

21 mai 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
TRIP
TRIP [ trip ] : Nom masc. Fam.
Définitions :HISTORIQUE : Emprunté à l'argot américain trip
- État qui résulte de l'absorption de substances hallucinogènes (notamment de L.S.D.).
Exemples d'emploi :
SYNTAGMATIQUE : Etre sur un trip de...; bad trip, trip de + nom d'une drogue.
- « [...] hier elle flippait à cause qu'elle était
high ; ce soir elle est down à cause qu'elle faisait un bad trip[...] » (DUCHARME [Réjean].« L'Hiver deforce », p.26, Paris, Gallimard, 1973.)
- « Traversé tout l'Canada Alberta Manitoba
Pis rendu à Vancouver
On s'est r'trouvé su'l Welfare
C'est là qu'on a embarqué
Sur un trip de L.S.D.
Au d'ssus des États-Unis
DirectionCalifornie. »
(LATRAVERSE [Plume].« Cris et écrits (dits etinédits) : Plume la traverse...l'époque », p32, 1983, Verchères, Les Éditions Rebelles, 306p., FTLFQ.)
- « Cashman croit que la cocaïne a été le déclencheur.
" Il a dû faire un très mauvais trip, dit-il. Quand il prenait de la coke, il devenait parano. Quand il a vu tous les flics, il a dûflipper ". » (Magazine L'Actualité, 15 nov., 1992, vol. 17, no 18, p. 46, FTLFQ.)
- « QU'APPELLE-T-ON BAD TRIP ET
BLACK-OUT ? L'usage de drogues peut entraîner certains effets négatifs, tels qu'un bad trip ou un black out. Bad trip. Le bad trip se manifeste généralement par des propos incohérents et par l'amplification de l'état (tristesse, anxiété, dépression, etc.) dans lequel la personne se trouvait avant de consommer de ladrogue. » (Site Internet Tel-jeunes, 2000.)
- « Comme disait
Confucius : La manière la plus économique de faire un trip d'acide, c'est de boire de l'eaud'érable. » (« Confucius et beaucoupd'autres », Site Quelques pas sur Internet, 2000.)
- « Or, qu'est-ce qui nous est entré dans la tête, à notre
insu ? Oh rien degrave : des discours pro-drogue, surtout.Pardon ? Eh oui, des discours pro-drogues. Dans Astérix et Cléopâtre, ne venez pas me dire que la partie" Quand l'appétit va toutva " n'est pas la simple représentation d'un tripd'acide ! Et que dire, dans" La Ballade desDalton ", du champignon magique de l'indien dans ledésert ? ! Un trip d'acide, ouimadame ! De la grosse méchantedrogue ! » (« La ballade et sesconséquences », Site Le monde du vieux bandit, 2001.)
DÉRIVÉS : triper, tripant, tripeux, tripatif.
- Fig., fam. Aventure intérieure, expérience, envie.
Exemples d'emploi :
- « Ego trip
Toi tu fais ton ego trip
Ego trip
Moi je fais mon ego trip
On aime que soi-même
Comment veux-tu qu'ons'aime ? »
(PLAMONDON [Luc].« Ego trip », chanson de l'opéra rock Starmania, 1978.)
- « Quant à l'autre chanson du 45 tours,
" Buzz ", c'est la dernière que Marcel Lefebvre écrira pour Diane Dufresne, et la seule qui ne sera pas de Plamondon sur l'album. Là, c'est l'apothéose une fois pour toutes du trip de lacontre-culture : Tu m'fais freaker, j'ai un beau buzz- Me v'là ben gelée, tout'ça because... dupotte ! Chur : C'est cool...Etc... » (RACINE [Gaëtan].« Diane Dufresne », p.73, Montréal, Les Éditions Québécor, 1984, 219 p. [Coll. Célébrités], FTLFQ.)
- « J'ignore ce qui arrivera à ma fille Véronique, mais je la sais assez saine pour réagir le temps venu. Elle vit un trip mystique, comme elle a vécu un trip disco et comme elle en vivra sans doute encore bien d'autres; je n'y peux rien sinon attendre; quand elle aura besoin de moi, je serai
là ! » (CLAUDAIS [Marcelyne].« J'espère au moins qu'y va fairebeau ! », p.275, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1985, 522p., FTLFQ.)
- « J'éprouvais une résistance à publier Les épousailles. Quand je suis arrivé au bout de ce livre, j'ai failli craquer, j'ai craqué. Il m'était arrivé de craquer à 23 ans : j'étais rendu au bout d'un trip, d'un cycle et j'ai eu une période extrêmement dure, extrêmement difficile, sur le plan personnel,
intérieur. » (Propos de Yves Préfontaine, dans« Entre vacarme etmurmure » entrevue réalisée par Susy TURCOTTE, Nuit blanche, no 44, juin-juillet-août 1991 et Spécial 15e anniversaire,no 69, hiver 1997.)
