

29 avril 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine :
TABAGIE
TABAGIE: Nom fém.
Définition :HISTORIQUE : Le mot est emprunté (1603) à l'algonquin tabaguia
- Courant. Magasin qui se spécialise dans la vente des produits du tabac et des accessoires pour fumeurs, ordinairement pourvu d'un comptoir de journaux et de
revues ; débit de tabac.
Exemples d'emploi :
- « Je suis allé très souvent et très longtemps, à Québec sur la rue Saint-Roch, à la tabagie qui était située en face d'une très belle pâtisserie. C'est certain que tous les dimanches au soir, je me retrouvais à la tabagie... Drouin avec mon
père. » (Inf. masc., 1963, 20 ans, CELM.)
- « On est entrés dans la tabagie Reynald Perreault. On a regardé les images des derniers Paris Match, Plexus, Historia, Vie des Arts, Allô Police [...]. La tabagie Reynald Perreault n'est pas une bibliothèque. Pour montrer au commis qu'on comprenait bien ça, on n'est pas sortis sans avoir acheté un TV-Hebdo et Le Réveil de
Montréal-Nord. » (Réjean DUCHARME,« L'Hiver deforce », pp.140-141, Gallimard, 1973, 274 p.)
- « La tabagie Sauvageau, les années 80
[ Titre ].
C'était pour moi, la caverne d'Ali Baba. Un endroit rempli de mystères et de trésors bigarrés, tous plus séduisants les uns que les autres. Aussi, l'antre du cigare et des magazines, un va-et-vient incessant qui avait, jadis, pignon sur rue en La Cinquième à Shawinigan. Du haut de mes huit ans, j'allais y combattre, courageusement, l'épais brouillard à odeur tenace decigare. » (Katherine FOURNIER,« L'Événement laCinquième », Recueil de nouvelles[ en préparation ], 2000.)
- « Après avoir laissé ma mère au Centre d'achats
Mon père était parti pour s'acheter du tabac
En sortant d'la tabagie
Y a entendu 2 coups d'fusils
Pis y s'est d'mandé c'qui passaitlà. »
( Plume LATRAVERSE,« Cris et écrits (dits etinédits) : Plume la traverse...l'époque », p.106, Verchères, Les Éditions Rebelles, 1983,306 p.)
- « Revenant par la rue Saint-Charles [...] il s'arrêta à la tabagie pour acheter un journal et remonta la rue Saint-Jacques en direction de chez
lui. » (Yves BEAUCHEMIN,« Juliette Pomerleau », p.236, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989,691 p.)
- « Oui, Anne était bien. Elle retrouvait son calme à la seule vue de la perspective intacte de l'allée, de la pile de journaux au bout, dans le coin tabagie et du comptoir à
cosmétiques. » (Marie LABERGE,« Quelques adieux », pp. 25-26, Montréal, Boréal, 1992,399 p.)
- « [ À Granby ]. En 1926, les frères Gordon et Leonard Williams s'associent dans le but d'exploiter une tabagie. La famille restera propriétaire du commerce jusqu'en
1972. » (Site Internet« L'histoire deGranby », [Informations tirées du livre« De la "Main" à la ruePrincipale » de Richard RACINE et Johanne ROCHON, éd. SHS (Société d'histoire de Shefford), Granby, 1996,104 p.] )
- « Faute de clients, les commerces de la rue Buade ont tous fermé leurs portes. Seule la tabagie Giguère monte encore la garde malgré la tempête qui ne veut pas s'apaiser. Marchant l'un derrière l'autre, nous longeons les pierres grises de la basilique jusqu'à la côte de la Montagne où, venant du nord-est, le blizzard se
déchaîne. » (Alain BEAULIEU,« Fou-Bar », p.173, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1997, 228p.)
- « Carignan, R.-O. Tabagie très fréquentée de la rue Saint-Charles, à partir de 1955. C'est là qu'après avoir assisté à la messe du dimanche, le Tout-Longueuil se retrouvait à la file indienne pour y acheter les journaux du
week-end. [...] » (Michel PRATT,« Dictionnaire historique de Longueuil, de Jacques-Cartier et deMontréal-Sud. », site de la Société historique du Marigot, Longueuil, 1999.)
- « Les espaces loués par le gouvernement du Québec dans l'Associated Press Building, au 50, Rockefeller Plaza, comprennent 350 pieds carrés (32,6 mètres carrés) au rez-de-chaussée de l'édifice (une ancienne tabagie) et 1110 pieds carrés (103,2 mètres carrés) au 8e étage, dans la suite 822. L'espace du rez-de-chaussée abrite le Bureau des renseignements touristiques dirigé par Watson A.
Fournier. » (« 60e anniversaire de l'Agence générale de la Province de Québec àNew-York », site des Archives nationales du Québec, 2000.)
- « Tous les dépanneurs qu'on dit
" chinois " ne sont pas chinois. À Montréal, plus de 200 sont coréens. Qui sont ces petits commerçants, souvent hautement scolarisés, qui vendent du pain, du lait et de la bière dans à peu près tous lesquartiers ? Comment s'intègrent-ils à une société. [...] Autrefois concentrés dans les quartiers Côte-Saint-Luc et Notre-Dame-de-Grâce, les dépanneurs coréens sont aujourd'hui éparpillés aux quatre coins de la ville. Yong Woo Nam, propriétaire de la tabagie Cornelius, a choisi le quartierCôte-des-Neiges. » (Rima ELKOURI,« Minorité visible...invisible », La Presse, 5 février 2001.)
- « À l'exception d'un voiturier et d'un type qui nettoyait les tapis, il n'y avait personne. Le calme avant la
tempête ? Ah oui j'oubliais la brave dame de la tabagie qui après m'avoir fait payer1.49 $ pour un paquet de gomme a poursuivi une conversation téléphonique enespagnol !! Bref, pas grand chose àdire ! » (« Les aventures de Xanax au Sommet desAmériques » (épisode #2), forum de discussion, site Internet www.pssst.qc.ca, mardi 17 avril 2001.)
« festin ».
Tabagie est d'abord passé en français à propos d'un festin algonquin, mais très tôt sous l'influence de tabac, lui-même emprunté à l'espagnol tabaco, déformation de tsibatl, mot de la langue des Indiens Arouaks d'Haïti, il a modifié son sens en« lieu où on vafumer » (1657). Tabagie a aussi connu les sens de« petite cassette où l'on mettait tout ce qui est nécessaire pourfumer » (1712), puis« action de fumercontinuellement » (1718) et« endroit plein de fumée et d'odeur detabac » (1845) (DHLF, FEW).
Au Québec, tabagie« commerce qui se spécialise dans la vente des produits dutabac » existe depuis 1926, mais le mot commence à s'imposer dans les villes autour des années cinquante. Dans les villages, où on a plus l'habitude de baptiser les commerces par le nom de famille du propriétaire seulement, le mot n'a pas connu une grande vitalité (CELM).
Catégorie : Amérindianisme et adaptation sémantique.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-9, 10.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.