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Il y a une bonne escousse...

M. Alphonse Bonenfant à la fin d'une journée comme bûcheron dans un chantier du Haut-Saint-Maurice.
Cette photo est tirée du livre « Une Alliance dans ses grandes lignes », collectif, p. 54, Éditions de la Catalogne, Trois-Rivières, 408p., 2002. (Archives familiales Bonenfant)



25 novembre 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
ESCOUSSE ( une ~ )












ESCOUSSE ( une ~ ) escousse [ variante secousse ] : Nom fém. et locution adv.

Définition :
  1. Laps de temps assez long ; un certain temps, quelque temps.

    Exemples d'emploi :

    1. « Beaucoup de personnes emploient secousse de préférence à escousse, par simple besoin de recherche élégante, le mot escousse étant surtout laissé au menu peuple. » (Sylva CLAPIN. « Dictionnaire canadien-français ou Lexique-glossaire des mots, expressions et locutions ne se trouvant pas dans les dictionnaires courants et dont l'usage appartient surtout aux Canadiens-français », p.292, éditeurs C. O. Beauchemin & fils (Montréal) et Sylva Clapin (Boston), 444p., 1894, ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)

    2. « J'aurais donné avec plus de contentement tout l'argent de ma gâgne pour qu'il se saoûle, parce qu'il était toujours meilleur pour moé quand i avait un coup dans la tête. Mé, j'cré que la mauvaiseté et le plaisir de m'martyriser l'empêchaient de se mettre en train, vu que je pouvais me sauver dans ces escousses-là et qu'i voulait jamais m'avoir plus loin que la longueur de son bras. » (FRANÇOISE. « Le mari de la Gothe », nouvelle du recueil « Fleurs champêtres » p.15, La Cie d'imprimerie Desaulniers, Montréal, 205p., 1895, ICMH.)

    3. « Monsieur Carbray m'a donné la raison qu'il avait beaucoup d'argent dans le temps à rencontrer d'un côté et de l'autre, qu'il n'avait pas rien que moi et que si je voulais attendre un peu plus tard, qu'il me règlerait plus tard. La balance qu'il me donnait pouvait me faire attendre une bonne escousse et j'ai consenti que oui. » (Archives nationales du Québec [ ANQ ]. Cour d'appel, cause no 44, 1896, Factum de l'intimé, Québec, doc. du 4 nov. 1895, p. 107, FTLFQ.)

    4. « Malgré la rapidité des flammes, tous les vases sacrés et les ornements sacerdotaux furent sauvés à l'église et à peu près tout, exceptées les statues.
      Au couvent aussi beaucoup de choses sauvées, mais beaucoup de volées aussi par des gens au coeur dur qui, plutôt que de sympathiser, ajoutent aux malheurs des autres. [...] Des voleurs, dans ces secousses-là, il y en a toujours. Les valises ont presque toutes été volées, avec leur contenu. [...] Que Dieu veuille inspirer quelques remords de conscience à ces gens-là, s'ils en ont une. » (Lettre de Soeur Marie Irène BONENFANT, ler octobre 1933, Valleyfield, dans « Le festin de deux petites soeurs », collectif, p.47, Éditions de la Catalogne, Saint-Narcisse, 250p., 1994, Archives familiales Bonenfant.)

    5. « Gen – Ben beau,... euh... ça fait une secousse que je vous ai pas vu... puis juste là... je m'adonne à vous rencontrer... c'est drôle hé ?
      ALL – C'est drôle en effet... ça fait à peu près dix fois que je passe devant votre maison... vous m'en voulez pas ? »
      (Ovila LÉGARÉ. « Zézette » [ radio ], avril 1961, p.6, FTLFQ.)

    6. « Aubert [...] – [...] Mettons, Zéphirin, que... D'abord, t'as combien d'hommes avec toi pour t'aider ? ... Ouéh ! 'faudrait que mon équipage abandonne pour une escousse de déménager. » (Guy DUFRESNE. « Cap-aux-Sorciers », p.195, Montréal, Leméac, 1969, 268p., FTLFQ.)

