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7 octobre 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
   ZIEUTER, ZYEUTER







ZIEUTER ; ZYEUTER : Verbe tr. et intr.



Définitions :
  • Pop. Regarder ( qqch., qqn ) souvent avec attention ou insistance.

    Exemples d'emploi :

    1. « Tu vas te mettre à louchailler ma pauvre fille si tu le yeutes tout le temps comme ça. » (Victor-Lévy BEAULIEU. « Race de monde », p.75, Montréal, éd. du Jour, 1969, 186p., NéoClas.)

    2. « La police a du visou. Elle cherchait un gars ou deux sula " main ". Moé, j'aurais zyeuter dans l'ouest. J'sais. J'ai vendu ma dynamite par là. » (Jean-Jules RICHARD. « Centre-Ville », p.218, Montréal, éd. L'Actuelle, 1973, 232p., NéoClas.)

    3. « Quand j'tais p'tit, toute le monde avait peur de moi parce que j'avais les yeux dans le même trou... y en a un qui zieutait à gauche pis l'autre qui s'garrochait à drette... » (Victor-Lévy BEAULIEU. « En attendant Trudot », p.40, Montréal, éd. L'Aurore, 1974, 73p., NéoClas.)

    4. « Y'a commencé à crier des noms, à me traiter de tout ce que tu voudras, je l'ai zieuté d'aplomb, je te le jure. Y'a compris que c'était mieux pour lui de sacrer son camp. » (Inf. fém., 22 ans, Grand-Mère, 1975, CELM.)

    5. « Deux seules places libres et le placier nous emmena, mon ami et moi, à leur table. Mon ami zieutait Danie et je l'ai devancé pour la demander à danser. Et nous avons dansé toute la veillée [...] » (Réjean BONENFANT, dans « Le très beau nom de mon amour » [collectif], p.52, Saint-Narcisse, éd. de la Catalogne, coll. Le Galendor, 1978, 210p. [Archives familiales Bonenfant].)

    6. « Je zyeute mes email, pis je vois le message de Lucie. J'étais content au maximum, j'étais certain qu'elle avait des bonnes nouvelles à m'annoncer. » (Inf. masc, Shawinigan, 32 ans, 1986, CELM.)

    7. « Je suis arrivée à la réception avec une robe, disons un peu décolletée. Le gars qui travaillait là me parlait sans trop me regarder dans les yeux... si tu comprends ce que je veux dire, y zieutait ailleurs... des yeux promeneurs ! » (Inf. fém., 29 ans, Trois-Rivières, 1990, CELM.)

    8. « J'suis resté un peu surprise, je regardais l'album de mon jeune frère quand il m'a dit : " T'as pas d'affaire à zyeuter mes affaires ! " Tu imagines ça, me dire ça à moi, à l'âge qu'il a. » (Inf. fém. 47 ans, Saint-Boniface-de-Shawinigan, 1996, CELM.)

HISTORIQUE : Le pluriel de œil, yeux [ zjø ], qui procède du latin oculus « œil », a donné le verbe français familier zieuter « regarder avec tendresse » ( 1890 ) et, dans l'usage parisien, l'acception générale de « regarder » ( 1909 ). Le mot est aussi signalé en argot où zyeuter signifie plus particulièrement « regarder avec insistance ». Les formes zieuter et zyeuter sont largement relevées dans les dialectes français, ainsi en Normandie avec l'acception de « regarder avec insistance », en Anjou « regarder », « lancer des œillades, jouer de l'œil », dans le Berry, zieuter « jeter des coups d'œil sur qqn ». Le [ z ] initial s'explique par la matérialisation de la liaison de les yeux ( DHLF et FEW ).

Au Québec, zieuter « regarder » et « regarder avec insistance » est relevé tardivement ( vers 1940 ). Ce verbe populaire est aujourd'hui largement répandu sur l'ensemble du territoire québécois.

Catégorie :
  • Dialectalisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte de l'exemple 5.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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