a
trip

Photo : Guy Rivard (1978)



21 mai 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
       TRIP





TRIP [ trip ] : Nom masc. Fam.

Définitions :
  1. État qui résulte de l'absorption de substances hallucinogènes (notamment de L.S.D.).

    Exemples d'emploi :

    1. « [...] hier elle flippait à cause qu'elle était high ; ce soir elle est down à cause qu'elle faisait un bad trip [...] » (DUCHARME [Réjean]. « L'Hiver de force », p.26, Paris, Gallimard, 1973.)

    2. « Traversé tout l'Canada Alberta Manitoba
         Pis rendu à Vancouver
         On s'est r'trouvé su'l Welfare
         C'est là qu'on a embarqué
         Sur un trip de L.S.D.
         Au d'ssus des États-Unis
         Direction Californie. »
      (LATRAVERSE [Plume]. « Cris et écrits (dits et inédits) : Plume la traverse... l'époque », p32, 1983, Verchères, Les Éditions Rebelles, 306p., FTLFQ.)

    3. « Cashman croit que la cocaïne a été le déclencheur. " Il a dû faire un très mauvais trip, dit-il. Quand il prenait de la coke, il devenait parano. Quand il a vu tous les flics, il a dû flipper ". » (Magazine L'Actualité, 15 nov., 1992, vol. 17, no 18, p. 46, FTLFQ.)

    4. « QU'APPELLE-T-ON BAD TRIP ET BLACK-OUT ? L'usage de drogues peut entraîner certains effets négatifs, tels qu'un bad trip ou un black out. Bad trip. Le bad trip se manifeste généralement par des propos incohérents et par l'amplification de l'état (tristesse, anxiété, dépression, etc.) dans lequel la personne se trouvait avant de consommer de la drogue. » (Site Internet Tel-jeunes, 2000.)

    5. « Comme disait Confucius : La manière la plus économique de faire un trip d'acide, c'est de boire de l'eau d'érable. » (« Confucius et beaucoup d'autres », Site Quelques pas sur Internet, 2000.)

    6. « Or, qu'est-ce qui nous est entré dans la tête, à notre insu ? Oh rien de grave : des discours pro-drogue, surtout. Pardon ? Eh oui, des discours pro-drogues. Dans Astérix et Cléopâtre, ne venez pas me dire que la partie " Quand l'appétit va tout va " n'est pas la simple représentation d'un trip d'acide ! Et que dire, dans " La Ballade des Dalton ", du champignon magique de l'indien dans le désert ? ! Un trip d'acide, oui madame ! De la grosse méchante drogue ! » La ballade et ses conséquences », Site Le monde du vieux bandit, 2001.)

    SYNTAGMATIQUE : Etre sur un trip de...; bad trip, trip de + nom d'une drogue.

    DÉRIVÉS : triper, tripant, tripeux, tripatif.

  2. Fig., fam. Aventure intérieure, expérience, envie.

    Exemples d'emploi :

    1. « Ego trip
         Toi tu fais ton ego trip
         Ego trip
         Moi je fais mon ego trip
         On aime que soi-même
         Comment veux-tu qu'on s'aime ? »
      (PLAMONDON [Luc]. « Ego trip », chanson de l'opéra rock Starmania, 1978.)

    2. « Quant à l'autre chanson du 45 tours, " Buzz ", c'est la dernière que Marcel Lefebvre écrira pour Diane Dufresne, et la seule qui ne sera pas de Plamondon sur l'album. Là, c'est l'apothéose une fois pour toutes du trip de la contre-culture : Tu m'fais freaker, j'ai un beau buzz - Me v'là ben gelée, tout'ça because... du potte ! Chœur : C'est cool... Etc... » (RACINE [Gaëtan]. « Diane Dufresne », p.73, Montréal, Les Éditions Québécor, 1984, 219 p. [Coll. Célébrités], FTLFQ.)

    3. « J'ignore ce qui arrivera à ma fille Véronique, mais je la sais assez saine pour réagir le temps venu. Elle vit un trip mystique, comme elle a vécu un trip disco et comme elle en vivra sans doute encore bien d'autres; je n'y peux rien sinon attendre; quand elle aura besoin de moi, je serai là ! » (CLAUDAIS [Marcelyne]. « J'espère au moins qu'y va faire beau ! », p.275, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1985, 522p., FTLFQ.)

    4. « J'éprouvais une résistance à publier Les épousailles. Quand je suis arrivé au bout de ce livre, j'ai failli craquer, j'ai craqué. Il m'était arrivé de craquer à 23 ans : j'étais rendu au bout d'un trip, d'un cycle et j'ai eu une période extrêmement dure, extrêmement difficile, sur le plan personnel, intérieur. » (Propos de Yves Préfontaine, dans « Entre vacarme et murmure » entrevue réalisée par Susy TURCOTTE, Nuit blanche, no 44, juin-juillet-août 1991 et Spécial 15e anniversaire, no 69, hiver 1997.)

