
Joyeux Halloween !
28 octobre 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
NOIRCEUR
NOIRCEUR
: Nom fém.
Définition :
-
Obscurité.
Exemples d'emploi :
- «
La relation de l'an 1634 rapporte que les Sauvages s'imaginent
que la Lune est mariée au Soleil, qu'elle a un fils, et quand elle le
prend entre ses bras qu'elle paraît éclipsée. D'autres disent qu'elle
souffre de grandes douleurs, et qu'elle est en danger de mort, quand
elle paraît dans cette noirceur. »
(Barthélemy VIMONT. « Relation de
ce qui s'est passé en la Nouvelle France en l'année 1642 :
envoyée au R.P. Jean Filleau, provincial de la Compagnie de
Jésus, en la province de France, par le R.P. Barthélémy Vimont
de la mesme compagnie, supérieur de la résidence de Kébec »,
p.190, Paris, Chez Sebastien Cramoisy, imprimeur ordinaire du Roy
..., 1643, 373p., ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)
- «
Il referma la porte avec précaution, ouvrit la fenêtre qui donnait sur
le rivage, y jeta le corps et le rejoignit aussitôt. La force du vent le
faisait chanceler et la noirceur de la nuit l'empêchait de voir la petite
embarcation dans laquelle il se proposait de se livrer avec sa victime à
la merci des flots. »
(Philippe AUBERT de GASPÉ. « L'influence d'un
livre : roman historique », p.26, Québec, sans nom, 1837, 126p., ICMH.)
- «
Je suis arrivé ici en compagnie de M. Beaudet, par une pluie battante et une noirceur de loup. Il nous a fallu beaucoup de précautions pour cotoyer [sic] les précipices qui bordent la route de Chicoutimi à Saint Alphonse et descendre dans des cavités que Dante a dû visiter avant d'écrire sa divine comédie. »
(Pierre BOUCHER DE LA BRUÈRE. « Le Saguenay. Lettres au Courrier de
St. Hyacinthe », p.33, Saint-Hyacinthe, Presses du Courrier de St. Hyacinthe, 1880, 43p., ICMH.)
- «
Il faudrait, au moins, varier de mises en scène, changer les
décors, briser les lanternes magiques, chasser les singes qui éclairent
un public qui est dans la noirceur, puis, casser enfin la chandelle
éteinte et montrer la vérité au grand soleil. »
(François ÉVANTUREL. « Les deux cochers de Québec : souvenirs
historiques », p.163, S.I.,
sans nom, 1886, 242p., ICMH.)
- «
Il faisait une noirceur à ne pas se voir le bout du nez, mais en me
relevant tant bien que mal, j'aperçus au-dessus de moi les deux yeux
de la bête qui s'était arrêtée et qui me reluquait d'un air
féroce. »
(Honoré BEAUGRAND. " La Bête à grand'queue " dans « La chasse
galerie : légendes canadiennes »,
p.68, Montréal, sans nom, 1900,
136p., ICMH.)
- «
Au lieu d'avancer vers la clarté, j'ai reculé vers la noirceur. »
(Félix
LECLERC, « Adagio »,
p.12, 2e éd. revue et corrigée, Montréal, Fides,
1944 [ éd. originale 1943 ].)
- «
[...] alors Frenzy pèse sur le gaz encore plus, le char s'enfonce
dans la noirceur
[...]. »
(Mario BOLDUC. « Les Images de la mer », p.93, 1975, Montréal, Éditions du Jour, 132p., FTLFQ.)
- «
Le cycle
du bois avait aussi d'autres exigences. [...] C'était l'été, les
abris vides ou la cave nous commandaient de les emplir. À ras bord. Cela voulait dire que la brouette et la charrette n'allaient
pas dérougir pendant quelques semaines. Nous l'avons fait ensemble, puis séparément. C'était l'hiver, et la cheminée fumait
beaucoup. À la brunante, la noirceur venait vite, nous faisions le dos rond au traîneau, des "voyages de paresseux", parce qu'il
faisait froid. La cabane pleine nous prenions souvent de l'avance en rangeant une corde sur le perron. Et le cycle du bois
continuait. Il fallait aussi, le soir, le reprendre sur nos bras protégés par nulle étoffe au risque des marques sur l'avant-bras et le
porter jusqu'au poêle ou le corder dans une boîte qu'on traînait jusqu'à la petite fournaise. Tu as fait toutes ces tâches. Moi
aussi. D'autres aussi. Le bois n'arrivait pas par miracle derrière la
grange. »
(Yvon BONENFANT. « L'Oiseau migrateur » [collectif],
p.44, Éditions de la Catalogne, coll. Le Galendor #3, Saint-Narcisse, 1978, 100p., Archives familiales Bonenfant.)