    7. « [...] là je devais vingt piastres de chambre. Puis la dernière can de sardine qui pouvait me rester dans le fond de l'armoire était partie en étole elle, depuis une secousse. » (Corpus Sankoff-Cedergren, 96-950 [ Il s'agit d'enquêtes orales effectuées à Montréal en 1971, sous la dir. de David et Gillian Sankoff, professeurs à l'Université de Montréal et d'Henrietta Cedergren, professeure à l'Université du Québec à Montréal], FTLFQ.)

    8. « Le gars du taxi starte l'engin, laisse runner le char une escousse pis là i l'arrête back. » (CÉLAT, coll. Comeau 1095, Bas, Alainville, Northumb, Nouveau-Brunswick, 1976, FTLFQ.)

    9. « Ben résouds-toé parce que ça s'adonne en bétail noèr que t'es paré pour passer une bonne escousse avec moé ! » (Réal-Gabriel BUJOLD. « Le sang-mêlé d'arrière-pays », p.32, Montréal, Leméac, 1981, 316p., FTLFQ.)

    10. « Les voisins m'aident à la ramasser et vont chercher le curé et le médecin. Rien à faire, elle était morte. Là, je sors dehors. Je m'accote sur la palissade du jardin, pis je pleure une escousse. » (Jos-Phydime MICHAUD. « Kamouraska, de mémoire... Souvenirs de la vie d'un village québécois », p.163, recueillis par Fernand Archambault, Paris, François Maspero, 1981, 268p., FTLFQ.)

    11. « Quand on parle d'escousse, ça fait une sacrée escousse que je l'ai pas vu, y doit avoir changé, y'était enfant la dernière fois que je l'ai vu. » (Inf. fém. 69 ans, Saint-Louis-de-France [ Mauricie ], 1984, CELM.)

    12. « Ça fait une escousse qu'il travaille à la shop. Y'é rentré dans les années 70. » (Inf. fém. 67 ans, Grand-Mère, 1992, CELM.)

    13. « -" C'est la tombe de qui ?
      -" De papa.
      -" Je vais y aller tout à l'heure. Pauvre papa ! On a parlé de ça. On se disait : Qui va mourir le premier ? On va avoir la force. Ça va être moi, disait papa. On passe une grosse escousse. [...] " »
      (Propos d'Alice SAINT-ARNAUD [ 84 ans ] tenus le 9 mars 1993 lors de la cérémonie des adieux à son époux [ cf. photo en début d'article ] décédé, à Saint-Narcisse, notés par leur fils Joseph BONENFANT, dans « Une Alliance dans ses grandes lignes », collectif, p.278, Éditions de la Catalogne, Trois-Rivières, 408p., 2002.)

      SYNONYMES : un p'tit brin, un (bon) bout de temps.

HISTORIQUE : Escousse nom. fém. et loc. adv. « espace de temps indéterminé » sont issus du croisement entre le latin excutere « prendre la place de » et succutere « secouer, brasser ». Escousse et une bonne escousse « longtemps » sont connus dans les patois de Normandie, du Poitou, de l'Anjou, du Berry et du Centre de la France ( FEW succutere ). Une bonne escousse se retrouve dans le français du XVIIe s. ( 1654 ) sous la plume de Cyrano de Bergerac dans son « Pédant joué » : « Eune bonne escousse après, je sacoute encore. » ( TraLiQ 1, 1975, p.112. )

Au Québec, escousse ( var. secousse, 1744 ) « laps de temps, longtemps » sont d'emploi fréquent. Occasionnellement on signale la présence de escousse ( secousse ) comme substantif avec le sens de « période », ainsi escousse de chaleur, escousse de froid ( MassÎg ), qui se rattache au fr. escousse « mouvement par lequel on prend de l'élan », attesté depuis le XIVe s. ( FEW ).

Avec le sens de « pendant un moment » escousse est aussi signalé en Acadie ( MassAcad ).

Catégorie :
  1. Archaïsme et dialectalisme.



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2, 4 et 13.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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