a
forçure

Photo : gracieuseté de Jacques Rivard.



4 novembre 2002

Capsule de chez nous
par Serge Fournier



Le mot de la semaine
       FORÇURE








FORÇURE : Nom fém.

Définition :
  1. Vieilli. Les gros viscères d'un animal ( poumons, cœur, foie et reins ) ; fressure.

    Exemples d'emploi :

    1. « J'ai les jambes pleines de piqûres
      C'est comme un vrai morceau de forçure
      J'ai la peau tout enlevée
      C'est parce que j'me suis trop grattée
      (Mary TRAVERS dite La Bolduc. « Les maringouins » [ chanson ], Compo Company Ltd, 1930.)

    2. « Il y a toujours du chômage, ma femme en train de m'aider
      A pris des petits lavages, je sais pas si vous savez
      La vie est tellement dure, c'est bien juste pour manger
      Du boudin puis de la forçure, ça coûte meilleur marché.
      (Jeanne LEBLANC. « Y'a pas d'ouvrage » [ chanson de folklore qui proviendrait de l'Abitibi, années 20], collection de vieux chants français, publié par la Commission culturelle fransaskoise, Regina, 1989, Société historique de la Saskatchewan.)

    3. « Moé pis mon mari on est allés faire du ski
      Et rendus au Mont-Tremblant, y faisait froid c'est effrayant
      J'avais la face comme une forçure, pis le bout du nez g'lé dur
      Je vous dis que c'est pas rose quand on a un brandy nose.
      (Mary TRAVERS dite La Bolduc. « Tout le monde a la grippe » ( chanson ), 1939.)

    4. « Pis la musique lâchait pas, le violoneux suait que l'eau pissait sus son violon. Le vicaire, quand est de lui, était rouge comme de la forçure. Il avait pas méprisé le miquelon [ alcool ], et à boire tout ça, à gratter sa musique comme un forcené en accordant du talon, j'le pensais prêt à éclater comme une vessie de cochon soufflée à la pompe à bicycle. » (Yves THÉRIAULT. « Moi, Pierre Huneau », p. 130, Montréal, Éditions Hurtubise HMH, 136p., 1976, FTLFQ.)

    5. « Les forçures qu'on disait dans le temps, c'était tous les abats : le cœur, le foie, les rognons. » (Inf. masc., 43 ans, Saint-Jean-des-Piles, 1984, CELM.)

    6. « Les forçures, on va retrouver ça habituellement quand les gens vont tuer un orignal ou un chevreuil, pis ils vont le vider et y vont laisser sur place les parties qu'ils jugent non comestibles, pas la viande : " Ben on est arrivé, on a trouvé une forçure d'orignal, y'en a qui ont tué dans ce coin-là. » (Inf. masc., 53 ans, Saint-Jacques-des-Piles, 1985, CELM.)

    7. « Mais l'autre Amerloque, celui qui a la face comme une forçure et une grosse motte de graisse à la place du cerveau, il veut les acheter [ les sculptures ] tout de suite et les transporter illico dans son palace de Nantucket, pour les regarder tout seul en se crossant, probablement. » (Monique PROULX. « Homme invisible à la fenêtre », p.24, Montréal-Paris, Boréal-Seuil, 239p., 1993, FTLFQ.)

    8. « J'ai entendu mon père dire à Claude qui avait travaillé comme un bon toute la journée, pis y'avait forcé : t'as la face comme une vraie forçure. » (Inf. masc., quarantaine, Trois-Rivières, 2002, CELM.)

    SYNTAGMES : forçure brune « foie d'un animal », forçure blanche « poumons d'un animal ».

HISTORIQUE : Forçure fait partie de toute une famille gallo-romane de termes pour désigner les « abats ». Le mot remonte au bas latin frixura « poêle à frire » « morceau à frire » ( on faisait des fricassées avec ces morceaux ). On relève en ancien et moyen français froissure « les gros viscères d'un animal », plus particulièrement la forme feursure dans la région parisienne. Dans les parlers français, feurceure ( Avallon ), feurchuse « entrailles du bétail » ( Seignelay ), frochure, « fressure du porc » ( Claivaux ), fersure « estomac » ( Auxerre ), fresseure « poumon » ( Neuchâtel ). Cette famille lexicale occupe une aire continue englobant le Nord-Ouest de la France, la région d'Orléans, l'Île-de-France, la Champagne et les parlers de la Suisse romande. Avec l'acception de « foie » le mot vit encore aujourd'hui dans les parlers alpins ( FEW, BW5 ).

Au Québec forçure est signalé tardivement, 1894, avec de nombreuses variantes phonétiques. Aujourd'hui, le fr. abats a remplacé forçure qui ne s'entend presque plus.

Le vocable est aussi relevé en Acadie avec la même valeur.

Catégorie :
  1. Archaïsme et Dialectalisme



Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2 et 3.



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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.

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