! Ce sont les lits des travailleurs dont la paille, les rameaux de cèdre et de sapin forment le plus moëlleux édredon. »
(BONIN [Joseph. « Biographies de l'honorable Barthélémi Joliette et de M. le grand vicaire A. Manseau », p. 66, Montréal, Eusèbe Senécal Imprimeur-Éditeur, 1874, 218 p., FTLFQ.)
- «
On y arrivait entre la mi-octobre et le premier
novembre. Le premier soin était de choisir au milieu d'une forêt d'arbres deux ou trois fois centenaires, un lieu propice à bâtir une
rude cabane en « plançons », qui était généralement connue sous le nom de chantier. »
(BEAUGRAND [Honoré]. « Jeanne la fileuse : épisode de l'émigration franco-canadienne aux États-Unis », p. 14, Fall-River [Massachusetts], 1878, 300 p., Bibliothèque nationale du Québec.)
- «
Nous continuons vers le chantier. Il est construit en bille de pin. »
(NANTEL [Adolphe]. « À la hache », p. 45, Montréal, Éditions Albert Lévesque, 1932, AugFor.)
- «
[...] c'tait le bois lui pour le campe, lé chanquiers. »
(Archives de Folklore, coll. Normand LAFLEUR, inf. W. Grenier et D. Vaugeois, Saint-Jean-des-Piles [Saint-Maurice], enregistrement 162, sept. 1966.)
SYNONYMIE : camp(e), cambuse (anciennement).
HISTORIQUE :
Chantier « cheval hongre, mauvais cheval de charge » nom masc. résulte, sous les formes gantier (v. 1202), cantier (1249), localisées dans le Nord de la France, puis chantier, de l'évolution phonétique du latin cantherius. Le mot a aussi reçu, par métaphore, le sens de « chevron » et réalise le sens de « support, cale », portant l'objet que l'on veut façonner (1611), d'où l'expression mettre en chantier « commencer un travail » (1753). Le mot désigne aussi le lieu où sont entassés les matériaux (1553, en parlant du bois) qui prend dans la seconde moitié du 17e s. (1680) le sens moderne d'« atelier en plein air » (DHLF, FEW).
En québécois, le mot pour désigner un « lieu d'exploitation forestière » (1726) est à rattacher au français chantier nom masc. « atelier à l'air libre où l'on travaille des matériaux de construction ». Cette dernière acception se retrouve fréquemment au 17e s. dans les documents des chroniqueurs, voyageurs et missionnaires de l'époque. Le sens II, plus restrictif en regard du sens premier, s'applique uniquement à « l'habitation des travailleurs » et paraît plus tardivement dans l'usage (1850).
Catégories :
- Innovation sémantique.
- Id.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-10, 13 et II-3 ainsi que pour l'exemple publicitaire de 1926 (cf. haut de page).
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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