- « Ils firent chacun leur trip de leur côté, lui à se brûler les cheveux un par un et elle à se bercer sur son
coffre. » (LABERGE [Marie].« Quelques adieux », p.177, Montréal, Boréal, 1992, 399 p., FTLFQ.)
- « Il est 15h, place d'Youville. Trois jeunes frais-chiés font un trip de pouvoir dans l'escalier qui mène au palais Montcalm. Ils exhibent fièrement des tatouages d'initiés et une musculature soufflée aux stéroïdes. Ils massacreraient sur-le-champ quiconque leur dirait qu'ils sont laids, que leur nudité est obscène sur une place publique, un après-midi de
printemps. » (LEMIEUX [Louis-Guy].« Un amour deville : une chronique deQuébec », p.66, Montréal, Les Éditions de l'Homme, 1994, 359 p., [extrait d'un article paru dans le journal Le Soleil, le 22 mai 1992], FTLFQ.)
- « Pour ma part, j'avais complètement décroché de ce trip [= séances d'ésotérisme], mais lui avait toujours la certitude absolue que j'étais un grand médium et qu'à côté de moi, Shirley Maclaine n'avait qu'à aller se
rhabiller. » (MONTMORENCY [André].« De la ruelle auboulevard », p.244, Montréal, Leméac, 1992, 275 p., FTLFQ.)
- « Nous avons bien aimé la cuisine servie sur une feuille de bananier au restaurant Banana Leaf Apolo, mais notre plus beau trip gastronomique,
" la " découverte cette semaine, fut la cuisine chinoise aux herbes médicinales du restaurant Impérial [...]. Je craignais de devoir avaler poliment du tofu" médicamenté " et du bouillon aux racines de ginseng. Nous avons eu droit à un véritable festin gastronomique composé d'une quinzaine de plats tous plus savoureux les uns que lesautres ! » (GRIMALDI [Francine]. Journal La Presse, 22 mars 1992, p.C8, FTLFQ.)
- « Son producteur Jacques Nadeau est le prototype parfait du baby-boomer introspectif, convaincu que le vécu personnel de chacun est d'intérêt public. Il refuse toutefois de conclure que la popularité de la pop-psycho est le trip de sa génération.
" On s'adresse autant aux jeunes qu'aux parents. C'est important d'aborder ces problèmes-là. Les gens de ma génération n'ont pas appris à en parler, et aujourd'hui, ils sont touspoignés. " » (Voir [hebdomadaire], Montréal, sem. du 24 févr. au 2 mars 1994, p.9, FTLFQ.)
- « Son trip avec des membres A.A. En arrêtant de boire, Tex a décidé de changer ses priorités. Il trippe maintenant avec des membres A.A., à qui il répète son témoignage.
" En les aidant, jem'aide... " » (Le Journal de Québec, 4 mars 1995, p.5S, col. 6, FTLFQ)
- « EXTRAVAGANZA ne manque pas de rappeler le fameux CITÉ CINÉ, vu à Montréal au Palais de la civilisation il y a cinq
ans : beaucoup d'extraits de films, dans des contextes-décors différents. [...]. D'une façon, EXTRAVAGANZA est plus théâtral, plus désarçonnant que le trip CITÉ CINÉ ou Disneyworld (car oui, oui, le plancherbouge ! ), et pourtant pas assez théâtral quand on se souvient avoir été plus complètement fasciné et dépaysé par des productions de Gravel au Nouveau théâtreexpérimental. » (Échos Vedettes, 16 au 22 sept. 1995, p.52, FTLFQ.)
- « J'abdique, la tire vers moi et caresse sous son gilet la peau duveteuse de son dos. Elle frémit, se colle davantage.
J'ai jamais fait ça, vendeuse. J'envisage ça comme une nouvelle expérience, un trip.
Ce serait surprenant que tu y prennes ton pied.
Avec un peu de détachement, ça pourrait devenir assezrigolo. »
(BEAULIEU [Alain].« Fou-Bar », p.182, Montréal, 1997, Éditions Québec/Amérique, 228p., FTLFQ.)
« état particulier de rêve résultant de l'absorptiond'hallucinogènes » (1960, Dictionary of American Slang, Deak), acception particulière en usage chez les toxicomanes, de trip« a short voyage orjourney » (XVIIe s.), dérivé du verbeto trip (XIVe s.)« to execute a light lively movement of thefeet » (OED), lequel est emprunté à l'ancien français trip(p)er, treper« frapper du pied,sauter », lui-même d'origine germanique (DHLF).
Trip (1960), avec son sens américain de« voyage mental sous l'influence dedrogues », est passé rapidement au français québécois familier et a développé, par extension, le sens de« aventure intérieure, souhait profond,envie » (v. 1965).
Catégories :
- Anglicisme lexical.
- Innovation sémantique.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 5 et II-1, 4.
Pour faire connaître cet article à un ami, cliquez ici.L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.