25 octobre 2002


Chronique
Une petite
à votre intention


par Francelyne Du-Sablon


LES CHEMINS DE L'OUÏE

Les petits chanteurs de Trois-Rivières,
émission « Enfin vendredi » du 24 octobre 2002,
Radio-Canada Mauricie.


« Mortel silence,
Vaine espérance,
Entends la voix qui t'appelle,
Qui t'appelle. »
Orphée et Eurydice, Gluck   



L'ouïe est de tous les sens, nous dit Téophraste, la meilleure alliée du pathos, des passions, car rien de visuel, de gustatif, ni de tactile ne provoque autant de transport que lorsqu'un son vient frapper l'oreille.

Lorsque vous entendez, le son s'écoule et inonde tout votre corps comme le flot qui déborde d'un bassin trop plein. Chaque onde syllabique se déverse et déferle sur vous d'une manière inconsciente, mais certaine. Si l'ouïe est le sens primordial, et non la vue comme l'Occident l'a longtemps considéré, on entend avec la peau tout entière. Votre corps sait par toute sa surface en noter la progression, grâce à sa sensibilité cutanée dont le contrôle fonctionne comme un clavier sensible aux pressions acoustiques.

Réapprendre à entendre.

Lorsque nous sommes bébés, tous nos sens sont en émoi. Notre vie se déroule comme un jeu sensitif, tout est découverte. Par nos sens, la vie se manifeste à nous.

Mais par la suite, notre éducation nous oriente vers un monde où la Pensée doit régner. S'il savait sentir, le bébé saura goûter ; s'il savait voir, il saura regarder ; s'il savait entendre, il saura écouter. Nous apprenons à intellectualiser notre sensorialité et notre corps devient un analyseur complexe, se fermant à la sensibilité cutanée, trop illogique.

Réapprendre à entendre, à sentir, tel est le but premier de toute pédagogie vocale. Retrouver le tempo de la vie privée, du jeu, de l'enfance. Retourner dans l'imaginaire de l'enfance. L'élève retrouve un monde de sensations respiratoires, articulatoires, auditives où il ne peut se repérer que progressivement. Les premiers exercices vocaliques ne sont pas complexes. Leur simplicité permet à l'élève de se laisser aller, d'éviter de mettre la pensée au premier plan, au détriment du corps.

La détente psychologique ; banale mais fondamentale. Et difficile à atteindre. Il sera demandé à l'élève de se débarrasser de tout ce qui représente en lui la sphère de la pensée rationnelle, logique, discursive, volontaire, et de se laisser aller à une autre appréhension du monde qui passe par l'ouverture, le jeu, le plaisir, l'amour de soi-même et de l'autre. La maîtrise intellectuelle, dans ce qu'elle a de volontaire, de rigoureux, est contraire aux exigences du chant. Il ne nous est pas demandé d'abdiquer intelligence et maîtrise, mais de se déposséder de leurs exagérations, la plupart du temps inconscientes.

L'aventure vaut la peine d'être vécue.


Francelyne Du-Sablon





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