

24 avril 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine :
GLANE, GLÊNE, GLAINE
GLANE, GLÊNE, GLAINE [] : Nom fém.
Définition :SYNONYMIE : glanage, sweep (swip).
- Action de nettoyer les rives d'une rivière après le transport du bois flotté (drave), (v. ce mot à la fenêtre Lexique québécois).
Exemples d'emploi :
- « Mais il [Menaud] ne dit rien, et se précipita, à la tête de ses gaffeurs, dans le côtoyage pour éperonner le bois qui roulait en frappant la pierraille. À sept heures, dans la Noire [rivière], il ne restait plus que la glane à faire au premier jour du beau
soleil. » (SAVARD [Félix-Antoine].« Menaud maître-draveur », p.40, Fides, 1964 [éd. originale 1937], 147p.)
- « [...] à la faveur de la grande quantité amassée par la chaussée ou l'écluse qui rendait le ruisseau flottable, les billots descendaient de lacs en
" creeks " [ruisseaux], des ruisseaux aux rivières secondaires jusqu'au Saint-Maurice [...].
Cette méthode n'a pas changé. Restait le" glanage " des billots ou la" sweep " qui se faisait [...] du mois de juin au mois de novembre. Nous avons travaillé pendant deux étés à cette" glaine " qui débutait aux rapides des Curs à Windigo et qui se terminait aux Trois-Rivières. Il s'agissait de sortir les billots qui étaient enlisés dans les anses ou sur la grève par suite de la baisse des eaux. Selon les vieux draveurs, il n'y avait pas de pire travail. Nous étions à l'eau jusqu'à la ceinture de six heures du matin à six heures du soir[...] » (LAFLEUR [Normand].« La drave enMauricie » LaflDrave, p.70, 1970.)
- « Glêne : n.f. Billots ramassés sur les grèves des rivières par suite de la baisse des
eaux. » (LAFLEUR [Normand].« La vie traditionnelle du coureur de bois aux XIXe et XXesiècles » LaflVieTrad, p.293, 1973.)
- « J'ai travaillé à faire la glane, monsieur. C'était un travail difficile, toujours dans l'eau. J'aimais pas beaucoup ça, mais il fallait bien que je travaille. Après ça, j'ai trouvé de meilleures
jobs. » (Inf. masc., 60 ans, La Tuque, 1977, CELM.)
- « Tirant avantage du niveau de l'eau encore élevé, une première équipe de glane ou
" chèvre ", afin de débarraser les berges et la rivière des billes laissées par la premièreglane. » (Isabelle LANGLOIS, Jean-François OUELLET et Maude TREMBLAY,« Chute de la petite rivièreTouladi », dans« Bienvenue aux Portes del'enfer », site Technologie en éducation, Université du Québec à Rimouski, 1998.)
SYNTAGMATIQUE : faire la glane, la glaine.
HISTORIQUE : Glane n.f., déverbal de glaner, a d'abord eu le sens (1223) de« poignée d'épisglanés » et désigne (XIIIe s.) l'action de glaner« recueillir çà etlà », par extension (1830)« ramasser, cueillir au hasard (du bois, des fleurs, etc.). De ces sens viennent les acceptions figurées de glane« petite quantité » et« ce que l'on recueille derrière lesautres » (DHLF, FEW). En Bourgogne laisser à la gline« à l'abandon,éparpillé », en Haute-Bretagne glenne« fagots de genêts, de bouleaux etc., pour lesboulangers » et glènet« petit morceau de bois fendu avec lequel on fixe le linge àsécher » (FEW, glennare).
Au Québec, le mot pour parler del'« action de nettoyer lesrives... » (1910) est usuel chez les draveurs et les travailleurs de la forêt. Dans la région du Saguenay, glane et glaine sont plus répandus, cependant qu'en Mauricie, plus sous la tutelle des compagnies anglophones, l'anglais sweep (swip) était plus fréquent.
Catégorie : Innovation sémantique.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte de l'exemple I-5.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.