
( Photo : Guy RIVARD )
9 décembre 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
MITAINE
MITAINE 1
: Nom fém.
Définitions :
- Gant sans séparation entre les doigts sauf pour le pouce.
a) Qui sert à protéger les mains du froid ; moufle.
Exemples d'emploi :
- «
[...] leur Capitaine vint avec une barque, vêtu d'une vieille peau
d'Ours noir [...]. Sa harangue finie nous lui montrâmes une mitaine
feignant de lui vouloir donner en échange de sa peau, à quoi il prit
garde, et ainsi peu à peu s'accosta du bord de nos navires [...] »
(Marc LESCARBOT. « Histoire de la Nouvelle France : contenant les
navigations, découvertes, & habitations faites par les François és
Indes Occidentales & Nouvelle-France souz l'avu & authorité de
noz Rois Tres-Chrétiens, & les diverses fortunes d'iceux en
l'execution de ces choses, depuis cent ans jusques à hui : en
quoy est comprise l'histoire morale, naturelle, & géographique de
ladite province : avec les tables et figures d'icelle »,
p.279, Paris,
chez Jean Milot..., 1609, 950p., ICMH [Institut canadien de
microreproductions historiques].)
- «
Le froid était parfois si violent, que nous entendions les arbres se
fendent dans le bois, et en se fendant faire un bruit comme une arme à
feu. [...] mon encre se geleait [...] il fallait mettre un réchaud plein de
charbons ardents proche de mon écritoire, autrement j'eusse trouvé de
la glace noire, au lieu de l'encre. [...] il n'y a rien d'intolérable [...]. Mais
Il se faut armer de bonnes mitaines, si on ne veut avoir les mains
gelées. »
(Père Paul LE JEUNE. 1632-1633, Édition Reuben G.
THWAITES, « The Jesuit Relations and allied documents : travels
and explorations of the Jesuit missionaries in New France,
1610-1791 »,
New York, Pageant, 1959 [ réimpression de l'édition
publiée entre 1896 et 1901 par Burrows, Cleveland ], CELM.)
- «
Pendant que la chair est dans cet état, elle est blanche et dure
comme de la glace ; mais elle se dégèle lorsqu'on la frotte avec une
main chaude ou plutôt avec des mitaines de castor. »
(Henri ELLIS. « Voyage de la Baye d'Hudson, fait en 1746 & 1747, pour la
Découverte du Passage de
Nord-Ouest », pp.86-87, Paris, Sébastien
Jorri, 1749, 2 tomes, CELM.)
- «
Un capot, une chemise et une paire de mitaines ( comme
équipement ) »
(De MALARTIC. « Journal des campagnes au Canada
du Comte de Maurès de Malartic, de 1755 à 1760 », publié à Dijon,
1890, 373p., MassAcad.)
- «
Après avoir jeté ses mitaines sur le crible, il enleva son cache-nez
et son casque de loutre cependant que le fermier criait à sa femme et
à sa fille d'apporter des chaises. »
(Albert LABERGE. « La
Scouine », p.54, Montréal, Les Quinze éd., 1980, [ éd. originale 1918 ], 142p.,
CELM.)
- «
" V'là la neige ! " dit-elle, en fermant. Elle sortit le capot d'étoffe
grise, la ceinture, les mitaines carreautées de rouge et de noir, la
crémone... " Il va faire vilain ", dit-elle. »
(Félix-Antoine SAVARD. « Menaud maître-draveur », p.118, Montréal - Paris, Fides, 1964, [ éd.
originale 1937 ], 149p., CELM.)
- «
Montour demeure impossible ; il se débarrasse d'une lourde
cloque, de ses mitaines et de son casque ; [...] »
(Léo-Paul
DESROSIERS. « Les Engagés du Grand
Portage », p.129, Montréal,
Fides, 1969, [ éd. originale, Paris, Gallimard, 1938 ], 220p.)
- «
Mitaine en cuir d'orignal fumé brodée de motifs montagnais et cris
de la région du lac Saint-Jean. »
(Cyril SIMARD. « Artisanat
québécois : 3. Indiens et Esquimaux », p.219, Montréal, Les Éditions
de l'Homme, 1977, 566p., FTLFQ.)
