

1er octobre 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
MÉMÈRE
MÉMÈRENom fém. :
Définitions :HISTORIQUE : Mémère
- Nom. Fam. Grand-mère (appellatif).
Exemples d'emploi :
- « Lorsque ceux-ci n'entendirent plus les pas de leur mère, ils mirent l'un après l'autre le nez à l'air, flairant de tous côtés à la manière des chiens. En même temps ils se
disaient : " Mémère est loin maintenant, sortons etdivertissons-nous. " » (Émile PETITOT.« Autour du Grand Lac desEsclaves », p.299, chap XIV« Légende nationale des Flancs-de-chien », Paris, Albert Savine, Éditeur, 1891, 369p. + cartes, ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)
- « À le voir jouer ainsi, grave, insoucieux, je m'étais mis en tête qu'il avait déjà oublié celle qui l'avait tant aimé ; mais un jour que, fatigué de tous ses joujoux, il s'était assis sur la fenêtre, il me dit tranquillement, en me montant (sic) les nuages gris qui couraient vers le golfe :
Le temps est couvert comme pendant la journée où l'on enterra mémère.
Alors je vis qu'il y pensaittoujours. » (Faucher de SAINT-MAURICE.« Dodo ! l'enfant ! », dans l'ouvrage collectif« À la mémoire de AlphonseLusignan : hommage de ses amis etconfrères », p.96, Montréal, Desaulniers et Leblanc, 1892, 330p., ICMH.)
- « Interrogée au sujet de sa vocation, elle nous dit
" Je pouvais avoir neuf ans quand j'entendis une conversation où il était fait mention d'une sur depeine. " Ce mot me frappa et j'en demandai l'explication. J'appris que, dans les couvents, un certain nombre de religieuses s'adonnent aux uvres de l'Institut pendant que les autres vaquent aux travaux de l'extérieur. " J'en ferai moi aussi une sur depeine. " " Toi, religieuse ! me dit ma grand'mère, commence par apprendre tesprières. " Ma décision était prise. Elle s'ancra dans mon esprit, et, quand je fus d'âge à réaliser mon projet, je m'en ouvris àmemère. » (Mère De la Nativité.« Les Ursulines desTrois-Rivières : depuis leur établissement jusqu'à nosjours », p.385, Québec, sans nom, 1911, 526p., ICMH.)
- « Prends mémère, qu'on a été obligés de payer de la grosse argent pour lui faire enlever des pierres dans la vessie, il y a quatre
ans : si on avait attendu à c'tt' année, ça nous aurait riencoûté. » (Gratien GÉLINAS.« Les Fridolinades 1943 et1944 », p. 265, [ émission de 1944 ], Montréal, Quinze, 351p., FTLFQ.)
- « Pis tu vas dire à mémère que les sauvages sont arrivés. As-tu
compris ?
Ben oui, je suis pas un bébé. [...] Félicité arriva à la hâte avec Edmond. Celui-ci la laissa près d'Émilie puis s'empressa d'aller chercher lasage-femme. » (Arlette COUSTURE.« Les Filles deCaleb », T. 1,« Le Chant ducoq », p.390, Montréal, Québec/Amérique, 1985, 528p., FTLFQ.)
- « La mourante ne meurt pas. Mémère Thibodeau fixe le vide de ses grands yeux de glace, elle n'en finit plus d'agoniser tranquillement dans la chambre obscure qui donne sur le salon méconnaissable, précocement funéraire. Fleurs artificielles poussiéreuses, lampions en larmes de feu, vieilles pleurnicheuses, tout est là; il n'y manque plus que la
morte. » (Jean-Pierre APRIL.« Mémère Thibodeau monte auciel », revue Le Sabord, no 14, p.22, Trois-Rivières, 1987.)
- «
Oh ! en passant, je déteste qu'on m'appelle" ma petitemadame " ! C'estméprisant ! Il sort de ma chambre à reculons, la tête basse. A-t-il appris quelquechose ? Je l'espère, sans ça, mémére va sechoquer ! Je n'accepte plus qu'on me parle en bébé, qu'on s'adresse à moi comme à une petite madame gentille, mais un peudemeurée. » (Marcelyne CLAUDAIS.« Comme un orage enfévrier... », pp. 380-381, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1990, 407p., FTLFQ.)
- « Il n'y avait pas encore de punks ou de Skin heads, mais il y avait les bums, comme on les appelait. La grande peur de mémére, c'était qu'à leur contact j'apprenne à sacrer.
Pauvre mémére ! elle était loin de se douter qu'un jour je deviendrais un apôtre dujoual. » (André MONTMORENCY.« De la ruelle auboulevard », p.29, 1992, Montréal, Leméac, 275p., FTLFQ.)
- Nom et adj. par métaphore. Pop. Personne bavarde qui aime à critiquer ; commère.
Exemples d'emploi :
- « Commère, personne bavarde.
