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picasse

Sur la pointe de cette chaloupe verchère, on peut voir une picasse –qu'on appelle aussi "pesée"– faite d'une ancienne forme à chaussures pour cordonnier. (Photo : Guy Rivard)



3 juin 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
       PICASSE








PICASSE [ pikas ] : Nom fém.

Définitions :
  1. Poids de fer ou de pierre que l'on fait descendre au fond de l'eau au moyen d'un câble et qui sert à retenir une embarcation en un endroit déterminé; ancre.

    Exemples d'emploi :

    1. « Il est rarement question d'un engin primitif, surnommé " taureau " ou " handwork ". Le taureau était un radeau sur lequel on installait un cabestan à manivelle, manœuvré par deux, trois, ou quatre hommes selon les exigences. Mais, ce radeau n'allait pas sans son frère jumeau qui, lui, portait une " picasse " qu'on allait jeter cinquante ou soixante pieds plus loin en avant. Pendant que les hommes du second radeau s'affairaient à jeter la " picasse " à l'eau, ceux du taureau se reposaient. » (Normand LAFLEUR. « La drave en Mauricie » LaflDrave, p.87, 1970.)

    2. « C'te journée-là, on pêchait tranquillement, mais on n'avait pas notre picasse. Y'é passé un bateau à moteur, pis la vague nous a brassés d'aplomb. Je pensais que la chaloupe était pour virer à l'envers. Une chance, on n'était pas ben loin du bord. » (Inf. masc. 53 ans, Shawinigan-Sud, 1971, CELM.)

    3. « L'ancienne " picasse " constituait déjà une ancre moins rudimentaire et plus sûre. On la fabriquait d'une croix de bois, dite " croix de picasse ", dont les bras percés en leurs bouts retenaitent deux branches de frêne ou deux gros câbles croisés de façon à emprisonner un gros caillou sur le centre de la croix. La picasse travaillait à la façon d'une ancre de fer, ses bras pointus agissant comme des griffes : " On s'en servait pour s'enrâper. " Mais on se servait aussi d'ancres proprement dites, que le forgeron de l'endroit fabriquait sur demande. » (Normand LAFLEUR. « La vie traditionnelle du coureur de bois aux XIXe et XXe siècles » LaflVieTrad, p.133, [ Planche 42, p. 134 ], 1973.)

    4. « Y'a pas beaucoup d'étudiants qui connaissent ça le mot picasse, il est beaucoup utilisé dans le bas du fleuve c'est une espèce d'ancre. Les pêcheurs prennent une grosse pierre ou un morceau de bois. Eux autres, ils s'en servent pour que leurs filets [de pêche] restent en place. » (Inf. masc., 26 ans, Gaspé, 1976, CELM.)

    5. « [...] pis on avait beau tirer comme des boeufs la picasse voulait pas lâcher, pas pantoute, elle était accrochée c'est certain, on a travaillé après ça pendant vingt minutes avant de pouvoir repartir. » (Inf. masc., 58 ans, Saint-Alexis-des-Monts, 1978, CELM.)

    6. « Tu peux prendre n'importe quoi, ça sert de picasse, ça peut être un bout de tuyau, une bonne roche, un trident, tout est bon pourvu que ça reste au fond. » (Inf. masc., 62 ans, Sainte-Anne-de-la-Pérade , 1980, CELM.)

    7. « On n'osait pas mettre la picasse à l'eau parce qu'y avait trop de corps morts [arbres morts] où qu'on allait. On avait déjà assez de problèmes avec nos trôles [...] oui, c'est un genre de trépied, vois-tu, qui nous sert de picasse, d'ancre. » (Inf. masc., 45 ans, Trois-Rivières, 1981, CELM.)

    8. « Notre vieille picasse ne bougeait pas du fond de l'eau comme les autres, mais c'est vrai qu'elle était pesante aussi, pis ben accrochante. » (Inf. masc., 71 ans, Grande-Anse [Trois-Rives, Mauricie], 1984.)

    9. « Près du chafaud, les barges attendaient les équipages modestes qui, comme à tous les matins, levaient la picasse de leurs embarcations et voguaient droit vers l'horizon, en gardant toujours un oeil sur les amets. » (Hélène LATÉRIÈRE. « Un jour comme les autres dans la baie des Chaleurs... », site du ministère de la Culture et des Communications du Québec, Direction régionale de la Gaspésie-Iles-de-la-Madeleine, 1997.)

SYNONYMIE : pesée.

SYNTAGME : croix de picasse.

HISTORIQUE : Picasse est à rattacher à pic " instrument pointu à manche servant à creuser, casser, détacher la pierre, la roche " (sens 2), un emploi figuré (v. 1155) à partir de pic (sens 1) " oiseau grimpeur qui frappe avec son bec conique sur l'écorce des arbres ", lui-même issu du latin classique picus " pivert " (FEW, DHLF). En moyen français picasse " hoyau " (1469) et en Franche-Comté pigasse " pioche ". Dans la plupart des parlers français, on retrouve un bon nombre de formes voisines pour désigner une sorte de houe ou tout instrument à pointe (FEW).

Au Québec, picasse " ancre " est attesté depuis la fin du XIXe et est surtout connu au Saguenay, en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine (PPQ) ainsi qu'en Mauricie (CELM).

Picasse est aussi largement répandu en Acadie :
« La raison pour la picasse coumme logo c'est parce que nos ancêtres se servions de des picasses, en français standard c'est appelé un ancre. Les picasses étions faites de bois avec une roche dedans, c'etait les ancres de nos ancêtres. La picasse démontre que les Acadjonnes sont ancrés en Acadie et on est icette pour rester. » (Daniel LeBlanc, site Internet « Société pour la préservation et la promotion de la langue et la culture acadjenne », 2000.)
Catégorie :
  1. Archaïsme de forme et innovation sémantique.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte de l'exemple I-9.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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