

16 octobre 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
BUTIN
BUTINNom masc. :
Définitions :HISTORIQUE : Butin, attesté au XIVe s., est un emprunt au germanique
- Nom. Ce qu'on possède
( argent, bien,ameublement ).
Exemples d'emploi :
- « Item se trouve qu'on auoit volé et crocheté un Coffre ou auoit pris tout le pauvre butin d'un homme montant à plus de 25
escus. » (1640. PèreBarthélemy VIMONT.« Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle France en 1640 et1641 », Sébastien Cramoisy, Paris, 1642,216 p, ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)
- « [...] Me nommant légataire
D'un large coffre d'or
Rempli d'or.
Chacun me flatta, &c.
Lancé dans les affaires
Par l'appas d'un butin
Incertain,
Des calculs téméraires
Ayant réduit à rien
Tout mon bien
Chacun défila,[...] »
(« Le Chansonnier descollèges », p.172, Québec, Bureau de l'Abeille, 1850,204 p., ICMH.)
- « Le butin, mot expressif que les gens de la campagne emploient pour désigner tout ce qui leur appartient. Le
butin : les dépouilles arrachées si péniblement, dans la grande bataille qu'ils livrent sans répit à l'inclémence des saisons, à l'aridité de la terre, à l'implacablenécessité. » (Marie MEUSY LESCOT.« Un peu, beaucoup,passionnément », p.8, Décarie, Hébert éd., Montréal, 1895,225 p., ICMH.)
- « Penses-tu, toi que le monde de par icitte aime pas l'argin, penses-tu qui garroche les piasses par les châssis. Crains pas. I prenne[nt] soin de leu butin pis i font
ben. » (Claude-Henri GRIGNON.« Un Homme et sonpéché » [ radio ], 1944,10 mai, série 4,bob. 4, émission 113,p. 4, FTLFQ .)
- « Des scènes rustiques remplissent le recueil : la "fermière au teint de rose" "agite la menotte du poupon robuste"; les coqs, "à coups d'ergots", défendent leur butin; "et le bon lard salé sur les tranches de pain" répand son odeur agréable. II suffit parfois d'un mot, étoffe du pays, tauraille, tasseries, atocas, talles de cenelles, pour évoquer le
pays. » (Joseph BONENFANT. Article« Les guérets en fleurs (Ulric-L.GINGRAS) », dans« Dictionnaire des uvres littéraires du Québec1900-1939 », tome II, Éditions Fides, 1980,p. 548.)
- Vêtements
( en général ).
Exemples d'emploi :
- « Une cape avec d'autre butin vendu à la porte de
l'église. » (5 juin 1780, Sainte-Anne-de-la-Pocatière, Archives nationales du Québec[ ANQ ], L.Cazes, inTraLiQ I, p.154 )
- « Un lot de vieux butin dans un tiroir de table prisé trente
sous. » (23 juillet 1816, Saint-Antoine-de-Tilly, AJQ, L.Guay inTraLiQ I, p.154.)
- « Ann : - Pourquoi donc que votre belle-mère ne vous laissait pas le grand sofa. Il me semble que c'est plus logique.
Tobi : - C'était plus d'adon aussi mais, voyez-vous, Madame Latrouille voulait de la place, pour r'priser le butin de lafamille. »
(A. BRIE.« Tobi » [radio], 1950, série 43,bob. 1, p. 3, FTLFQ.)
- « Tante Lucille arrive la première, rejointe presque aussitôt par tante Rita qui s'est endeuillée comme ça ne se peut
pas : robe noire, bas noirs, souliers noirs [...]
-Ouais ! Je te dis que tu l'aimais en pas pourrire !
- Remarque que je me serais pas acheté du butin noir rien que pour lui, mais jel'avais !
- Moi, mon mari, y dit que le deuil ça se porte plus...
- Ben, en tous cas, c'est plus de mise que de venir au salon mortuaire enpantalon ! »
(Marceline CLAUDAIS.« J'espère au moins qu'y va fairebeau », p. 93, Éditions de Mortagne, Boucherville, 1985, FTLFQ.)
SYNTAGMES : butin de dessous; armoire à butin; butin de bébé; butin de corps; butin de lit; butin de semaine; butin propre; coffre à butin; corde à butin( cp. corde àlinge ) ( PPQ ).
- Fig. Personne à marier, considérée du point de vue de son aisance matérielle, de sa situation sociale, etc.; parti.
Exemples d'emploi :
- « Sommes arrivés vers les 3h hier. Marche sur St-Denis. Petit arrêt à l'Axe. Beau butin. Parmi une vingtaine de clients, je suis la seule femme.
Hourra ! » (Rolande AYOTTE, 7 mars 1982, dans« Journal de Chambre comme on le dit d'unemusique... », journal familial inédit, Montréal, Archives familiales Bonenfant.)
- « Je m'exécute. Elle brasse les cartes sans même les regarder.
- Viviane, tu devrais teremarier !
- Meremarier ? Pourquoi ?
- Parce que ton Frédéric, c'est du beau butin et puis que du beaubutin. » (Marcelyne CLAUDAIS.« Comme un orage enfévrier », p.136, Édition de Mortagne, Boucherville, 1990.)
« bûte » « échange, partage », par métonymie,« ce qui échoit enpartage », d'où le sens concret( 1440 ) « part de ce qui a été pris surl'ennemi ». Par extension, butin est employé à propos du produit d'un vol, d'un pillage (1690), (DHLF, FEW).
Butin avec les sens de« biens, ameublement » et de« vêtements, habits » est largement répandu dans les parlers de France, plus spécialement ceux du nord, ainsi qu'en Suisse romande.
Au Québec butin est d'abord employé avec le sens français de« ce qu'on prend àl'ennemi », ultérieurement« produit du pillage et duvol ». L'héritage des parlers français se manifeste tôt (1640) dans l'emploi du mot pour désigner« ce qu'une personnepossède » puis, plus spécialement,« les vêtements » ( av. 1750 ) . Le sens III, récent, révèle la facilité du vocable à s'employer au figuré, surtout à partir de l'acception II. Butin« movable goods, especially baggage and personnaleffects » est passé à l'anglo-canadien au tout début du XIXe s. (1805) (DictCan), témoignage éloquent de la grande vitalité du vocable en territoire québécois.
En Acadie, butin est bien relevé avec le sens de« vêtement » (MassAcad).
Catégories :
- Dialectalisme;
- Dialectalisme;
- Extension de sens.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-5 et III-1.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.