
18 novembre 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
BAZOU
BAZOU [ bazu ] : Nom masc.
Définition :
- Souvent hypocoristique ( péjoratif ). Voiture démodée, généralement détériorée. Parfois, par antiphrase, pour désigner une belle automobile.
Exemples d'emploi :
- « Lepage : [...] j'ai eu assez de misère avec le vieux bazou du boucher Mathieu là, [...] et puis hier j'ai été chercher un char neuf... »
(Édouard BAUDRY. « Rue principale » ( radio ), 29 mars 1938, série 2, bob. 5, émission 147, p.4, FTLFQ.)
- « Le " bazou " à Philias n'avait pas voulu démarrer. On avait dû le faire remorquer au garage. »
(Adrien THÉRIO. « Ceux du chemin Taché », p.135, Montréal, éd. de l'Homme, 1963, 164p., NéoClas.)
- « Au garage de Lamarche, on réparait bien un peu les voitures, mais le cur n'y était pas. On préférait jouer aux cartes dans la cour entre les bazous, l'été ; dans la cave entre les brûleurs à l'huile, l'hiver. »
(Claude JASMIN. « Les Curs empaillés », p.17, Montréal, éd. Parti Pris, 1967, 135p., NéoClas.)
- « Le char, c'est ça, le char ! Il n'est pas pour dire à ces nonos-là pourquoi il va l'acheter. Et même pas leur en parler, du bazou ! »
(Jean-Jules RICHARD. « Faites-leur boire le fleuve », p.115, Montréal, Cercle du livre de France, 1970, 302p., NéoClas.)
- «
L'autre jour je suis sorti
Avec des p'tits voyous
Ils voulaient dessouffler
Les tires de not' bazou »
(Nestor [Claude BLANCHARD]. « Chu d'bonne humeur » [chanson], 45 tours, Trans-Canada, 1970.)
- « Quand Foti et son assistant sont partis en livraison, nous on s'installe sur le marche-pied arrière du " bazou " et, avec un canif, un pic ou un gros clou de six pouces, on se taille des glaçons. »
(Claude JASMIN. « La Petite Patrie », p.92, Montréal, éd. La Presse, 1972, 141p., NéoClas.)
- « Tanné de la couleur de ton auto ? Demande-t-il prudemment ( il voyait disparaître le gallon de peinture jaune qu'il venait d'acheter pour la salle de bain [...]
C'était stupide de peinturer ce maudit bazou, pensa-t-il, il n'y a pas de meilleur moyen de se faire repérer. »
(Yves BEAUCHEMIN. « L'Enfirouapé », p.29, Montréal, éd. La Presse, 1974, 257p., NéoClas.)
- « Y zigonne tout le temps apra' son vieux bazou. » (Inf. masc., Shawinigan, 1976, CELM.)
- « Hier, tu te faufilais dans sa maison pour l'espionner et maintenant, juste à voir son vieux bazou, tu pisses quasiment dans tes culottes ? »
(Yves BEAUCHEMIN. « Juliette Pomerleau », p.376, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, 691p., FTLFQ.)
- « Ils ont qui une camionnette, qui un vieux bazou hérité de leur père, et ils finissent tous par s'amener à Montréal pour le party hot de leur vie, alors que je voulais simplement qu'ils se détendent suite à une expérience d'une aussi grande intensité. »
(André MONTMORENCY. « De la ruelle au boulevard », p.158, Montréal, Leméac, 1992, 275p., FTLFQ.)
- « L'aut'fois j'parlais avec mon bonhomme
Y m'dit : " Astheure t'es un grand bum
commence à être temps qu'tu sacres le camp "
J'ai dit : " Pourquoi, chu ben icitte
J'me sens chez nous pis j'peux pas m'passer du bazou " »
(Richard DESJARDINS. « Le chant du bum » [chanson], disque " Au Club Soda ", Fukinic, 1993.)
- « Ouais, ça c'est un bazou à mon goût, je pense ben que c'est le genre de char que j'aimerais avoir. »,
(Inf. masc. 19 ans, Grand-Mère, 1997, CELM.)
- « Les acheteurs de voitures entendront bientôt un message environnemental à saveur religieuse : " What would Jesus drive ? " Que conduirait Jésus ? [...] Les messages encourageront les propriétaires de gros bazous 4X4 à ranger leur véhicule et à le remplacer par une voiture à faible consommation d'essence. »
(« Jésus n'achèterait pas... un utilitaire sport », journal Le Nouvelliste, Trois-Rivières, 16 nov. 2002, p.51.)
SYNONYMIE : minoune, cancer, citron ; fr. bagnole, tacot.
SYNTAGMATIQUE : vieux bazou, beau bazou.
REMARQUES : Par apocope la forme baz pour « bazou ».
HISTORIQUE :
Bazou est un emprunt à l'anglo-américain populaire
bazoo « mouth », probablement du néerlandais bazuin « trompette » (
OEDSuppl ), et de buzzer ( buzz ) bien attesté aux États-Unis entre
1900 et 1930 pour désigner, au figuré, une automobile ( OEDSuppl,
Matthews, PartSlang ).
Bazou ( 1929, FTLFQ ) s'est répandu rapidement au Québec et
demeure le vocable le plus largement utilisé pour parler de façon
dépréciative d'une vieille voiture.
Le mot est aussi connu en Acadie.
Catégorie :
- Américanisme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-5, 11 et 13.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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