- «
Les femmes sont très habiles pour travailler le cuir d'orignal avec
lequel elles confectionnent des vêtements [ mitaine et mocassins par
exemple ] d'un style particulier au Grand Lac Victoria. »
(Yvon H.,
COUTURE, dans
« Les Algonquins », p.139, Val d'Or, Éditions Hyperborée,
1983, 184p., FTLFQ.)
- «
Tu permets que je prenne ta main ? J'ai tellement hâte de te
prendre la main. Enlève ta mitaine. »
(Yves BEAUCHEMIN. « Juliette
Pomerleau », p.383, Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1989, 691
p., FTLFQ.)
- «
Wo ! Wo ! Le cheval, rassuré par les mots habituels, se calma
un peu lui aussi. L'homme se fraya un chemin jusqu'à lui, le flatta de
sa mitaine gelée ; il appuya sa tête lasse sur les naseaux fumants. »
(Bernadette RENAUD. « Un homme comme tant d'autres », t.1, « Charles », p.336, Montréal, Libre Expression, 1992, 362p., FTLFQ.)
- « À dix pas derrière, Véronique sortit sa main droite de son
manchon puis elle tira sur sa mitaine avec ses dents et, d'un geste vif
elle jeta dans sa bouche un bonbon qu'elle cajolait depuis le départ. »
(André MATHIEU. « Aurore l'enfant martyre », p.50, Lac Drolet, Éditions
Nathalie, 1994, 474 p., FTLFQ.)
- «
Et l'hiver... Ouille, l'hiver
c'est là qu'ils sont le mieux, les vieux,
ils ont pas besoin de douzaines de quatorze soleils...
non
on leur donne un foyer,
un beau petit foyer modique
qui décrépite,
pour qu'ils se chaufferettent les mitaines...
Ouille, oui l'hiver ils sont bien
ils sont drôlement bien
isolés... »
(Marc FAVREAU alias SOL. « Le crépuscule des vieux » dans « Presque tout Sol », Montréal, Les éditions internationales
Alain Stanké, 1997.)
- « L'hiver n'était qu'une petite peur devant ces pots alignés comme des soldats, prêts au combat de la famine et des temps froids, devant ces morceaux de viande enfouis dans les pleins carrés d'avoine. L'hiver n'était qu'une petite faim devant les frais légumes endormis dans le noir des caveaux, qu'un petit frisson devant les laines tissées, chaussons, mitaines et catalognes. »
(Yvon BONENFANT. « Une Alliance dans ses grandes lignes », p.109, Trois-Rivières,
Éditions de la Catalogne, 2002, 408p.)
SYNTAGMES : mitaines de laine, tricoter des mitaines, porter des
mitaines, mitaines de motoneige, mitaines en cuir, mitaines tricotées,
mettre des mitaines pour parler à quelqu'un « Fig. Parler en prenant
des précautions » cp. en français central avec les locutions prendre
sans mitaines « sans précautions » ( v.1550 ), y aller avec des
mitaines ( 1787 ) qui procèdent de l'ancien sens de « gant ». Ces
locutions sont disparues au profit de syntagmes similaires formés
avec gant. ( DHLF, FEW ).
b) Qui sert à protéger la main lors de l'exécution de certaines
activités, de certaines tâches.
Exemples d'emploi :
- «
[...] il prend la tête [ de la morue ] d'une main la jette dans un trou
qui est à ses pieds par où elle tombe dans la mer, et de l'autre main
pousse la morue à l'habilleur, qui la prend par l'oreille avec une
mitaine qu'il a à la main gauche, autrement il ne pourrait pas tenir
ferme [...] »
(Nicolas DENYS. « Histoire Histoire naturelle des peuples, des
animaux, des arbres & plantes de l'Amerique septentrionale & de
ses divers climats : avec une description exacte de la pêche des
moluës, tant sur le Grand-Banc qu'à la coste, et de tout ce qui s'y
pratique de plus particulier, &c »,
p.160, Paris, Claude Barbin, 1672,
502p., ICMH.)
- «
Si tu veux travailler avec les balles de foin, mets des mitaines,
parce qu'à la fin de la journée tu vas avoir les mains en sang, pis
pleine
d'ampoules. »
(Inf. masc., 35 ans, Saint-Casimir [ Portneuf ],
1976, CELM.)
