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25 juin 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
       LOYER








LOYER loyer : Nom masc.

Définitions :
  1. Prix de location d'un appartement, d'une résidence, d'une propriété, etc.

    Exemples d'emploi :

    1. « Où loger les deux missionnaires ? Dans le fort à cent piastres de loyer [...] » (« The Windsor Border Region : Canada's Southermost Frontier. A Collection of Documents, edited with an introduction by Ernest J. LAJEUNESSE », [Toronto], 24 août 1787, p. 295, The Champlain Society for the Government of Ontario - University of Toronto Press, CXXIX-374 p. + 1 pl. hors texte [Coll. Ontario Series IV], 1960, [contient des extraits de textes datant de 1640 à 1796], FTLFQ.)

    2. « Il en coûte toujours de quitter un logement où vous avez vécu un an, deux ans, trois ans, lors même que le logement serait vieux et le loyer trop cher. Les années perdues ne se regagnent pas, et vous avez beau changer de cadre, votre portrait ne rajeunit point. » (Hector FABRE. « Chroniques », p.73, Québec, Imprimerie de L'Événement, 265p., 1877 [extrait de la chronique « Les déménagements » d'abord parue dans le journal L'Événement en 1866], ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)

    3. « J'ai payé mon loyer de maison privée, mes serviteurs et tout ce dont j'ai eu besoin, et mes groceries et mon boulanger, ce qui pouvait se monter à douze ou treize piastres par semaine. » (Archives nationales du Québec [ANQ], Cour d'appel, cause no 9 [1875], Factum de l'appelant, Québec, doc. du 27 janvier 1875, p. 6, FTLFQ.)

    4. « Pourtant, comme ce genre de mal menaçait de s'éterniser, les hôpitaux ne conservant pas les incurables, au premier mieux on l'avait renvoyée. Grâce à Dieu et à des prodiges d'épargne, elle ne se trouvait pas sans ressources, et pouvait partager le loyer d'une chembre [sic] avec une ancienne camarade, laquelle, moyennant une modeste pension, lui donnerait désormais des soins. » (Claire de CHANDENNEUX. « Cléricale !... », p.206, Montréal, Feuilleton de l'étendard, 1883, 350p., ICMH.)

    5. « Il me restait pas grand-chose, quelques piasses et un tas de cennes noires, mais pas assez en tout cas pour payer le loyer. » (André MAJOR, « La Chair de poule », p.24, Montréal, Éditions Parti Pris, 1965, 187 p., FTLFQ.)

    6. « Le propriétaire, que je n'ai jamais vu, avait l'honneur historique de nous avoir pour locataires moyennant un loyer de cinq dollars par mois. C'était une somme, même pour la douzaine que nous étions. [...] Il y avait aussi, bien à la vue des visiteurs occasionnels, un tronc au-dessus duquel on lisait : " Pour l'oeuvre des loyers en retard ". Il nous est arrivé de trouver là de quoi compléter en novembre le montant du loyer de juillet que réclamait à grands cris notre Shylock de propriétaire. » (RINGUET [pseud. de Philippe PANNETON]. « Confidences », p.54, Montréal/Paris, Fides, 1965, 198p., FTLFQ.)

    7. « Par un coup de chance inouï, Mariette a déniché une boutique située juste en dessous d'un appartement à louer. Pourtant, elle hésite, le loyer demandé étant un peu plus élevé que le montant qu'elle avait l'intention de payer... » (Marcelyne CLAUDAIS. « J'espère au moins qu'y va faire beau ! », p.467, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1985, 522 p. [Coll. Métamorphose], FTLFQ.)

    8. « Alors, j'ai fait venir la police [...] et le concubin Livernoche a dû me verser sur-le-champ les trois mois de loyer qu'il me devait, plus trois autres mois en dédommagement du bris de son bail. [...] Voilà ce qui arrive aux finfins qui essayent de me jouer dans les cheveux ! » (Yves BEAUCHEMIN. « Juliette Pomerleau », p.248, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, 691 p. [coll. Littérature d'Amérique], FTLFQ.)

    9. « " C'est les gars qui paient mon loyer, mon électricité... Ils m'ont averti de ne plus laisser entrer personne ici. Ils sont sur les nerfs et ils sont chiens. Tu ferais mieux de déconnecter ta patente. " À la sortie, elle m'a regardé dans le blanc des yeux pour voir si je lisais bien dans le brun des siens, étrangement clairs, jusqu'au dessin des cristaux. » (Réjean DUCHARME. « Va savoir », p.68, Paris, Gallimard, 1994, 67 p., FTLFQ.)

