

18 mars 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
TRAPPEUR
TRAPPEUR: Nom masc.
Définition :SYNONYMIE : coureur de bois, voyageur, truchement
- Chasseur professionnel de l'Amérique du Nord qui pratique le piégeage pour le commerce des fourrures.
Exemples d'emploi :
- « Quand l'expédition de Lewis et de Clarke arriva aux sources du Mississipi un d'entre eux, nommé Colter, demanda à aller trouver un trappeur nommé Potts, qui demeurait dans le voisinage, afin de chasser le castor qui se rencontrait en abondance dans cette partie du
pays. » (« Anecdotes sur les Indiens de l'Amérique du Nord, leurs moeurs et leurshabitudes », p.14, Librairie de L.-R. DELAY, Paris, 1845, 190p.)
- « Juneau ( Salomon ) fondateur de Milwaukee dans l'Ouisconsin [sic], mort en Novembre 1856, était canadien et naquit à Repentigny sur la rivière de l'Assomption en 1792. [...] Vers le printemps de 1830, il alla s'établir sur les bords du Milwaukee avec deux trappeurs qu'il avait rencontrés sur sa route. Aidé de ces pionniers comme lui infatigables et hardis, il abattit quelques arbres, les dégrossit tant bien que mal, et construisit d'abord deux ou trois cabanes informes à l'endroit même où cette belle Milwaukee étale aujourd'hui des deux côtés de la rivière, ses mille maisons élégantes et coquettes.
[...]. » (BIBAUD [Maximilien].« Dictionnaire historique des hommes illustres du Canada et del'Amérique », pp.163-164, Montréal, 1857, 389p.)
- « Se peut-il que vous vous soyez aventurée
ainsi ? Je suis surpris que votre père, connaissant comme il les connaît, les périls que présente le pays, ait consenti à ce que vous l'accompagniez si loin. À tout instant, le trappeur est exposé à des surprises, embuscades, attaques et à des luttes sanglantes avec les sauvages. Et ce ne sont pas les seuls ennemis qu'aient à redouter les détachements de la compagnie de la baied'Hudson ; [...]. » (ROBINSON [John Hovey], traduction libre par Henri Émile CHEVALIER.« Les Trappeurs de la baied'Hudson » [ nouvelle ], p.36, Montréal, 1858, 168p.)
- « [...] nous aperçumes descendant à grands pas derrière nous trois hommes, que nous reconnûmes bientôt pour être Simon le vieux trappeur de Lorette avec son fils et Jean Baptiste, trois hommes d'une force et d'une expérience peu communes
[...]. » (PERREAULT [Joseph Xavier].« Exploration de Québec au lac St.Jean » [extrait de la Revue agricole], pp.9-10, Montréal, 1863, 57p.)
- « David Têtu avait reçu de la nature certains talents de société qui, sur l'île d'Anticosti, ne sont pas à dédaigner. Tour à tour cordonnier, mécanicien, inventeur, zoologiste, géologue, lettré, homme du monde, cordon bleu et trappeur, il avait su donner à la maison qu'il habitait le cachet de ses occupations multiples. Aux murs étaient accrochés des canardières, des pistolets, une carabine, un fusil de rempart avec des perches de
ligne. » (FAUCHER de SAINT-MAURICE.« Les îles : promenades dans le golfeSaint-Laurent », 9e éd., p.115, Montréal, Cadieux & Derome éd., 1886, 188p.)
- « [...] Dès novembre le pelage des animaux à fourrures est propre au commerce. Ils ont revêtu leur manteau d'hiver. C'est alors que le trappeur commence à tendre ses pièges. [...] À la fin de mars, ou au commencement d'avril, les trappeurs quittent la chasse et se rendent au poste commercial pour y vendre les produits de leur saison de
travail ; [...] Une bonne saison peut rapporter cinq cents dollars à un coureur desbois ; mais la moyenne s'élève, en général, à deux centsdollars. [...] » (« L'encyclopédie de lajeunesse », t. 6, pp. 2038 et 2040, Montréal, Société Grolier, édition de 1923, 12 tomes,4320 p.)