- «
En général, le batteur se couvrait les mains de mitaines de cuir
pour se protéger contre les chardons. Si la mitaine avait le malheur de
s'approcher trop près des dents du tambour, elle était happée et
déchiquetée sans merci. De même les doigts du batteur imprudent ! »
(Germain LEMIEUX. « La vie paysanne
1860-1900 », pp.129-130, aussi
Tambour de batteuse [ Dessin, p.129 ], Sudbury-Laval, Les Éditions
Prise de Parole-Les Éditions FM, 1982, 239 p., FTLFQ.)
- «
Un jour, en parlant avec mes invités, j'ai ouvert mon four, pis sans
mitaine de four, j'ai essayé de tirer la grille. Astheure, j'oublie jamais
ma mitaine quand j'ouvre un four, ça c'est
garanti. »
(Inf. fém., 25
ans, La Tuque, 1983, CELM.)
- «
En boucherie, on met des mitaines de cuir, ça évite ben des petits
accidents avec les crochets et les couteaux. »
(Inf. masc., 19 ans,
Louiseville, 1999, CELM.)
SYNTAGMES : mitaine de four, mitaine de cuir, mitaine à
micro-ondes, mitaines de karaté.
- Gant de cuir, sans séparation entre les doigts sauf pour le pouce,
utilisé dans certains sports.
a) Baseball ; le gant du joueur de premier but et du receveur. Par ext.
gant utilisé par les joueurs à toutes les positions sur le terrain.
Exemples d'emploi :
- «
As-tu imaginé ça, un lanceur des majeurs qui passe dix-huit
frappeurs dans la mitaine ? »
(Inf. masc., 26 ans, Trois-Rivières,
1975, CELM.)
- «
Je me souviens de Bob Bailey, y s'était fait passer quatre fois
dans la mitaine par un lanceur des Reds [ de Cincinnati, une équipe
des ligues majeures de
baseball ]. »
(Inf. masc., 30 ans,
Saint-Jean-des-Piles, 1977, CELM.)
- «
Bof ! on peut dire que les joueurs défensifs ont une mitaine, mais
ce sont les joueurs de premier but et les receveurs qui ont des
mitaines, les autres, pour les autres on dit généralement qu'ils ont un
gant. »
(Inf. masc., 28 ans, Shawinigan, 1980, CELM.)
- «
Y'a reçu ben comme y faut la balle dans sa mitaine, pis y'a
jamais été capable de ressortir la balle à temps pour compléter le
double-jeu. »
(Inf. masc., 21 ans, Grand-Mère, 1983, CELM.)
- «
C'est pas facile de ramasser la balle avec ce genre de mitaine-là,
ça prend quelqu'un d'habitué. Garry Carter était très bon pour ce
jeu-là. »
(Inf. masc., 46 ans, Saint-Étienne-des-Grès, 1985, CELM.)
- «
Un moment donné la balle a été frappée : une sorte de chandelle
du côté de premier but. Le jouer de premier but est monté sur le
rouleau de la toile protectrice, y'a glissé, y'é tombé, pis, à ma grande
surprise, la balle était dans sa mitaine. »
(Inf. masc., 35 ans,
Montréal, 1990, CELM.)
- «
Ma mitaine, quand j'étais jeune, c'était pas grand-chose, une
espèce de petite galette plate en cuir noir avec des lacets jaunes. »
(Inf. masc., 56 ans, Trois-Rivières, 1997, CELM.)
SYNONYME : « Mite » [ mot d'emploi plus courant que « mitaine » ].
SYNTAGMES : Passer dans la mitaine [ particulièrement fréquent ],
mitaine de receveur ( catcher ), mitaine de premier but, mitaine de
cuir.
b) Hockey ; gant de plus grande proportion, muni d'une sorte de
panier et réservé au gardien de but.
Exemples d'emploi :
- «
Quand je parle de gardiens de buts, je parle de Glenn Hall, ça
c'était un goaler [ gardien de buts ]. Hall était très vite, avec sa
mitaine il attrapait tout et il voyait le jeu se développer deux secondes
avant tout le monde. »
(Inf. masc., 32 ans, 1975, Shawinigan, CELM.)