    10. « C'est ainsi que le plus grand critique international a rappliqué rue Cartier, a gravi un escalier en colimaçon, apporté son vin en plusieurs bouteilles d'un grand cru estampillé Régie des Alcools du Québec, et est entré en québécitude de l'art. Charlène l'a fait rigoler toute la soirée en lui racontant comment elle payait son loyer en enseignant la gouache à des dames d'oeuvre, et ses récentes luttes vives avec ses meilleurs amis pour obtenir mille dollars de bourse et un séjour de deux semaines en France [...]. » (Lise BISSONNETTE. « Choses crues », p.90, Montréal, Boréal, 1995, 137p., FTLFQ.)

SYNTAGMES : payer le loyer.

  1. Local d'habitation qu'on loue ; logement.

    Exemples d'emploi :

    1. « Je suis à loyer sur la rue Champlain. » (Narcisse-Eutrope DIONNE. « Le Parler populaire des Canadiens-français ou Lexique des canadianismes, acadianismes, anglicismes, américanismes, mots anglais les plus en usage au sein des familles canadiennes et acadiennes françaises », Québec, Laflamme & Proulx imprimeurs, 1909, XXIV-671p. [réimpr. : Les Presses de l'Université Laval, 1974.)

    2. « Laisser son loyer. »
      (Société du parler français au Canada, voir Gl dans Bibliographie et explication de sigles au bas de l'article, 1930.)

    3. « Le locataire, comme je te le disais, qui sous-loue son loyer est entièrement responsable de toutes les obligations du bail qu'il a signé avec le propriétaire. C'est écrit dans la loi, et la Régie va décider dans ce sens-là. » (Inf. fém., 32 ans, Shawinigan, 1978, CELM.)

    4. « Si t'as des coquerelles dans ton loyer, t'as le droit de faire venir le dératiseur, tu peux même casser ton bail et le propriétaire n'a pas un mot à dire. » (Inf. fém., 43 ans, Le Gardeur, 1986, CELM.)

    5. « Je connais un beau petit loyer, juste pour vous autres. Le loyer est sur la rue St-Ursule, c'est au troisième étage, personne pour vous faire du bruit sur la tête, ben éclairé, avec vue sur la rue. » (Inf. masc., 36 ans, Québec, 1991, CELM.)

    6. « Certain, à Trois-Rivières j'avais un beau loyer, pis je l'avais bien arrangé, c'était ben le fun de vivre là. » (Inf. fém., 48 ans, 1993, Grand-Mère, CELM.)

    7. « Je suis arrivé dans son loyer, un de ces loyers modernes, pas mal grand, j'ai laissé là mon bagage, pis on est parti visiter la ville. » (Inf. masc., 22 ans, Saint-Alban [Portneuf ], 1996.)

    8. « Oui, il l'avait bien entraînée chez lui, cette trop jeune femme. Et pendant qu'il s'évertuait à tenter d'ouvrir la porte de son loyer, pestant contre la froidure de la nuit naissante et l'ampoule nue au-dessus de la porte et dont les filaments n'incandescençaient plus depuis tellement longtemps, il la sentait trépigner derrière lui. Et cela le réjouissait. » (Daniel SAINT-GERMAIN. « Au bord d'un banc du bar du Bar Barrab », nouvelle, site Internet du Comité du Prix littéraire de l'Abitibi-Témiscamingue, 1997.)

    9. « Je ne vis plus la même existence qu'avant à tous les niveaux, c'est vrai ; je n'ai plus les petits casse-tête du genre " Comment je vais payer mon loyer ? ", pis tout ça. » (Propos de Kevin PARENT, dans « Le bien-aimé » entrevue réalisée par Marie-Christine BLAIS, revue « Elle Québec », septembre 1998.)

    10. « C'est pas facile de trouver un loyer à Montréal de ce temps-ci, je cherche, mais ou c'est vraiment trop cher ou trop loin. » (Inf. fém., 35 ans, 2001, Montréal, CELM.)

SYNTAGMES : payer le loyer, être à loyer, vivre à loyer, rester en loyer, maison à loyers, loyer d'une, deux, trois, etc. pièce(s), (CELM).

HISTORIQUE : Nom masc., sous les formes luer (1080), loier (1160), avant loyer (vers 1300), est issu par évolution phonétique du latin locarium « prix d'un emplacement », dérivé de locare « placer, situer » (DHLF, FEW). Le sens propre « prix de location d'une chose » a vieilli sous la concurrence de location, mais reste courant à propos de la redevance pour l'usage temporel d'un local (DHLF).

Loyer « prix de location d'une propriété, d'une maison », français depuis le XIIIe siècle, est d'usage courant au Québec. Le sens de « local d'habitation qu'on loue » (1897), emploi métonymique de « prix de location... », a été relevé en gascon. Cette acception est aussi usuelle chez nous.

Catégories :
  1. Archaïsme (fréquence d'emploi)
  2. Dialectalisme



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-2, 4 et II-8, 9.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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