    5. « Ils firent chacun leur trip de leur côté, lui à se brûler les cheveux un par un et elle à se bercer sur son coffre. » (LABERGE [Marie]. « Quelques adieux », p.177, Montréal, Boréal, 1992, 399 p., FTLFQ.)

    6. « Il est 15h, place d'Youville. Trois jeunes frais-chiés font un trip de pouvoir dans l'escalier qui mène au palais Montcalm. Ils exhibent fièrement des tatouages d'initiés et une musculature soufflée aux stéroïdes. Ils massacreraient sur-le-champ quiconque leur dirait qu'ils sont laids, que leur nudité est obscène sur une place publique, un après-midi de printemps. » (LEMIEUX [Louis-Guy]. « Un amour de ville : une chronique de Québec », p.66, Montréal, Les Éditions de l'Homme, 1994, 359 p., [extrait d'un article paru dans le journal Le Soleil, le 22 mai 1992], FTLFQ.)

    7. « Pour ma part, j'avais complètement décroché de ce trip [= séances d'ésotérisme], mais lui avait toujours la certitude absolue que j'étais un grand médium et qu'à côté de moi, Shirley Maclaine n'avait qu'à aller se rhabiller. » (MONTMORENCY [André]. « De la ruelle au boulevard », p.244, Montréal, Leméac, 1992, 275 p., FTLFQ.)

    8. « Nous avons bien aimé la cuisine servie sur une feuille de bananier au restaurant Banana Leaf Apolo, mais notre plus beau trip gastronomique, " la " découverte cette semaine, fut la cuisine chinoise aux herbes médicinales du restaurant Impérial [...]. Je craignais de devoir avaler poliment du tofu " médicamenté " et du bouillon aux racines de ginseng. Nous avons eu droit à un véritable festin gastronomique composé d'une quinzaine de plats tous plus savoureux les uns que les autres ! » (GRIMALDI [Francine]. Journal La Presse, 22 mars 1992, p.C8, FTLFQ.)

    9. « Son producteur Jacques Nadeau est le prototype parfait du baby-boomer introspectif, convaincu que le vécu personnel de chacun est d'intérêt public. Il refuse toutefois de conclure que la popularité de la pop-psycho est le trip de sa génération. " On s'adresse autant aux jeunes qu'aux parents. C'est important d'aborder ces problèmes-là. Les gens de ma génération n'ont pas appris à en parler, et aujourd'hui, ils sont tous poignés. " » (Voir [hebdomadaire], Montréal, sem. du 24 févr. au 2 mars 1994, p.9, FTLFQ.)

    10. « Son trip avec des membres A.A. ­ En arrêtant de boire, Tex a décidé de changer ses priorités. Il trippe maintenant avec des membres A.A., à qui il répète son témoignage. " En les aidant, je m'aide... " » (Le Journal de Québec, 4 mars 1995, p.5S, col. 6, FTLFQ)

    11. « EXTRAVAGANZA ne manque pas de rappeler le fameux CITÉ CINÉ, vu à Montréal au Palais de la civilisation il y a cinq ans : beaucoup d'extraits de films, dans des contextes-décors différents. [...]. D'une façon, EXTRAVAGANZA est plus théâtral, plus désarçonnant que le trip CITÉ CINÉ ou Disneyworld (car oui, oui, le plancher bouge ! ), et pourtant pas assez théâtral quand on se souvient avoir été plus complètement fasciné et dépaysé par des productions de Gravel au Nouveau théâtre expérimental. » (Échos Vedettes, 16 au 22 sept. 1995, p.52, FTLFQ.)

    12. « J'abdique, la tire vers moi et caresse sous son gilet la peau duveteuse de son dos. Elle frémit, se colle davantage.
         ­ J'ai jamais fait ça, vendeuse. J'envisage ça comme une nouvelle expérience, un trip.
         ­ Ce serait surprenant que tu y prennes ton pied.
         ­ Avec un peu de détachement, ça pourrait devenir assez rigolo. »
      (BEAULIEU [Alain]. « Fou-Bar », p.182, Montréal, 1997, Éditions Québec/Amérique, 228p., FTLFQ.)

HISTORIQUE : Emprunté à l'argot américain trip « état particulier de rêve résultant de l'absorption d'hallucinogènes » (1960, Dictionary of American Slang, Deak), acception particulière en usage chez les toxicomanes, de trip « a short voyage or journey » (XVIIe s.), dérivé du verbe to trip (XIVe s.) « to execute a light lively movement of the feet » (OED), lequel est emprunté à l'ancien français trip(p)er, treper « frapper du pied, sauter », lui-même d'origine germanique (DHLF).

Trip (1960), avec son sens américain de « voyage mental sous l'influence de drogues », est passé rapidement au français québécois familier et a développé, par extension, le sens de « aventure intérieure, souhait profond, envie » (v. 1965).

Catégories :
  1. Anglicisme lexical.
  2. Innovation sémantique.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 5 et II-1, 4.



Pour faire connaître cet article à un ami, cliquez ici.

L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

© Serge Fournier & RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2000-2002) Tous droits réservés.