- «
Les jeunes choisissent soigneusement leur équipement, mais à
part les patins, naturellement, les jambières et la mitaine les
intéressent au plus haut
point. »
(Inf. masc., 38 ans,
Rivière-de-la-Savane [ Mauricie ], 1983, CELM.)
- «
Un gars qui est faible du côté de la mitaine fera jamais une
carrière au hockey, tu le verras pas dans la Ligue Nationale. »
(Inf.
masc., 55 ans, Batiscan, 1985, CELM.)
- «
Mon garçon joue dans une ligue organisée, y'é gardien de but,
y'me surprend à chaque fois, y'é pas battable du côté de la mitaine.
Mais y'a d'autres côtés [ intervention du mari ].
Inquiète-toi pas pour
ça, essaie plutôt de voir les côtés
positifs. »
(Inf. fém., 25
ans, La Tuque, 1983, CELM.)
- «
Y t'a fait un arrêt de la mitaine assez époustouflant ! J'étais sûr
que c'était un but, mais y'a été chercher cette rondelle-là comme si
y'allait cueillir des petites cerises sauvages [ rires ]. Cojo, c'est le
meilleur ! »
(Inf. masc., 18 ans, Champlain, 1995, CELM.)
- «
Non le biscuit c'est le gant qui protège sa main, celle qui tient le
hockey du gardien [ de buts ], l'autre c'est le panier, la mitaine. »
(Inf.
masc., 23 ans, Cap-de-la-Madeleine, 1999, CELM.)
- «
La bataille a pogné, c'était drôle. Gaston y'a donné un coup de
mitaine sur la tête. Deux gardiens de buts qui se battent, c'est drôle !
Avec leur équipement y peuvent pas se faire mal. »
(Inf. masc., 19
ans, Pointe-du-Lac [ Trois-Rivières ], 2002, CELM.)
SYNONYME : panier.
SYNTAGME : mitaine de gardien [ de buts ].
- Fig. péj. Personne qui manque de courage, d'énergie, facilement
influençable.
Exemples d'emploi :
- «
On est tout un peupl' de mitaines ;
on s'laiss' m'ner par le bout du nez.
On veut même pas se donner la peine
de défendr' c'qui nous est donné.
On fait des discours magnifiques
pis des processions l'vingt-quatr' juin
mais nos élans patriotiques
sont déjà oubliés
l'lendemain. »
(Émile CODERRE alias Jean NARRACHE. « Quand j'parl' tout
seul », p.92, Éditions Albert Lévesque, Montréal, 1933 [ édition originale, 1932 ], 130p.)
- «
C'te gras-là, c'était une vraie mitaine, sa femme en faisait ce
qu'elle voulait, y se laissait faire, va à gauche, y'allait à gauche, va à
droite, y'allait à droite. »
(Inf. fém., 36 ans, Saint-Louis-de-France,
1976, CELM.)
- «
C'est pas une équipe de mitaines. Ils ont perdu deux games [
matchs ] de suite, mais tu vas voir, y vont s'adapter, pis y vont gagner
la
série ! »
(Inf. masc., 30 ans, Yamachiche, 1978, CELM.)
- Employé en fonction d'attribut avec valeur d'adj.
- «
Y'é trop maniéreux, trop mitaine pour vraiment essayer de se
présenter comme président du comité. C'est pas ben important, mais
quand même. »
(Inf. fém., 34 ans, Notre-Dame-du-Mont-Carmel [ Mauricie ], 1974.)
- «
Il est pas mal trop mitaine pour aller se mêler d'une bataille sur la
glace [ au hockey ]. »
(Inf. fém., 22 ans, 1990, Saint-Tite [ Mauricie ],
1978.)
- «
Mes voisins ont fait un party hier, leur musique à piston au bout
pendant onze heures de temps. Si y recommencent, pis là on dit pas
un mot, on est des [ sacres ] de mitaines. »
(Inf. masc. 53 ans,
Trois-Rivières, 2002, CELM.)
SYNTAGMES : Être une mitaine, être toute une mitaine, traiter
quelqu'un de mitaine, espèce de mitaine. Par ext. Être une mitaine pas
de pouce « être maladroit » ( FTLFQ, CELM ).
