
25 mars 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
MOUILLER
MOUILLER
: Verbe impersonnel.
Définition :
-
Tomber, en parlant de l'eau de pluie ; pleuvoir.
Exemples d'emploi :
- «
Après que j'eusse écrit hier, le beau temps est venu et nous avons fait dix
poses avec la moitié du baggage (sic) ; aujourd'hui, il mouille beaucoup et nous sommes tout-à-fait dégradés. »
(François Victoire MALHIOT, « Journal du fort Kamanaitiquoya à la rivière Montréal - 1804-1805 » [Le lac au Flambeau, Wisconsin], lundi 3 juin 1805, dans « Les Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest - Récits de voyages, lettres et rapports inédits relatifs
au nord-ouest canadien : publié avec une esquisse historique et des annotations », de Louis Rodrigue MASSON, 1re série, p.262, Québec, Imprimerie générale A. Côté et cie, 1889, 584 p.)
- «
Il était d'une avarice, ce brave curé, à vous tirer les clous de vos bottes. Une année qu'il avait bin mouillé, il nous avait fait arracher ses pétaques le jour de la Toussaint. Les prêtres sont tous un peu plus ambitieux que nous, et un peu plus fins aussi. Avec les cordes de la religion, ils nous attachent les pieds et les mains et nous tirent la laine du dos quand bin même ça fait mal. »
(PROVOST [Joseph]. « La maison du coteau : nouvelle canadienne », p.82, Montréal, L. E. Rivard, éditeur, 1881, 96 p.)
- «
Le jour de Pâques quand on s’y lève, on s’est trouvé bien trompé,
Il mouillait en abondance, tout le long de la journée,
Et le jour de Pâques au soir, le temps n’avait pas changé [...] »
(Édouard BOURNIVAL, « La Complainte de Saint-Mathieu », Saint-Barnabé [Mauricie], v. 1900.)
- «
- Votre amie ne tombe pas sur un beau dimanche, madame Berthe. J'ai bien peur qu'il mouille avant souper. »
(CHOQUETTE [Robert]. « La Pension Leblanc », p.37, Montréal, éd. du Mercure, 1927, 305 p.)
- «
Nous étions quatre, cette fois, à préparer nos « affutiaux » pour la pêche : Baptiste, Wilfrid, Oscar et moi.
L’aîné appareillait les bâtons et les lignes, pendant que les autres étaient à la recherche des appâts.
Dès que papa nous vit à l’œuvre :
-" Vous auriez ben dû ne pas fourrer ça dans la tête d’Oscar, nous dit-il, feignant le mécontentement. Il fera
très noir et il va mouiller. ". »
(BONIN [Elzéar, ptre]. « Une pêche miraculeuse », dans « Souvenirs et légendes », exemplaire unique, Nicolet, 1929, 482 p. [site Web Gérard et Jeanne Bonin].)
- «
- C'est ça qu'en est un temps de chien, répondit Narcisse, i mouille à sciaux. »
(GIRARD [Rodolphe]. « Marie Calumet », p.248, Montréal, éd. Serge Brousseau, 1946, 283 p.)
- «
- On a manqué ça. Y s'est mis à mouiller juste comme on s'installait.
- Où c'est que vous êtes, au motel du coin ? »
(JASMIN [Claude]. « Pointe-Calumet Boogie-woogie », p.83, Ottawa, éd. La Presse, 1973, 131 p.)
- «
Sous le soleil du Mexique, il a mouillé trois jours. »
(DESROCHERS [Clémence]. « J'ai des p'tites nouvelles pour vous autres », p.55, Montréal, éd. de L'Aurore, 1974, 83p.)
- «
Une journée de pêche quand y mouille, habituellement c'est ben bon. »
(Inf. masc., 58 ans, Grande-Anse [ Mauricie ], 1985, CELM.)
- «
- Marie-Jeanne, tu veilleras ben sur ta petite sur Aurore, là. Pis laisse pas faire les petits gars à l'école qui voudraient la disputer ou ben rire d'elle. Dites-le pas aux autres que votre maman est malade au lit. Dites rien pantoute. Répondez pas si ils demandent pourquoi c'est faire que vous restez avec vos grands-parents. Dites rien. Marie-Jeanne acquiesça ; Aurore demeura songeuse. Télesphore arriva derrière elles.
- Risque de se mettre à mouiller, là : feriez mieux de partir tusuite.
- Attends rien qu'une minute ! demanda Marie-Jeanne. »
(MATHIEU [André]. « Aurore l'enfant martyre », p.256, Lac-Drolet, Éditions Nathalie, 1994, 474 p., FTLFQ.)
- «
Le taux de
chômage, c'est que ce serait comme des microclimats. Comme disait mon grand-père : " S'il mouille à
Saint-Jacques, il va mouiller à Saint-Lin ". Mais là pourquoi est-ce qu'il y a un taux de chômage en bas de 5 % à
tel endroit et en haut de 15 % à tel autre à 5 km ou 10 km de là ? »
(Bernard LANDRY [député de Verchères], « Poursuite des débats sur le discours sur le budget », Journal des débats, Commission permanente des finances publiques, Assemblée nationale du Québec, 15 avril 1997.)
- «
Quand le vent soufflait de l'ouest, nos parents, en "s'assisant" su'a galerie en début de soirée, disaient : "La dompe à pue à soir, y va mouiller". »
(Claude PRINCE, « Souvenirs d'un vieux Montréalais / Un terrain de jeux de rêve : le dépotoir de la rue Des Carrières », site « La page @ Claude », 2000.)
QUASI-ÉQUIVALENTS : mouillasser, pleuvasser, brumasser.
SYNTAGMES : mouiller à verse, mouiller à sciaux, mouiller à boire debout.
HISTORIQUE :
Issu du latin tardif ( 1050 ) molliare « amollir » ( le pain en le trempant ) et par la suite, plus généralement, « imbiber, humidifier », dérive du latin mollia « mie de pain » ( pour mollia panis ). D'après l'emploi du participe passé adjectivé mouillé, le français connaît le sens de « pluvieux » ( XIIIe siècle ). Le verbe a eu en langue classique le sens de « pleuvoir », y compris à la forme impersonnelle ( 1636 ), conservé dans l'usage familier et enfantin ( il pleut, il mouille ), ( DHLF, FEW ). Mouiller « pleuvoir » est aussi relevé dans les parlers du Nord-Ouest et de l'Ouest de la France (FEW).
Au Québec, mouiller, verbe imp. « pleuvoir » ( fin du XVIIe siècle ) est signalé par nos glossairistes depuis 1754 ( Père Potier ). Encore aujourd'hui le verbe est d'usage courant.
Catégorie :
Archaïsme et Dialectalisme ( fréquence d'emploi ).
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte de l'exergue et des exemples I-1, 2, 3, 5, 11 et 12.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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