a
boucane




17 juin 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
       BOUCANE








BOUCANE [ bukan ] : Nom fém.

Définition :
  1. Fam. Fumée.

    Exemples d'emploi :

    1. « [...] ils [les maringouins] font un petit vol, et reviennent sur-le-champ à l'attaque; [...] on fait de la boucane, c'est-à-dire un grand feu, que l'on étouffe ensuite avec des feuilles vertes; il faut se mettre au fort de la fumée, si l'on veut éviter la persécution; [...] au soleil couchant on se remet à terre; [...] pour faire son baire [boire], la chaudière et la boucane : [...] » (Sans nom.. « Lettres curieuses sur L'Amérique septentrionale : Canada », p.154, Paris, 1845, 290p., ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)

    2. « Un loup hurlant vint près de ma cabane
         Voir si mon feu n'avait plus de boucane;
         Je lui ai dit : Retire-toi d'ici;
         Car, par ma foi, je perc'ra [sic] ton habit ! »
      (CADIEUX (coureur de bois). « Petit rocher de la haute montagne », complainte recueillie par Ernest Gagnon dans « Chansons populaires du Canada », p.206, Québec, Bureaux du " Foyer canadien ", 1865, 375p., ICMH.)

    3. « Il fait froid, il pleut toujours, les maringouins sont enragés, les brulots [sic] brûlent, l'herbe est trempée de rosée, la terre est humide et les pieds aussi; il faut faire de la boucane pour chasser ces chiens de maringouins, nous étouffons dans la fumée, en vérité ce n'est pas encourageant d'aller se mettre au lit dans cet état. » (Jean-Baptiste PROULX. « Visite pastorale de Mgr. J. Thomas Duhamel dans le haut de l'Ottawa », p.49, Montréal, Cadieux & Derome, 1885, 140p., ICMH.)

    4. « Hé ! combien de fois je me suis vu réduit à n'avoir pour tout logement qu'une pauvre et chétive cabane sauvage; vivre de ce que la Providence m'envoyait, et où j'étais, le jour comme la nuit, aveuglé par la boucane, dévoré par les mouches, piqué par les poux; [...] » (Henri-Raymond CASGRAIN. « Un Pèlerinage au pays d'Evangéline », p.314, Québec, L. Demers, 1887, 504p., ICMH.)

    5. « [...] un contracteur yankee qui nous engagea à $2 par jour pour construire un embranchement de chemin de fer destiné à une scierie voisine. [...] Vous dire la bande de racailles, de coupe-jarrets, d'étrangleurs qui composaient le noyau principal de l'équipe ! Déclassés anglais, irlandais, allemands, polonais, mexicains, gibiers de potence, échappés de pénitenciers, repris de justice, forbans, convicts, la galerie était complète. Ils étaient assis en rond autour d'un feu brillant, en pleine forêt, les nuances sombres des grands arbres tropicaux, s'éclairaient des flammes rougeâtres du cèdre roussi; leur fond obscur était coupé par la blancheur des tentes dressées à l'entour; au milieu de cette belle nature les équipements informes des hôtes de cette forêt, leurs chapeaux invraisemblables, leurs bottes indescriptibles, leurs faces balafrées et défigurées par la chique et les jurons obscènes qui émaillaient la conversation, la boucane insupportable de l'immonde tabac qui brûlait dans les pipes, tout faisait de ce tableau nocturne une scène digne d'un Callot; pour moi, j'étais terrifié. » (Marc SAUVALLE. « Louisiane - Mexique - Canada : aventures cosmopolites », pp.22-23, Montréal, Désaulniers et Leblanc Imprimeurs, 1891, 309p., ICMH.)

    6. « Au travers de la " boucane " et des gais propos, Charles, qui ne fumait pas et ne riait jamais, déploya toute une diplomatie cousue de fil blanc pour empêcher la conversation de se maintenir dans les bas-fonds où les " veilleux " la plaçaient nécessairement. » (MARIE-VICTORIN [Frère]. « Récits Laurentiens », p.109, Montréal, éd. Lidec Inc., 1942, [éd. originale 1919], 217p., NéoClas.)

    7. « Les charrettes des colons stationnaient là, à la queue leu leu, pendant que les propriétaires à l'intérieur menaient grand bruit dans la " boucane ". » (MARIE-VICTORIN [Frère]. « Croquis Laurentiens », p.35, Montréal, Librairie des Frères des Écoles Chrétiennes, 1946, [éd. originale 1920], 162p., NéoClas.)

