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Même en France, on aime placoter entre amis.

Détail d'une photo de Suzanne LAMOTHE
[Tous droits réservés], Arles, 1976.



21 octobre 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
      PLACOTER












PLACOTER placoter : Verbe intr.



Définitions :
  1. Parler beaucoup de choses et d'autres, souvent hors de propos ou sans autre but que celui d'être en situation d'échange ; bavarder.

    Exemples d'emploi :

    1. « Au fond, Sam Latour restait toujours comme humilié lorsque son commerce l'entraînait, par exemple, à laisser une belle discussion en plan pour aller dans l'arrière cuisine réchauffer une tasse de café ou un bol de soupe. On eût dit qu'il s'était rendu propriétaire de l'établissement à la seule fin, ainsi qu'on le disait dans le quartier, d'y " placoter " à son aise. » (Gabrielle ROY. « Bonheur d'occasion », p.37, Montréal, Librairie Beauchemin, 1973 [éd. originale 1945], 345p., NéoClas.)

    2. « ­ Moi ça me fait rien, mais tu sais que c'est silence quand on joue. Des femmes ça parle. Si elle se met à placoter, je t'avertis, les gars vont la sortir. » (Roger LEMELIN. « Les Plouffe », p.22, Montréal, éd. La Presse, 1948, 395p., NéoClas.)

    3. « Autour de lui, ça caquette, ça crie, ça rit, ça s'poigne le cul, ça placotte, ça règle le sort du monde [...]. » (Jacques RENAUD. « Le Cassé », p.64, Montréal, Éditions Parti pris, 1964, DictPrés.)

    4. « J'ai du mal à croire qu'elles existent. Le chauffeur n'arrête pas de placoter [...]. » (Victor-Lévy BEAULIEU. « Oh Miami, Miami, Miami », p.84, Montréal, éd. du Jour, 1973, 347p., NéoClas.)

    5. « [...] raconter ses souvenirs [...] Le danger d'une telle entreprise est de ne favoriser éventuellement que les moments forts, insistant sur les sommets du bonheur ou du malheur, et peut-être ainsi de passer à côté de l'essentiel, à côté de ce qui assure la continuité, la quotidienneté même de la vie, non dans ce qu'elle a de routinier mais dans la régénérescence perpétuelle, la millième " première fois " que je vis aujourd'hui. Bon ! je placote et je ne commence pas. Ca y est : là je commence ! » (Réjean BONENFANT, dans « Le très beau nom de mon amour » [collectif], p.51, Saint-Narcisse, éd. de la Catalogne, coll. Le Galendor no2, 1978, 210p. [Archives familiales Bonenfant].)

    6. « Nous passons tout l'après-midi à placoter de mille choses puis nous soupons tous les trois, intimement, amicalement ; le repas dure et dure encore, jusqu'à ce que la bougie qui nous éclairait en arrive à son dernier souffle [...]. » (Marcelyne CLAUDAIS. « Un jour la jument va parler... », p.499, Boucherville, Éditions de Mortagne, 1983, 526p., FTLFQ.)

    7. « Alors, je n'ai pas traité les gens de gratteux de bobos; j'ai dit que ceux qui voulaient placoter de température et gratter des bobos vont travailler entre eux autres, puis que ceux qui veulent travailler de façon constructive vont travailler avec le ministre. » (Yvon Picotte, dans « Étude des crédits du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation », Commission permanente de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation, Journal des débats, 13 avril 1994, Assemblée nationale du Québec.)

    8. « On oublie que l'être humain est aussi une personne d'habitude, de tradition. On adore jaser autour de la table, placoter, prendre le temps. Cela ne signifie pas nécessairement la mollesse, l'inertie, le désintérêt. » (Échos Vedettes, 30 juillet au 5 août 1994, p.9, col.5, FTLFQ.)

    9. « Faisons une histoire longue... Rencontrons Mme Placotte. Elle en a de la jasette ! » (Johanne ROCHELEAU. « Guide méthodologique d'évaluation en technologie éducative » [note de cours], Université du Québec à Chicoutimi, 2001.)

      DÉRIVÉ : placote ( avoir de la placote ).

      SYNTAGMES : placoter avec qqn, placoter ensemble.

  2. Fam. et péj. Tenir des propos indiscrets, médisants ou calomnieux ; bavasser.

    Exemples d'emploi :

    1. « - Je la connais, elle fait pas ça par charité.
         - Arrête donc de placoter. À moins que t'aies vu quelque chose ?
         - J'ai rien vu.
         - Casse-toi donc pas la tête avec des inventions. »
      (René OUVRARD. « La Veuve », p.31, éd. Chanteclerc, 1955, DictPrés.)

    2. « Elle, je la connais, elle placote toujours sur le dos des autres. » (Inf. fém., 34 ans, Shawinigan, 1979, CELM.)

    3. « Ben, c'est leur sport favori de placoter contre le monde, ça vient assez tannant à la longue. » (Inf. fém., 34 ans, Shawinigan, 1979, CELM.)

    4. « Ça pas été long, je l'ai accrochée par un bras pis j'y ai demandé : " Que c'é que t'é allée placoter encore ! " Elle dit de me mêler de mes affaires, ça fa que la chicane a pogné d'aplomb. » (Inf. fém., 29 ans, Grand-Mère, 1986, CELM.)

    5. « Elle s'est assise contre moi, pis là elle s'est mise à placoter contre la société, les gouvernements, le prix du gaz. Je l'ai laissée faire, ça lui faisait du bien de se vider le cœur. » (Inf. masc. 23 ans, Trois-Rivières, 2000, CELM.)

      DÉRIVÉS : placoteux(euse), placotage.

      SYNONYMIE : commérer.

      SYNTAGMES : placoter sur le dos de, placoter contre.

HISTORIQUE : Placoter est le résultat d'une inversion ( métathèse ) de [ k ] et de [ p ] à partir de clapoter, ( cp., en faveur de la métathèse, la forme placotis pour clapotis ) issu d'un radical onomatopéique klapp­ ( FEW ). Placoter n'a pas existé en français central mais, en revanche, on retrouve dans les dialectes français, Normandie, Bourgogne, Champagne, de même que dans les patois de la Suisse romande, clapoter, avec les sens de « barboter », « bavarder » et « médire ».

Au Québec, le verbe intr. placoter « parler beaucoup » est attesté depuis le début du siècle ( 1909 ) et « parler en mal de qqn » ( 1914 ). Placoter a déjà connu les sens de « s'agiter, remuer ou marcher dans une matière liquide ( eau, boue ) » et, par analogie, « s'amuser dans ( ou avec ) un liquide ( spécialt d'enfants s'amusant avec leur nourriture ) et « s'occuper à des menues besognes, passer son temps à des riens ». Ces acceptions, aujourd'hui vieillies, sont aussi attestées dans les patois français.

Catégories :
  1. Dialectalisme;
  2. Dialectalisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-5, 7 et 9.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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