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27 mai 2002
Mise à jour : 6 août 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
       TOULADI
touladi

Beau travail d'équipe pour prendre cette touladi de 60 cm : Anthony (à droite) l'a ferrée et a pu la tirer jusqu'à la rive grâce à un solide coup de main de son copain Yanick.
(Photo : Lise Leduc)




TOULADI, TOURADI [ tuladi ; turadi ] : Nom fém, à l'occasion masc.

Définition :
  1. Omble gris, particulier à l'Amérique du Nord ; Cristivomer namaycush ( Walbaum ).

    Exemples d'emploi :

    1. « Dans nos rivières, nous avons le saumon, la truite, le touradi, le doré, le bar, le brochet, le maskinongé, qui atteint jusqu'à cinq pieds de longueur, l'anguille, la perche, le poisson blanc, le wananiche, espèce de saumon d'eau douce, qui se trouve dans le haut du Saguenay et du lac Saint-Jean, et beaucoup d'autres poissons d'une moindre importance. » (MERCIER [Honoré] [premier ministre du Québec de 1887 à 1891]. « Esquisse générale de la province de Québec », p.26, Québec, sans nom, 1889, 64p., ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)

    2. « C'est la ferme solitaire de monsieur Lévite Therriault, à l'embouchure de la rivière " Touladi ", le plus considérable de tous les cours d'eau qui se jettent dans le lac Témiscouata. Cette rivière est étonnamment poissonneuse ; on y prend en quantité du hareng d'eau douce, du touladi, espèce de truite grise qui pèse de cinq à six livres, et du " pointu ", autre variété de truite inconnue généralement ailleurs. » (BUIES [Arthur]. « Les comtés de Rimouski, de Matane et de Témiscouata : exploration spéciale », pp.91-92, Québec, sans nom, 1890, 112p., ICMH.)

    3. « Touladi, touradi, s.m., Mot montagnais désignant une grosse truite grise particulière aux lacs du nord du Québec. » (CLAPIN [Sylva]. « Dictionnaire canadien-français ou Lexique-glossaire des mots, expressions et locutions ne se trouvant pas dans les dictionnaires courants et dont l'usage appartient surtout aux Canadiens-français », p.318, Montréal, C. Beauchemin, 1894, 444 p.)

    4. « À l'a [ elle a ] un nom, c'est la truite grise, mais son nom scientifique c'est la touladi, pis ça c'est toujours en profondeur qu'à se tient. » (Inf. masc., 76 ans, Saint-Élie-de-Caxton, 1982, CELM.)

    5. « [...] y a aussi de la grise, qu'on appelle la touladi icitte au Lac-des-Piles, c'est une truite grise qui vient assez grosse, une bonne truite, mais c'est en train de disparaître de nos lacs [...]. » (Inf. fém., 63 ans, Shawinigan, 1983, CELM.)

    6. « Ça avait été ensemencé avec de la mouchetée, de la touladi. Ça c'est le nom qu'on donne à de la truite grise, pis de l'arc-en-ciel. C'est pour ça qu'y en avait en masse [ en grande quantité ]. » (Inf. masc., 30 ans, Mont-Carmel, 1984, CELM.)

    7. « C'est sûr que la truite grise est bonne ! C'est une truite qui est moins rouge [...], c'est une touladi comme on disait tantôt, vous voyez [...]. » (Inf. masc., 27 ans, Grand-mère, 1986, CELM.)

    8. « Identifié sous la forme Lake Touladie dans Figurative Plan of Connecticut River [Témiscouata]... par Joseph Bouchette, en 1836, ce n'est qu'en 1914 que le toponyme sera consigné en français [...] Le touladi est un poisson lacustre de la famille des Salmonidés, qui se différencie des autres espèces de cette famille [...] par sa nageoire caudale fourchue et ses taches crème sur fond grisâtre. » (Commission de toponymie du Québec. « Noms et lieux du Québec : dictionnaire illustré », p.779, Sainte-Foy [Québec], Les Publications du Québec, 1996, 925p.)

    9. « Chaque printemps, c'était la ruée vers le lac aux Sables pour la sardine qui s'y prenait à pleine pochetée. Les gens la pêchaient à la seine et même au coffre, jusqu'au jour où, vers la fin des années 50, une quinzaine d'agents de la faune sont débarqués pour fixer un quota de 10 livres par personne. Il s'ensuivit quelque violence et les garde-pêche conclurent : " C'est ben correct, l'an prochain vous n'en aurez plus de sardines dans le lac aux Sables. " Et comme de fait, au printemps suivant la manne avait disparu. Selon la rumeur, la sardine aurait été gobée par la truite grise (touladi) alors introduite en cachette par le Ministère... » (Julien RIVARD, dans « Lac-aux-Sables, témoin de notre passé, 1897-1997 » (collectif), p.145, Shawinigan-Sud, 1997. 490p.)

    10. « Surprise ! Ce n'est pas un camp mais bien une cabane. [...] Elle est divisée en deux. Sur la première moitié, il y a une porte où il est inscrit "Touladi" et sur l'autre, "Mouchetée". Que cela amuse les garçons : deux camps dans un. » (Nicole GIRARD. « La Petite Cabane », Alma, site Internet « Le plaisir d'écrire », 1998.)

    11. « Ensemble on découvrit un moyen rapide et efficace de prélever les deux otolithes des Touladis, ces petites perles de calcaire cachées dans l'oreille interne, qui permettent par analyse de déterminer l'âge précis du poisson... » (ARBOUR [Claude]. « Pour le renouveau », périodique semestriel Lettre du lac Villiers, Fondation Naturaliste du Lac Villiers, 1998.)

    12. « Selon un pêcheur qui connaît le lac Memphrémagog comme le fond de sa poche, une centaine de touladis, jamais les mêmes d'un soir à l'autre, viennent chaque jour, pendant un peu plus d'un mois, frayer au pied du quai MacPherson. » (DALLAIRE [Gilles]. « Il faut voir la danse des touladis au pied du quai MacPherson », Magog, journal La Tribune, 21 novembre 2001.)

SYNONYMIE : truite grise, truite de lac, truite saumonée, saumon d'eau douce, truite brune.

HISTORIQUE : Le mot est emprunté aux langues amérindiennes, notamment de l'algonquin et du micmac touladi « omble chevalier ».

En français québécois, touladi est signalé depuis la première moitié du XIXe s. (FTLFQ). La touladi est très largement distribuée dans les lacs profonds des deux côtés du Saint-Laurent jusqu'au Cercle arctique. Elle est aussi abondante dans les Grands Lacs où elle donne lieu à une pêche commerciale importante. Le mot est toutefois nettement en régression.

Touladi vit aussi en Acadie (PoirAcad) ainsi qu'au Canada anglais (DictCan).

Catégorie :
  1. Amérindianisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 8, 9, 10, 11 et 12.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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