
14 novembre 2002 |
|
Chroniques La mémoire au jour le jour
par Réjean Bonenfant IL FAIT DÉJÀ NOVEMBRE Il fait déjà novembre et je devrais me réjouir de ce que mon anniversaire approche, mais une petite interrogation me titille la bonne Avant de me visser à mon clavier, je viens de relire quelques-unes de mes anciennes chroniques qui portent, on le sait, sur l'actualité de la vie culturelle, de la mienne, qui s'inscrit dans une vie culturelle plus globale, qui est un peu celle de tout le monde. Je craignais que tout cela ne soit déjà démodé. Je suis agréablement surpris. La plupart des extraits ont tenu le coup. Alors, allons-y pour une autre saison. On ne met jamais trop d'efforts à devenir éternel. Si, comme écrivain, il va un peu de soi de ne pas écrire durant l'été ainsi que le font à peu près tous les écrivains que je connais mon rôle d'animateur culturel ne prend plus de vacances depuis quelques années. Il y a toujours un projet à terminer. Ainsi, l'été dernier, j'ai vu à la publication du premier livre des lauréats du Prix Clément-Marchand de la Société des écrivains de la Mauricie. Il s'agit de Après avoir envoyé ma dernière chronique à Rabaska en mai dernier, j'avais dû communiquer avec l'éditeur pour lui demander d'enlever quelques paragraphes concernant les Journées de la culture. Cela faisait suite à notre décision, à la Société des écrivains de la Mauricie, de boycotter les dites Journées. Sans que nous le sachions, les écrivains de la Sagamie avaient adopté la même résolution. À la dernière réunion du Comité Trans-Québec, j'avais présenté un dossier au conseil d'administration de l'UNEQ afin qu'il prenne également position. C'est que les Journées de la culture ne rétribuent pas les artistes professionnels et leur budget est consacré à la publicité et à la diffusion seulement. Sous prétexte de démocratiser la culture, ils ne font que la rendre plus accessible, et cela en demandant aux artistes de s'y produire bénévolement. Naturellement, l'UNEQ a pris la même décision que nous. Quand on se bat depuis des décennies pour que les écrivains soient considérés comme des professionnels et pour qu'ils soient rétribués en conséquence, nous ne pouvions laisser durer une telle exploitation. Au moment de la parution de ma dernière chronique, la direction des Journées de la culture venait tout juste de nous demander un moratoire jusqu'en septembre, jusqu'à ce qu'ils aient le temps de nous rencontrer, les gens de la Sagamie, de la Mauricie, et ceux de l'UNEQ. Or, la réunion a eu lieu il y a quelques semaines. De haute lutte, nous avons obtenu que, dans tous leurs documents, les Journées de la culture vont fortement inciter tous leurs partenaires à rétribuer les artistes invités, et cela en publiant un extrait de la Loi sur le statut professionnel de l'artiste qui dit que tout travail mérite une rétribution. Après une discussion à bonne teneur de testostérone, c'est Gaston Bellemare lui-même, membre du conseil d'administration des Journées de la culture, qui a fait cette proposition à laquelle tous se sont ralliés. Au niveau des parutions, l'été a été assez fécond. Siégeant sur le comité de rédaction de l'Unique, journal de l'UNEQ, nous avons préparé le numéro d'octobre pour lequel j'avais suggéré quelques thèmes, notamment un dossier sur le Festival international de la poésie que nous avons confié à Bernard Pozier et un autre texte de Judith Cowan sur la traduction de la poésie. Dans le prochain numéro il y aura un texte de Gilles Devault sur la façon de mettre en scène la poésie. Incidemment, c'est ce dernier qui a mis en scène la saison passée le spectacle Mon lecteur s'apercevra sans doute que je suis, en quelque sorte, en tant qu'animateur culturel, une espèce d'agent pour les écrivains de ma région. Il me plaît bien qu'à valeur égale, les écrivains d'une région donnée aient une visibilité nationale, ce qui va de soi pour les écrivains de la région de Montréal. Aussi, je suis aussi à l'origine d'un événement médiatique d'importance pour lequel j'éprouve une petite fierté personnelle et qui a causé de grandes joies à d'autres. À un certain âge, sans qu'on en ait beaucoup de mérites, on connaît des gens un peu partout. Alors, au matin du 11 septembre, un ami, chef de pupitre à la télévision nationale de TQS de Montréal, communique avec moi. Il veut une idée pour faire un bulletin de nouvelles différent de celui de toutes les autres stations qui vont aussi commémorer ce triste anniversaire. Il savait qua j'avais pondu un poème sur cette hécatombe. Je communique avec l'éditeur Trait d'Union qui fait le lancement le soir même du Au bulletin de 17 