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mémère

« Mémère Bonenfant. Elle était assise dans sa chaise berceuse, ne pouvant plus parler [...] »
Roland BONENFANT, dans « Notre terre amande », collectif, p.266, Éditions de la Catalogne, Saint-Narcisse, 1977.
Photo : Archives familiales Bonenfant.



1er octobre 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
       MÉMÈRE














MÉMÈRE : Nom fém.

Définitions :
  1. Nom. Fam. Grand-mère (appellatif).

    Exemples d'emploi :

    1. « Lorsque ceux-ci n'entendirent plus les pas de leur mère, ils mirent l'un après l'autre le nez à l'air, flairant de tous côtés à la manière des chiens. En même temps ils se disaient : " Mémère est loin maintenant, sortons et divertissons-nous. " » (Émile PETITOT. « Autour du Grand Lac des Esclaves », p.299, chap XIV « Légende nationale des Flancs-de-chien », Paris, Albert Savine, Éditeur, 1891, 369p. + cartes, ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)

    2. « À le voir jouer ainsi, grave, insoucieux, je m'étais mis en tête qu'il avait déjà oublié celle qui l'avait tant aimé ; mais un jour que, fatigué de tous ses joujoux, il s'était assis sur la fenêtre, il me dit tranquillement, en me montant (sic) les nuages gris qui couraient vers le golfe :
      – Le temps est couvert comme pendant la journée où l'on enterra mémère.
      Alors je vis qu'il y pensait toujours. » (Faucher de SAINT-MAURICE. « Dodo ! l'enfant ! », dans l'ouvrage collectif « À la mémoire de Alphonse Lusignan : hommage de ses amis et confrères », p.96, Montréal, Desaulniers et Leblanc, 1892, 330p., ICMH.)

    3. « Interrogée au sujet de sa vocation, elle nous dit " Je pouvais avoir neuf ans quand j'entendis une conversation où il était fait mention d'une sœur de peine. " Ce mot me frappa et j'en demandai l'explication. J'appris que, dans les couvents, un certain nombre de religieuses s'adonnent aux œuvres de l'Institut pendant que les autres vaquent aux travaux de l'extérieur. – " J'en ferai moi aussi une sœur de peine. " – " Toi, religieuse ! me dit ma grand'mère, commence par apprendre tes prières. " Ma décision était prise. Elle s'ancra dans mon esprit, et, quand je fus d'âge à réaliser mon projet, je m'en ouvris à memère. » (Mère De la Nativité. « Les Ursulines des Trois-Rivières : depuis leur établissement jusqu'à nos jours », p.385, Québec, sans nom, 1911, 526p., ICMH.)

    4. « Prends mémère, qu'on a été obligés de payer de la grosse argent pour lui faire enlever des pierres dans la vessie, il y a quatre ans : si on avait attendu à c'tt' année, ça nous aurait rien coûté. » (Gratien GÉLINAS. « Les Fridolinades 1943 et 1944 », p. 265, [ émission de 1944 ], Montréal, Quinze, 351p., FTLFQ.)

    5. « – Pis tu vas dire à mémère que les sauvages sont arrivés. As-tu compris ?
      – Ben oui, je suis pas un bébé. [...] Félicité arriva à la hâte avec Edmond. Celui-ci la laissa près d'Émilie puis s'empressa d'aller chercher la sage-femme. » (Arlette COUSTURE. « Les Filles de Caleb », T. 1, « Le Chant du coq », p.390, Montréal, Québec/Amérique, 1985, 528p., FTLFQ.)

    6. « La mourante ne meurt pas. Mémère Thibodeau fixe le vide de ses grands yeux de glace, elle n'en finit plus d'agoniser tranquillement dans la chambre obscure qui donne sur le salon méconnaissable, précocement funéraire. Fleurs artificielles poussiéreuses, lampions en larmes de feu, vieilles pleurnicheuses, tout est là; il n'y manque plus que la morte. » (Jean-Pierre APRIL. « Mémère Thibodeau monte au ciel », revue Le Sabord, no 14, p.22, Trois-Rivières, 1987.)

    7. « Oh ! en passant, je déteste qu'on m'appelle " ma petite madame " ! C'est méprisant ! Il sort de ma chambre à reculons, la tête basse. A-t-il appris quelque chose ? Je l'espère, sans ça, mémére va se choquer ! Je n'accepte plus qu'on me parle en bébé, qu'on s'adresse à moi comme à une petite madame gentille, mais un peu demeurée. » (Marcelyne CLAUDAIS. « Comme un orage en février... », pp. 380-381, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1990, 407p., FTLFQ.)

    8. « Il n'y avait pas encore de punks ou de Skin heads, mais il y avait les bums, comme on les appelait. La grande peur de mémére, c'était qu'à leur contact j'apprenne à sacrer. – Pauvre mémére ! elle était loin de se douter qu'un jour je deviendrais un apôtre du joual. » (André MONTMORENCY. « De la ruelle au boulevard », p.29, 1992, Montréal, Leméac, 275p., FTLFQ.)

