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créatures du peintre McLeod

Toile du peintre Pierre McLeod Tremblay [coll. privée]


4 mars 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier


Le mot de la semaine
CRÉATURE







CRÉATURE   : Nom fém. (souvent au pluriel).

Définition :
  1. Femme ( en général ).

    Exemples d'emploi :

    1. « [...] je n'ai pas coutume de faire cas des larmes, eh ben, que l'diable me tarabuste, ça m'bouleverse le corps et l'esprit tout ensemble de voir ces pauvres p'tites criatures pleurer comme ça. » (L'ÉCUYER [Eugène]. « La fille du brigand » [nouvelle, 1844], in « Légendes canadiennes » de James HUSTON, p. 386, Paris, P. Jannet, Éd., 303 p., 1853.)

    2. « Je n'ai pas été élevé parmi les sauvages, que je lui répliquai ; les gens du sud connaissent les égards qu'ils doivent à la créature.
      - Puisque vous êtes si galant, vous autres messieurs du sud, à ce qu'elle me dit, voici le paquet. » (AUBERT de GASPÉ [Philippe]. « Mémoires » p. 386, Ottawa, G.E. Desbarats éd., 563 p., 1866, FTLFQ.)

    3. « - Accordé ! Accordé ! fut le cri général, et tous se mirent à faire de bruyantes et vives instances auprès de Bigot, pour qu'il leur montrât la belle dame de Beaumanoir, cette superbe créature dont on parlait tant en secret. » (KIRBY [William]. « Le chien d'or : légende canadienne », p. 96, Montréal, 1884, 496 p.)

    4. « Le mot criature, d'abord usité en Europe jusqu'au XVIIe siècle [...] En Normandie, criature s'entend maintenant plus particulièrement d'une femme de peu de caractère, de peu d'intelligence, tandis que dans d'autres régions de France, une criature n'est rien de moins qu'une drôlesse, une femme de mauvaise vie. Le Canadien, en s'en tenant à l'ancienne étymologie, se montre plus galant que ses ancêtres, car il a sans doute voulu exprimer par là que, selon lui, la femme constitue la créature par excellence. » (CLAPIN [Sylva]. « Dictionnaire canadien-français ou Lexique-glossaire des mots, expressions et locutions ne se trouvant pas dans les dictionnaires courants et dont l'usage appartient surtout aux Canadiens-français », p. 100, Éditeurs C. O. Beauchemin & fils, Montréal, et Sylva Clapin, Boston, 1894, 389 p.)

    5. « Cette comtesse Edith était une sainte, tout le monde l'affirme : ce n'est pas comme la comtesse Laurence, ce n'est pas une sainte celle-là. Maman en parlant d'elle l'autre jour a dit " cette créature ", et quand elle a dit " cette créature ! " maman, elle a tout dit. » (LESCOT [Marie Meusy]. « Un peu, beaucoup, passionnément », p. 82, Décarie, Hébert et cie, St-Henri, 222 p., 1895.)

    6. « - Et la créature qui est avec lui, c'est sa fille, eh ? Maria... » (HÉMON [Louis]. « Maria Chapdelaine », p. 12, Fides, Montréal et Paris, 213 p., 1962 [ Éd. originale 1916 ].)

    7. « Le vieux, son gendre et ses fils étaient assis en cercle autour du poêle. Les « créatures » se levaient à leur tour. On entendait pleurer un enfant. L'on se mit à parler des femmes ; et chacun de vanter la sienne. » (LABERGE [Albert]. « La Scouine », p. 51, Les Quinze éd., Montréal, 142 p., 1980 [ Éd. originale 1918 ].)

    8. « Moi je suis restée fille parce que le lot des créatures, c'est d'attendre... Mais toi qui a (sic) le privilège d'être homme, tu pourrais te grouiller Gédéon Toupin, –si t'avais pas tant peur à tes cennes ! » (CHOQUETTE [Robert]. « Le Curé de village » (radio), 1951, 22 nov., série 1, bob. 26, émission 21, p. 21, FTLFQ.)

    9. « C'te créature-là avait 'té s'promener su' la pointe de Tobique [...]. Elle avait monté par les chars, pis all' avait couché à Saint-Lonnard. » (JOLICOEUR [Catherine]. « Le Vaisseau fantôme : légende étiologique », p. 214, Québec, Presses de l'Université Laval [P.U.L.], 1970, 337 p., Archives de folklore, FTLFQ.)

    10. « Je regardais les goëlands manger des cochonneries sur la grève, pis planer dans le vent, quand ça a ressoud : un char plein de créatures. Y arrêtent ça juste devant ma porte. Ça me fait rien mind you, j'sus pas un sauvage pis la mer est pas à moi tout seul. Ça débarque, pis ça commence à se déculotter dans ma face. » (LEBLANC [Ovide]. « Moi, Ovide Leblanc, j'ai pour mon dire », p. 22, roman, Montréal, Leméac éditeur, 1986, FTLFQ.)

    11. « - Veux-tu la marier ou si tu veux juste la niaiser ? La veuve Grolo, c'est quand même pas n'importe qui !
      - N'empêche que c'est toute une décision à prendre, dit Raoul en se passant une main dans les cheveux. Toi, Malvina, t'as vu comme c'est beau chez elle ? Tu te sentirais à l'aise de vivre dans une maison comme ça ?
      - Demander ça à une créature ! dit Mathieu en se claquant la cuisse. Un coup parti, demande-moi donc si j'aimerais pas mieux six trente sous, au lieu de quatre, pour faire une piastre ? » (POULIN-GAGNON [Johanne]. « L'Horloge aux souvenirs », p. 332, Montréal, Libre Expression, 1996, 345 p., FTLFQ.)

    12. « Faudrait pas vous offusquer :créatures sont écourtichées, mé c'ést du ben bon monde pareil. » (RIVARD [Guy]. « Visite théâtralisée complète du Vieux Presbytère de Batiscan », p. 5, Batiscan, Fondation des amis du Vieux Presbytère de Batiscan, 1996, 17 p.)

REMARQUES : Créature s'emploie souvent avec des qualificatifs laudatifs : belle, charmante, superbe, etc.

HISTORIQUE : Creare « créer », introduit en français des dérivés usuels dont créature n.f., d'abord emprunté ( v.1050 ) au latin chrétien creatura, « acte de la création » puis, par métonymie, « ce qui est créé, spécialement l'homme ». Le vocable est pris absolument au XIIe s. et tient alors l'acception générale de « femme » (FEW). Vers la fin du XVIIe s., le mot s'est davantage laïcisé et créature prend alors un sens particulier, péjoratif, « femme dont on parle sans considération ». Cette acception est aujourd'hui considérée comme vieillie (DHLF, Robert).

Créature « femme, fille » est signalé, avec maintes variantes phonétiques, notamment criature, dans la plupart des parlers de France, particulièrement ceux du Nord-Ouest.

En français québécois, créature « femme » existe depuis la moitié du XIXe s. Largement attestés, mot et acception sont encore très connus, même si peu utilisés par la jeune génération (FTLFQ, PPQ, CELM).

En Acadie, Geneviève Massignon relève créature « une femme ( mariée ou non ) » (MassAcad).

Catégorie : Archaïsme et Dialectalisme.




Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 4, 5, 6 et 12.



L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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