heures, le poème a été lu en entier, en cinq épisodes, sur des images de la catastrophe de l'an dernier. Un poème de cinq minutes. C'était absolument saisissant. Un moment unique de télévision. Et un grand moment pour la poésie. Un clip que même l'esprit le plus tordu n'aurait pu imaginer. J'ai su par la suite que, pour ce bulletin, l'audiomat avait grimpé à En plus d'avoir pris des images du lancement, l'équipe de Quatre-Saisons a ramené avec elle le poète Raôul Duguay pour le bulletin de nouvelles de fin de soirée. Après un long entretien avec l'animateur Jean Lapierre, Duguay a lu son poème pour clore le téléjournal. Il n'y a peut-être que la poésie pour apporter un baume à cette blessure de l'an passé. J'ai continué tout l'été à être le correcteur des textes du journal de rue La Galère dans un numéro duquel j'ai publié mon plus récent ![]() Au cours des dernières semaines sont également parus une nouvelle sur la thématique du travail, intitulée Je poursuis au fil du souvenir qui se fait capricieux comme toujours. Je viens de participer à une très riche expérience intitulée Ces dernières semaines, j'ai aussi écrit un commentaire critique du roman Je viens également d'acheminer ma participation pour un collectif qui paraîtra bientôt à l'occasion du cent cinquantième anniversaire de la ville de Sherbrooke, texte qui m'a fait me rendre compte de ma perception de la ville de Sherbrooke que je considérais comme un monastère dans les années cinquante, comme une université dans les années soixante-dix et finalement comme un hôpital dans les années quatre-vingt-dix. Je n'en dirai pas plus, mon patient lecteur attendra la sortie du livre. Pour l'animation culturelle, j'ai été reconduit dans mes fonctions de coordonnateur de la Société des écrivains de la Mauricie et je continue d'être le représentant de la Mauricie au Comité Trans-Québec de l'Union des écrivains québécois. Je viens également d'être élu au conseil d'administration du Conseil régional de la Culture et des Communications et je siégerai à la table de concertation en création et interprétation. À cette table, Yves Dolbec, du Festival de rue de Shawinigan, représentera les organismes ainsi que les événements majeurs; Éric Laprade représentera les interprètes alors que je défendrai les droits des créateurs, autant ceux en littérature qu'en arts visuels, métiers d'art, musique ou autre. Les créateurs d'ici sont priés de me faire part de leurs doléances. Évoquant à l'instant les événements majeurs, je ne puis terminer cette chronique sans dire un mot sur le plus récent Festival international de la poésie qui a eu lieu au début d'octobre. Il m'a semblé que la participation des poètes étrangers était plus significative, dans le sens de la qualité. J'ai eu un coup de cur absolu pour le poète irlandais Desmond Egan, et pour ses chansons en gaélique qu'il nous a offertes au moment du off. De grands moments. Et Alberto Kurapel du Chili qui nous a chanté des traductions de Gaston La moisson québécoise a été aussi fructueuse que par le passé. Si nous avons déploré l'absence de Victor-Lévy Beaulieu, nous avons été choyés des présences de Marie-Claire Blais, de Nicole Brossard, de Michel Van Schendel que je n'avais pas entendu depuis la fin des années soixante. J'ai beaucoup aimé l'aisance de Yolande Villemaire qui émaille ses poèmes de petits bouts de chansons, comme elle l'a fait aussi dans le roman cité précédemment. Et il y a Mario Cholette qui vieillit bien, c'est-à-dire qu'il ne vieillit pas, et qui manie l'humour d'une façon tout à fait corrosive. Il ne faudrait pas oublier la relève. Ils sont l'espoir de ce festival. Jean-Éric Riopel, Maxime Côté, Marc-Aurèle, nous ont donné de belles prestations empreintes de fragilité, de violence, mais aussi d'une tendresse évidente. Ce dix-huitième festival en fut un exemplaire. Comme par les années passées, je me suis couché trop tard, j'ai trop fumé, j'ai trop bu... j'ai amenuisé mes défenses personnelles. C'est dire que j'ai émergé du festival avec une grippe qui, quatre semaines plus tard, est en train de se métamorphoser en bronchite... mais non, ne craignez rien, je ne ferai pas comme l'an passé à vous entretenir de mes petites maladies. Je vous assure pourtant qu'elles ne sont pas imaginaires. Il y a des gens qui ne me croient pas quand je dis que je suis malade. Serai-je obligé, à l'instar du comique dont j'oublie le nom, de faire inscrire sur mon ![]()
Pour faire connaître cet article à un ami, cliquez ici. Vous désirez envoyer un message à l'auteur, communiquez avec lui. © Réjean Bonenfant & RABASKA MULTIMÉDIA inc. (1999-2002) Tous droits réservés. |