  2. Nom et adj. par métaphore. Pop. Personne bavarde qui aime à critiquer ; commère.

    Exemples d'emploi :

    1. « Commère, personne bavarde. Ex. : Si tu veux que ça reste secret, va pas lui conter ça : c'est une memére. » (Gl, 1930, p.450.)

    2. « Il est grand temps, continua-t-il, qu'on arrête de jouer aux " mémères " et qu'on discute de problèmes sérieux [...] » (Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 18 mai 1970, p.4, col.5, DictPrés p.105.)

    3. « Lui, c'est rien qu'une maudite memére, c'est même pas ça que j'y ai dit, y'a tout rapporté de travers comme d'habitude ! » (Inf. fém, 19 ans, Plessisville, 1976, CELM.)

    4. « Faut-tu être mémère pour parler au téléphone une heure de temps ! » (Inf. masc. 35 ans, Shawinigan, 1980, CELM.)

    5. « Amélie Tanguay : Est-ce qu'il était avec quelqu'un ?
      Olivier : Avec une fille, une blonde.
      Xavier : Ben non, sa blonde est brune.
      Oliver : Je suis certain que c'était une blonde.
      Amélie Tanguay : Ça veut dire que Luc trompe sa blonde.
      Xavier : Luc trompe sa blonde brune avec une blonde. (Annabelle revient à ce moment.)
      Annabelle : Ça ne répond pas chez lui.
      Kim : C'est certain. Olivier vient de le voir passer en auto avec une nouvelle blonde.
      Xavier : Et on ne sait pas si la brune est au courant.
      Annabelle : Wow ! Un nouveau potin. Je vais aller raconter ça à mes amis.
      Érika : Pas trop vite. C'est pas sûr. (Annabelle ne l'entend pas. Elle continue à signaler. On la voit parler, mais on n'entend rien.)
      Érika : Tu parles d'une mémère. On n'est même pas certain. [...] » (Luc BOULANGER. « Une autre pièce de théâtre », Scènes 1 à 4, site Internet Animagination, 2001.)

    6. « C'est la memère à J... qui t'a raconté tout ça. J'ai jamais vu ça de ma vie ! Maudit ! J'vas aller y dire un mot à cette memère-là. » (Inf. fém. 22 ans, Grand-Mère, 2002, CELM.)

      SYNONYMIE : placoteux, placoteuse.

      SYNTAGMES : « La mémère à + nom propre », « une gang de vieilles mémères », « la mémère du coin ».

      DÉRIVÉS : mémérer, v. intr., mémérage n.m. pour « commérer » et « commérage ».

      REMARQUES : Souvent précédé de l'adj. « maudite » qui sert d'augmentatif.

  3. Nom et adj. par métaphore du sens I. Fam. En parlant d'une personne, généralement un homme, enclin à la crainte, qui aime se plaindre, dégoûté par la perspective d'abandonner ses habitudes.

    1. « Y me disent tout le temps que je suis memére, parce je veux pas être dérangé par les enfants, surtout quand je vais au chalet. » (Inf. masc., 68 ans, Trois-Rivières, 1978, CELM.)

    2. « J'étais juste à côté de la mémére à Potvin, y disait qui pouvait pas tirer sur le chevreuil parce que c'était trop beau, trop fin, trop n'importe quoi. » (Inf, masc. 48 ans, Shawinigan, 1980, CELM.)

    3. « Je sais bien que c'est une habitude de mémère, mais je dors mal si j'ai pas une couverture chaude sur les pieds, même l'été. » (Inf. masc., 25 ans, Nicolet, 1984, CELM.)

    4. « Y'é pas capable de s'adapter aux ordinateurs, c'est une moyenne attitude de memére. Monsieur préfère écrire au plomb, ça l'inspire plus qu'il dit. » (Inf. masc. 67 ans, Sainte-Flore [ Mauricie ], 1994, CELM.)

    5. « Une vraie memére, je vous le dis, il lui faut son fauteuil pour regarder la télévision, c'est celui-là, pas un autre. Si y changeait, le show serait pu pareil, j'imagine. » (Inf. fém., 72 ans, Mont-Carmel [ Mauricie ], 2002, CELM.)

HISTORIQUE : Mémère ( 1844 ) nom fém. est formé sur mère par dédoublement affectueux ( hypocoristique ) de la première syllabe. D'abord relevé avec le sens de « femme d'un certain âge » ( 1844, comme équivalent de mère ), le mot a fourni une appellation de la grand-mère par les petits-enfants ( 1842 ) ( DHLF ). Mémère « grand-mère » est aussi bien attesté, depuis le milieu du XIXe siècle, dans les dialectes du Nord de la France ( FEW ). L'usage actuel, en français central, tend surtout à l'employer avec l'acception de « grosse femme d'un certain âge » par péjoration ( 1881 ) ( DHLF, FEW ).

Au Québec mémère « grand-mère » ( 1860 ) est largement répandu. Le mot connaît, depuis 1912, le sens de « personne bavarde » et avec l'acception de « personne froussarde » mémère est signalé depuis 1950. Les sens II et III n'ont jamais appartenu ni au français général ni aux différents parlers de France.

Catégories :
  1. Archaïsme.
  2. Innovation sémantique.
  3. Id.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2 et 6.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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