

15 avril 2002
Mise à jour : 30 avril 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine :
SACOCHE
SACOCHE: Nom fém.
Définition :HISTORIQUE : De sacosse (1601), emprunté à l'italien de Toscane saccoccia
- Sac à main ( de femme ).
Exemples d'emploi :
SYNTAGME : sacoche en cuir.
- « Bien des femmes qui en ont le temps et le goût, s'occupent elles-mêmes de la confection de ces jolis objets [...] On sait qu'il se vend des fermoirs en métal auxquels il est absolument simple d'ajuster le fond de la sacoche, que l'on a travaillé à son
gré. » (L'album universel, vol. 22, no. 1102, p.159, 3 juin 1905, site Internet de la Bibliothèque nationale du Québec.)
- « Perdue sacoche noire,
perlée : monture Sterling ronde contenant quelques argents, paire de gants et clefs[...]. » (Petite annonce parue dans Le Nouvelliste, Trois-Rivières,5 août 1921, p.7, col.4, FTLFQ.)
- « Son chapelet dans sa poche
Quelques sous dans la sacoche,
Elle arrivait, par le coche,
Sans parure et dans [sic] bijou,
D'un petit bourg del'Anjou. »
(Nérée BEAUCHEMIN,« Ma lointaineaïeule » , dans journal Le Devoir,15 juillet 1930, p.5, col.5, FTLFQ.)
- « [...] elle met mon dix piastres dans sa
sacoche. »
(LÉGARÉ [Ovila].« Nazaire etBarnabé », sketches humoristiques [radio],5 oct. 1945, émission 83, p.9, FTLFQ.)
- « Elle tourmentait la bride de son sac et, pour cacher l'expression de ses traits, elle tenait la tête obstinément baissée [...] Tu vas déchirer ta sacoche,
plaisanta-t-il. » (ROY [Gabrielle].« Bonheur d'occasion », p.52, Montréal, Librairie Beauchemin, 1973, [éd. originale 1945], 293p., NéoClas.)
- « [...] et y ont dérobé la sacoche d'une institutrice qui contenait une trentaine de piastres et quelques papiers de
conséquence. » (Lac-Saint-Jean [hebdomadaire, Alma], 26 avril 1956, p.14, col.3, FTLFQ.)
- « Elle ouvre sa sacoche, pogne le chapelet à pleins grains, sans le sortir. Prière par la petite fente. Pour pas qu'on
voie. » (DESROCHERS [Clémence].« J'ai des petites nouvelles pour vousautres », p.15, Montréal, éd. L'Aurore, 1974, 83p., NéoClas.)
- « J'enfilais les cennes dans sa sacoche quand la mère Fontaine fit son entrée
[...]. » (BLAIS [Marie-Claire].« Un joualonais, sa joualonie », p.58, Montréal, Éditions du Jour, 1973, 300p., FTLFQ.)
- « Elle a oublié, elle a un cadeau dans sa sacoche, un pot de confitures d'Abeille, idéales pour tartiner sur nos
toasts. » (DUCHARME [Réjean].« Va savoir », p.139, Paris, Gallimard, 1994, 267p., FTLFQ.)
- « Promenez-vous dans un grand magasin avec des
caméras : je vais fouiller dans ma sacoche pour me prendre un kleenex, il faut que tu t'éloignes du comptoir pour ne pas avoir l'air de mettre de quoi dans ta sacoche. Il faut que tu prennes des précautions, tu es épié partout. Tu esépié. » (Propos de Madeleine PLAMONDON [Service d'aide au consommateur (SAC)],« Consultation générale sur le rapport quinquennal de la Commission d'accès à l'information sur la mise en uvre des lois sur l'accès àl'information », Journal des débats, Assemblée nationale du Québec,30 octobre 1997 .)
- « Pour Lamonde [Diane], il faut voir un état de diglossie dans ce qu'on appelle le français québécois. L'usage québécois se caractérise par un double vocabulaire sacoche/sac-à-main, piastre/dollar l'un appartenant à la langue populaire et l'autre à la langue standard. Les gens eux-mêmes font la
différence [...] » (Simon LANGLOIS,« L'avenir de la languefrançaise », dans« Le Français auQuébec », , p. 430-438, sous la dir. de Michel Plourde, Fides et Les Publications du Québec, Montréal, 2000.)
- « Aussitôt que le délégué du gouvernement sortit du bureau du maire Deschamps, il fut assailli à grands coups de sacoche par madame Pierre Tombale, femme de
l'embaumeur. » (Yves LANGEVIN,« Le trou », site Internet « Contes à trois temps », 2001.)
- Pop. et péj. Homosexuel ( souvent vieux ).
Exemples d'emploi :
- « La grande Paula-de-Joliette garda les yeux ouverts, cessa de tapoter le comptoir, posa sa main sur l'épaule de Maurice.
" On est toutes vieilles pis fatiguées, le samedi soir à deux heures du matin... pis on n'a pas envie de se faire baver par une vieille sacoche qui fait chier le monde par purplaisir! " » (TREMBLAY [Michel].« Des nouvellesd'Édouard », Chroniques du plateau Mont-Royal/4, p.17, Montmagny, Leméac, 1984, 312p.)
- « Les gars l'appellent Le Fif, Ma Tante ou La Sacoche qu'en [sic] ils parlent de
lui ! C'est triste, mais il fait rien pour empêcher ça. Avec ses clins d'il quand il rentre dans la classe [Cégep], le menton au plafond, pis le poing sur la hanche... On est pas loin du fif de" La P'titeVie ". » ( Journal de Martine, site de l'Association des lesbiennes et des gays sur Internet, 19 décembre 1998.)
- « [...] comme si après 45 ans tout arrêtait d'exister. Pas assez d'être traiter [sic] de sacoches qu'il faut même dans un groupe déjà discriminé que l'on fasse de la
discrimination. » (Michel,« Ça m'écure...lePRISM », forum de discussion, site de l'Association des lesbiennes et des gays sur Internet, 02 décembre 1999.)
- « " Ce n'est pas facile, à 37 ans, de tout à coup sentir qu'on est tombé du mauvais bord, qu'on est considéré comme un
mon-oncle ", me dit Benoît, rencontré dans un établissement du Village." J'ai connu un garçon la semaine dernière au restaurant. Nous avons pris un café. Il a 24 ans. Après quelques minutes de conversation, j'ai réalisé que j'étais une vieille sacoche pourlui... » (Propos de Benoît, cités par Claudine METCALFE.« Les bars de quartier, Pas que pournostalgiques », Magazine Fugues, Montréal, 2000.)
« poche, sacoche », de sacco« sac », lui-même à rattacher au latin saccus« id. ». Le mot a d'abord servi à désigner au XVIIe s. un double sac de cuir dont se servaient les courriers en voyage. Depuis le XXe s. sacoche« grosse bourse de cuir qui se porte au côté ou dans ledos »; il s'emploie aussi en Belgique pour« sac à main (defemme) » (DHLF, FEW).
Au Québec, sacoche« sac, accessoire de la toiletteféminine », depuis le début duXXe s., est encore usuel, malgré l'avance du français sac à main. Le sens II est constitué à partir d'un emploi fig. du sens I. Cette acception, même si récente (vers 1970), se répand notamment par le biais des sites informatisés.
Catégorie : Innovation sémantique.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 10, 11, 12 et II-1, 2, 3, 4.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.