    8. « " - Envoie ! fume ! fais de la boucane ! Tu n'es bon rien qu'à ça. Te voilà jaune comme une feuille de tabac ! » (Robert CHOQUETTE. . « La Pension Leblanc », p.14, Montréal, éd. du Mercure, 1927, 305p., NéoClas.)

    9. « Il y a en outre des feux qu'on fait en certaines occasions : à l'entrée de l'hiver, quand on tue les bêtes pour faire les provisions de viande (on appelle ça faire la boucherie), on allume, dans un hangar, un feu spécial sous la grande marmite; à côté, on aura aussi le feu de boucane pour produire la fumée qui doit enfumer les quartiers de viande afin de les conserver; [...] » (Pierre DEFFONTAINES. « L'Homme et l'hiver au Canada », p.76, Gallimard, 1957, 293p., ICMH.)

    10. « On a poussé à l'ombre des cheminées
         Les pieds dans le mortier
         Le nez dans la boucane
         Moitié cheminée, moitié merisier
         Comme une fleur de macadam »
      (Jean-Pierre FERLAND. « Les Fleurs de macadam », chanson, 1962.)

    11. « Plus de clink clank de tramway, pus de grosses limousines te crachant au nez comme si t'avais la peste, pus de boucane, pus rien. »
      (Gabrielle ROY. « Bonheur d'occasion », p.65, Montréal, Librairie Beauchemin, 1973, [éd. originale 1965], 345p., NéoClas.)

    12. « Voulez-vous que je vous dise, au fond, ce qui importe, c'est de ne plus avoir cette maudite " boucane " autour de la véranda quand ces autres empruntent notre bout de chemin. » (Claude JASMIN. « La Corde au cou », p.18, Montréal, Le Cercle du livre de France, 1974, [éd. originale 1965], 163p., NéoClas.)

    13. « Les Amérindiens n'étaient pas non plus à l'abri des insectes piqueurs. Ils s'en protégeaient tant bien que mal avec la fumée des feux et la boucane du tabac. Certaines tribus s'enduisaient aussi la peau d'ocre rouge, ce qui leur a valu le nom de Peaux-Rouges. L'ocre aurait eu des propriétés insectifuges. Divers groupes d'autochtones se couvraient aussi la tête avec une sorte de capuchon. » (Sans nom. « Moustiques - maringouins, cousins », site Internet de l'Insectarium de Montréal, La toile des insectes du Québec" ", 1998.)

    14. « LE RÉGIME FRANÇAIS (1608 - 1760). Au XVIIe siècle, le français était loin d'être la seule langue parlée en France : on y trouvait aussi plusieurs patois (le normand, le provençal...) et différentes langues régionales (le basque, le breton...) [...] des régionalismes français, c'est-à-dire des emprunts faits aux divers patois connus des colons : bavasser (bavarder, dire des médisances); la boucane (fumée); la broue (mousse); la brunante (crépuscule); maganer (abîmer, maltraiter); une patate (pomme de terre); etc. » La petite histoire du français au Québec », site Internet Le français en affaires au Québec et en Amérique du Nord, 1999.)

    15. « [...] ce sera une occasion de se rassembler avec des passionnés de la moto, mais aussi de goûter à la saveur du homard fraîchement pêché de la belle région de la Péninsule acadienne. Expositions de motos, lave-moto, jeux d'habileté de conduite, souper au homard et spectacle de boucane sont au programme de ce week-end de festivités. » (« Quand le homard se marie à la moto... », site Planète Québec, 10 mai 2001.)

    16. « Il y avait de la boucane qui sortait de la cheminée quand nous sommes passés devant sa maison, y peut pas dire qu'il n'y avait personne là. » (Marie-Josée VEILLETTE, 18 ans, Shawinigan, 2002, CELM.)

SYNTAGMES : faire de la boucane, feu de boucane, de la boucane, chaudière à boucane, nuée de boucane, show de boucane.

HISTORIQUE : Boucane dérive de boucaner (1546), lui-même à rattacher à boucan « gril de bois qui servait à fumer les viandes et les poissons », (1578) qui l'emprunte au tupi mokaém par une variante, bokaem (GR, FEW, DHLF). Boucan « fumée épaisse » a vécu dans les parlers français de l'Aunis, de la Saintonge (MussetGl) et de la Normandie (FEW).

En québécois bocanne et bocane « endroit où on fait fumer la viande, le poisson », puis boucane (v.1650) « fumée ». Le mot, avec cette dernière acception, est largement employé et consigné depuis le XVIIe siècle. (FTLFQ, CELM).

Catégorie :
  1. Amérindianisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-2, 5 et 10.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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