
13 mai 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
SUISSE
SUISSE
: Nom masc.
Définitions :
-
Écureuil rayé (sur la longueur) qui vit en Russie et en Amérique du
Nord; tamia (Tamias striatus, Linné).
Exemples d'emploi :
- «
Les suisses sont des quadrupèdes qui n'excèdent pas cinq ou six pouces.
Ils grimpent dans les arbres avec une grande facilité, sont pleins de
vivacité et de gaieté pendant l'été, mais ne s'aventurent pas en dehors de
leur retraite pendant l'hiver. »
(TACHÉ [Alexandre Antonin]. « Esquisse sur le Nord-Ouest de l'Amérique », p.111, Montréal, sans nom, 1869, 150p., ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)
- «
KATSOKAS, crier. (Se dit de certains animaux qui crient la nuit, v.g.
le suisse, le lièvre, l'écrureuil.) »
(CUOQ [Jean André]. « Lexique de la
langue iroquoise : avec notes et appendices », p.15, Montréal, J. Chapleau,
1882, 248p., ICMH.)
- «
Témoignant hier à ces bonnes gens ma surprise de ce qu'ils ne semaient pas de grains, ils me répondirent, qu'en ayant semé un petit champ, il y a quelques années, les suisses, les écureuils et les mulots avaient, de concert avec les oiseaux, tout coupé et détruit les grains en épis, de sorte qu'il n'en restait pas un épi debout au temps de la récolte. »
(DIONNE [Narcisse-Eutrope]. « Vie de C.-F. Painchaud, prêtre, curé, fondateur de Collège de Sainte-Anne de la Pocatière », p.366, Léger Brousseau Imprimeur, Québec, 440p., 1894.)
- «
Elle avait aussi adopté les tamias, les " suisses " au dos si joliment
rayé qui hantent les clôtures de pierraille. [...] elle attendait que [...] ses
charmants amis vinssent presque dans sa main chercher des cacahuètes qu'ils
mangeaient ensuite goulûment, sous le parasol dressé de leur large queue. »
(RINGUET. « Le Poids du jour », p.285, Montréal, éd. Variétés, 1949, 410p.,
NéoClas.)
- «
DES ANIMAUX SAUVAGES... L'ORIGNAL. LE CHAT SAUVAGE. LE CHEVREUIL. LE
SUISSE. LE RAT MUSQUÉ. [Photo] »
(LAVIOLETTE [Guy]. « Mon second album
d'histoire du Canada : les Français s'établissent au pays des Indiens », p.4,
La Prairie, Procure des Frères de l'instruction chrétienne, 1952, 64p.,
FTLFQ.)
- «
Plus rien; des feuilles mortes, quelques suisses enterrant partout des
noix inutiles, un gardien ennuyé. »
(GODBOUT [Jacques]. « Le Couteau sur la
table », p.61, Paris, éd. du Seuil, 1965, 158p., NéoClas.)
- «
Franck-Anacharsis ne tient pas à la distinction. Il se voudrait
tout-ainsi avec tout le monde comme un commis-voyageur, grenouille parmi les
grenouilles, suisse avec les écureuils. »
(FERRON [Jacques]. « Le Ciel de
Québec », p.69, Montréal, éd. du Jour, 1969, 404p.)
- «
Elles traversèrent la zone des ronces et des vergnes, contournèrent les
chênes géants, plongèrent dans les fougères en se tapant dans les mains pour
faire danser les lièvres, les perdrix et les petits suisses. On appelait
suisses ces écureuils minuscules, rachitiques et rayés sur le long... qui
pouvaient bien à l'origine des temps être sortis de Suisse, pensa Radi. »
(MAILLET [Antonine]. « Le chemin Saint-Jacques », p.91, Montréal, Leméac, 1996,
371p., FTLFQ.)
SYNTAGMES : avoir les joues comme un suisse « prendre une grosse bouchée »,
être plein comme un suisse « id. » (PPQ).
-
Anciennement uniforme des collégiens et des séminaristes dont les
rayures rappelaient celles du tamia; par ext. élève qui portait cet uniforme.
Exemples d'emploi :
- «
Je me rappelle que l'habit d'écolier était une grande redingote noire
ou bleue marine, croisée à l'avant, sur laquelle étaient cousues des
nervures de corde blanche qui dessinaient les bras et le dos jusqu'à la
taille. À cet endroit, on s'entourait d'une large ceinture bleue en tissu
que l'on nouait sur le côté. On nous appelait " les suisses " en pensant aux
tamias rayés. »
(POTHIER, [Philippe]. « Mémoires du juge Philippe Pothier »,
Société d'histoire régionale de Saint-Hyacinthe, Site Web de l'hebdomadaire " Le Courrier de
Saint-Hyacinthe ", sept. 2001.)
- «
On était vêtu du « SUISSE » officiel; garçons seulement. Petit
Séminaire de Québec. Armand Bélanger. Études Classiques secondaires.
Bachelier es Art. C'est en septembre 1931 que commencent ces études qui se
termineront en 1941. »
(BÉLANGER, [Armand]. « Armand, l'Universitaire », sire Internet Généalogie de
Armand Bélanger et Elmina Cantin, 2002.)
- «
1885. Port du suisse « capot d'écolier » obligatoire. Il disparaîtra à
tout jamais en 1955. »
(« Quelques moments dans l'histoire », section L'amicale des anciens du site Internet du Collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, La Pocatière, 2002.)
- «
J'ai déjà lu un article où on
parlait des étudiants du séminaire de Trois-Rivières, qu'on appelait autrefois les
suisses à cause de leur uniforme rayé. J'en ai déjà parlé avec
une amie, trifluvienne de souche, qui m'a dit la même chose à propos de la dénomination des élèves du
séminaire. »
(Inf. masc, 47 ans, Trois-Rivières, 2002, CELM.)
HISTORIQUE :
Adj. et nom est une adaptation (v.1461) de l'allemand
Schweitz, lequel vient du moyen haut allemand Swis, nom d'un des cantons
suisses montagnards (aujourd'hui Schwyz) (DHLF, FEW). Par allusion aux
rayures de l'uniforme que portaient les Suisses qui ont servi dans des
régiments de mercenaires en France, de même que celui des soldats suisses de
la garde pontificale (DictPlus), suisse a été utilisé pour désigner des
uniformes, certains animaux (la salamandre), des fruits etc.
Pour la même raison, suisse (1632) sert à nommer au Québec un animal
voisin de l'écureuil, rayé sur la longueur, qui vit en Amérique du Nord et
en Russie (DHLF). Suisse « uniforme des séminaristes et des collégiens »
(1880) est aussi formé par analogie. Cette dernière acception disparaîtra
toutefois de l'usage vers 1960.
Catégories :
- Innovation sémantique;
- Id. (analogie).
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-3 et II-1, 2, 3.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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