Ex. : Si tu veux que ça reste secret, va pas lui conterça : c'est unememére. » (Gl, 1930, p.450.)
- « Il est grand temps, continua-t-il, qu'on arrête de jouer aux
" mémères " et qu'on discute de problèmes sérieux[...] » (Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 18 mai 1970, p.4, col.5, DictPrés p.105.)
- « Lui, c'est rien qu'une maudite memére, c'est même pas ça que j'y ai dit, y'a tout rapporté de travers comme
d'habitude ! » (Inf. fém, 19 ans, Plessisville, 1976, CELM.)
- « Faut-tu être mémère pour parler au téléphone une heure de
temps ! » (Inf. masc. 35 ans, Shawinigan, 1980, CELM.)
- « Amélie
Tanguay : Est-ce qu'il était avecquelqu'un ?
Olivier : Avec une fille, une blonde.
Xavier : Ben non, sa blonde est brune.
Oliver : Je suis certain que c'était une blonde.
Amélie Tanguay : Ça veut dire que Luc trompe sa blonde.
Xavier : Luc trompe sa blonde brune avec une blonde. (Annabelle revient à ce moment.)
Annabelle : Ça ne répond pas chez lui.
Kim : C'est certain. Olivier vient de le voir passer en auto avec une nouvelle blonde.
Xavier : Et on ne sait pas si la brune est au courant.
Annabelle :Wow ! Un nouveau potin. Je vais aller raconter ça à mes amis.
Érika : Pas trop vite. C'est pas sûr. (Annabelle ne l'entend pas. Elle continue à signaler. On la voit parler, mais on n'entend rien.)
Érika : Tu parles d'une mémère. On n'est même pas certain.[...] » (Luc BOULANGER.« Une autre pièce dethéâtre », Scènes 1 à 4, site Internet Animagination, 2001.)
- « C'est la memère à J... qui t'a raconté tout ça. J'ai jamais vu ça de ma
vie ! Maudit ! J'vas aller y dire un mot à cettememère-là. » (Inf. fém. 22 ans, Grand-Mère, 2002, CELM.)
SYNONYMIE : placoteux, placoteuse.
SYNTAGMES :« La mémère à + nompropre », « une gang de vieillesmémères », « la mémère ducoin ».
DÉRIVÉS : mémérer, v. intr., mémérage n.m. pour« commérer » et« commérage ».
REMARQUES : Souvent précédé de l'adj.« maudite » qui sert d'augmentatif.
- Nom et adj. par métaphore du sens I. Fam. En parlant d'une personne, généralement un homme, enclin à la crainte, qui aime se plaindre, dégoûté par la perspective d'abandonner ses habitudes.
- « Y me disent tout le temps que je suis memére, parce je veux pas être dérangé par les enfants, surtout quand je vais au
chalet. » (Inf. masc., 68 ans, Trois-Rivières, 1978, CELM.)
- « J'étais juste à côté de la mémére à Potvin, y disait qui pouvait pas tirer sur le chevreuil parce que c'était trop beau, trop fin, trop n'importe
quoi. » (Inf, masc. 48 ans, Shawinigan, 1980, CELM.)
- « Je sais bien que c'est une habitude de mémère, mais je dors mal si j'ai pas une couverture chaude sur les pieds, même
l'été. » (Inf. masc., 25 ans, Nicolet, 1984, CELM.)
- « Y'é pas capable de s'adapter aux ordinateurs, c'est une moyenne attitude de memére. Monsieur préfère écrire au plomb, ça l'inspire plus qu'il
dit. » (Inf. masc. 67 ans, Sainte-Flore[ Mauricie ], 1994, CELM.)
- « Une vraie memére, je vous le dis, il lui faut son fauteuil pour regarder la télévision, c'est celui-là, pas un autre. Si y changeait, le show serait pu pareil,
j'imagine. » (Inf. fém., 72 ans, Mont-Carmel[ Mauricie ], 2002, CELM.)
( 1844 ) nom fém. est formé sur mère par dédoublement affectueux( hypocoristique ) de la première syllabe. D'abord relevé avec le sens de« femme d'un certainâge » ( 1844, comme équivalent demère ), le mot a fourni une appellation de la grand-mère par les petits-enfants( 1842 ) ( DHLF ). Mémère« grand-mère » est aussi bien attesté, depuis le milieu du XIXe siècle, dans les dialectes du Nord de la France( FEW ). L'usage actuel, en français central, tend surtout à l'employer avec l'acception de« grosse femme d'un certainâge » par péjoration( 1881 ) ( DHLF, FEW ).
Au Québec mémère« grand-mère » ( 1860 ) est largement répandu. Le mot connaît, depuis 1912, le sens de« personne bavarde » et avec l'acception de« personne froussarde » mémère est signalé depuis 1950. Les sens II et III n'ont jamais appartenu ni au français général ni aux différents parlers de France.
Catégories :
- Archaïsme.
- Innovation sémantique.
- Id.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2 et 6.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.