- «
Serge, vite, se glisse nu entre les draps. Et, fermant la veilleuse, il
m'attend. Serge fait l'amour à la noirceur. Comme on ne dit pas
ici. »
(Guy MÉNARD. « L'accent aigu »,
p.16, Montréal, Leméac, 1983, 255p.)
- «
Malgré la noirceur, Fiset distinguait assez bien maintenant la
demeure du libraire, qui se dressait à une dizaine de
mètres. »
(Yves
BEAUCHEMIN. « Juliette Pomerleau »,
p.289, Montréal, Éditions
Québec/Amérique, 1989, 691p., FTLFQ.)
- «
Ça m'a pris en jonglant, en ruminant mes torts à la noirceur. J'ai
si mal pris soin de toi, ils ont bien raison de m'en vouloir avec mes airs
de ne rien vouloir savoir, mes silences arrogants de grand incompris,
la façon dont je les ai reçus l'autre
jour... »
(Réjean DUCHARME. « Va savoir », p.244, Paris, Gallimard, 1994, 267p., FTLFQ.)
- «
Inauguré en grande pompe par la coterie des huiles de la ville, ce
parc devait servir de pierre angulaire à la relance du quartier, un
secteur triste, passablement abîmé. Comme pour tout ce qui fut édifié
dans cette partie de la cité, ce que les experts avaient planifié ne s'est
jamais concrétisé. Une fois la noirceur tombée, plus personne n'ose
déambuler dans ce square sombre décrété " zone
sinistrée ". »
(Alain
BEAULIEU. « Fou-Bar »,
pp.13-14, Montréal, Éditions Québec/Amérique,
1997, 228 p., FTLFQ.)
- «
[...] en 1948, l'État a procédé à l'électrification rurale. La vie sur la ferme en fut grandement transformée. Avec l'arrivée de l'électricité, le hache-légumes, la pompe à eau et les appareils ménagers ont été modernisés. Des installations patentées par Alphonse.
Pour papa ce fut l'année de la grande lumière et non de la grande noirceur. Finies les lampes à l'huile et la lampe
Aladin. »
(Jean-Paul BONENFANT. « Une Alliance dans ses grandes lignes » [collectif],
p.216, Éditions de la Catalogne, coll. Le Galendor #12, Trois-Rivières, 2002, 408p.)
- «
La noirceur s'installe seulement vers 18 h 45 par les temps qui courent. Donc, il faisait encore clair lorsque l'incident est survenu. Je pense simplement qu'il s'agit d'une fausse
manoeuvre »
(Propos de André Lachance [ Saint-Alexis-des-Monts ] dans « Accident de chasse / Des heures angoissantes », article non signé dans Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 17 oct. 2002, p.2.)
SYNTAGMES : La grosse noirceur, se faire prendre par la noirceur,
travailler d'une noirceur à l'autre ( CELM ).
HISTORIQUE :
Noirceur ( 1487 ) qui a supplanté noirté ( propre et
figuré, XIIIe s. ) « ténèbres », dérive de noir, latin niger, au moyen du
suffixe eur avec consonne c d'après noircir. Noirceur est d'abord
le « fait, la qualité d'être noir » et désigne concrètement une tache
noire ( 1690 ). Il a perdu en français central l'ancienne acception de «
ténèbres, obscurité », courante en français québécois, cependant en
Normandie on retrouve neirceur et dans l'île de Jersey niercheur qui
sont signalés avec le sens d'« obscurité » ( FEW ). Au XVIIe s., il a
reçu le sens moral de « méchanceté » ( 1651 ), se rapportant
concrètement à une action, à une parole méchante ( 1680 ). Le mot
s'applique plus rarement à la mélancolie, à la tristesse ( 1657 - 1662 )
( DHLF, FEW ).
Au Québec, noirceur « obscurité, ténèbres » ( 1634 ) est signalé par
la plupart de nos glossairistes, depuis Dunn ( 1880 ). Aujourd'hui, le
mot, avec l'acception mentionnée, est encore d'usage courant.
Catégorie :
- Archaïsme et dialectalisme
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-3, 8, 13 et 14.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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