- « Le coureur de bois reçut sans doute des
" gages " raisonnables mais son existence nomade, la dureté de son métier ne le portait pas à thésauriser. Explorateurs, trappeurs, trafiquants de fourrures, canotiers, tous ces hommes, désignés parfois sous le vocable de" voyageurs ", furent des créateursd'empire ; à coups d'aviron, ils ont relié les morceaux épars de notre vaste pays. Pittoresque entre tous, ce type n'a pas toujours retenu l'attention qu'il méritait de la part des historiens. On a souvent décrié ses murs au détriment de la valeur humaine, exceptionnelle, de cet homme des bois, aujourd'huidisparu. » (LaflVieTrad, 280, 1973.)
- « Mon père, qu'il repose en
paix ! était un hommeadmirable ; il était guide et trappeur. Il m'avaitdit : " Je voudrais que tu me remplaces comme chef, mais comme chez nous, dans notre tribu, c'est par élection que les chefs sont choisis, tu devras poser un geste extraordinaire pour que l'on puisse te choisir comme grandchef ! Sois déjà un bon trappeur, un bon chasseur et un bon guide, mais cela ne suffira pas pour te distinguer desautres. " » (LAFORTUNE [Ambroise].« Le Pays d'où jeviens », p.48, Héritage éd., 1977, 122 p., ill., cartes, FTLFQ.)
- « Les trappeurs trouvent toutes sortes de trucs pour attirer les animaux à fourrure, ils préparent des appâts pendant l'été, des choses qui puent ça pas de bon sens, pis y réussissent avec ça à attirer le renard, le vison, la loutre, les
martres. » (Inf. masc., 69 ans, Carignan[ Mauricie ], 1979, CELM.)
- « Eux autres, ils sont trappeurs et chasseurs de père en fils, ils ont toujours vécu dans le bois, ils n'ont jamais eu d'autres boss qu'eux, ils n'ont jamais rien voulu savoir des boss, des usines, des villes. Sous toutes les températures, ils tendent leurs pièges, chassent l'orignal, le canard, pêchent la truite.
[...] » (Inf. masc., 77 ans, Saint-Roch-de-Mékinac, 1982, CELM.)
- « Je croise une carcasse de castor un peu avant d'arriver à la montagne ronde, le point de départ de la piste balisée qui mène à Baie-Johan-Beetz. Elle est probablement tombée d'un cométique
[ traîneau ] de trappeur[...]. » (DÉSY [Jean].« L'Aventure d'un médecin sur laCôte-Nord », , p.20, Éditions du Trécarré, 1986, 175 p., FTLFQ.)
- « Au printemps de 1921, un marchand écossais revient sur la rive nord de la Terre de Baffin, où il a l'habitude de se livrer à la traite des fourrures. Étonné de ne pas retrouver un trappeur de ses connaissances, un Canadien du nom de Robert Janes, il s'informe auprès des indigènes qui lui apprennent que celui-ci était disparu aux environs de Pound's Inlet, en mars
1920. » (La Presse, 23 oct. 1994, p. A9, c.1, FTLFQ.)
- « Sa peinture, que l'artiste a entretenue aux dimensions et aux couleurs de ses terres d'origine, a beaucoup de souffle, surtout dans les années 1950. Elle est âpre, à l'image de la nature canadienne et de l'homme
Riopelle : celui-ci tenait du trappeur et du sportif moderne, aimait la chasse à l'ours et les courses automobiles; [...] » (Geneviève BREERETTE,« Mort de Jean-PaulRiopelle », journal Le Monde, 15 mars 2002.)
( CELM ).
SYNTAGMATIQUE : raquettes de trappeur, franc trappeur« véritable trappeur » ( PPQ ).
HISTORIQUE : Trappeur, nom masc., est un emprunt avec adaptation en –eur( 1827 ) à l'anglais trapper( 1768 ) « One who sets traps orsnares » ( OED ) qui vient de trap« piège, trappe ». La forme trap est de la même origine que le français, ainsi le moyen français trapper( 1530 ) « prendre un animal, qqn, parruse », verbe lui-même dérivé de trappe( DHLF, FEW ).
En français québécois trappeur( début duXIXe s. ) est encore usuel, même si le métier est moins pratiqué de nos jours.
Catégorie : Anglicisme et adaptation phonétique en français.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte de l'exergue et des exemples I-2, 6 et 13.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.