- Fam. Loc. adv. À la mitaine.
a) À la main, de façon artisanale ; avec des moyens de fortune ; de
façon rapide ; sans prendre le soin le soin accordé habituellement.
Exemples d'emploi :
- «
Je fais mon lavage à la mitaine, ça veut dire à la main, non pas à
la machine comme dans un lavomat. »
(Inf. masc, 28 ans, Montréal,
1982, CELM.)
- «
Au camp, on n'avait pas encore de pompe à eau, ça fait que tous
les jours on se lavait à la mitaine dans le
lac. »
(Inf. masc.,
Saint-Élie-de-Caxton, 34 ans, 1984, CELM.)
- «
Ce jour-là, je me suis lavé à la mitaine, pis j'ai sauté dans mon
char pour essayer d'arriver à
temps. »
(Inf. masc., 21 ans,
Shawinigan, 1988, CELM.)
- «
Patrick Bourgeois tenait d'ailleurs encore l'album en main lorsqu'il
a d'abord déclaré : " aujourd'hui, beaucoup d'albums se font en
appuyant sur la touche Enter d'un ordinateur, mais si celui-ci a de la
chaleur, c'est précisément parce que nous l'avons fait à la
mitaine. " »
(Journal de Québec [ Le ], 5 nov. 1994, p. 3S, col. 1, FTLFQ.)
- «
Pourquoi n'uvre-t-il [ Jos Leduc ] pas dans le cadre d'un autre
organisme de charité ? " Je l'ai déjà fait, avec deux groupes différents,
dit-il. Mais quand je demandais à voir les chiffres, ils me disaient de
m'occuper de mes affaires... " Jos préfère donc continuer à la mitaine.
" Y'a des matins que je trouve ça dur de me lever. J'ai subi 42
fractures en carrière. Mais quand je pense que je peux aider, ça me
motive. " »
(Échos Vedettes, 26 juil. au 1er août, 1997, p.38,
FTLFQ.)
- «
Les ordinateurs ont pas marché aujourd'hui, on a dû faire les
factures à la mitaine. Ça été vraiment long ! »
(Inf. fém., 39 ans,
Montréal, 2001, CELM.)
SYNONYME : à ( la ) main.
SYNTAGMES : faire quelque chose à la mitaine ; lavage ( laver ) à la
mitaine, travailler à la mitaine ; étendre à la mitaine « semer, répandre
du fumier à la main sans machinerie » ; semer à la mitaine ; jeter à la
mitaine « Foresterie. Briser les poteaux de soutien des jetées de billes
de bois » ; charger à la mitaine « façon de charger la fourragère » ; faire
de la terre à la mitaine « épierrer une terre », faire le beurre à la
mitaine « faire du beurre à la main sans baratte » ( PPQ, CELM ).
b) Qui se conduit en utilisant une boîte à vitesses standard (
transmission manuelle par opposition à automatique ) en parlant d'un
véhicule.
Exemples d'emploi :
- «
Je me souviens de mon père, à Séville, y'avait loué un char,
transmission manuelle, cinq vitesses, un char à mitaine. »
(Inf. masc,
33 ans, Trois-Rivières, 1973, CELM.)
- «
J'ai déjà conduit à la mitaine, mais ça fait longtemps de ça, je
préfère de beaucoup une [ voiture ]
automatique. »
(Inf. masc., 52 ans,
Shawinigan-Sud, 1976, CELM.)
- «
La première fois que tu conduis à la mitaine, c'est vraiment drôle,
le char saute partout, ça donne des coups, pis là le moteur s'arrête,
pis tu recommences. Pour tout ça t'as avancé de cent pieds. »
(Inf.
fém., 21 ans, Sainte-Thècle [ Mauricie ], 1980, CELM.)
- «
Oh que non ! Je veux rien savoir des chars à mitaine, c'est ben
trop de troubles conduire
ça. »
(Inf. fém., 36 ans, Trois-Rivières, 1984,
CELM.)
- «
C'était un char à mitaine. On connaissait pas ça [ le
fonctionnement ]. »
(Inf. fém., 80 ans, Saint-Luc-de-Vincennes [
Champlain ], 1987, FTLFQ.)
- «
L'hiver, je trouve pas mal plus utile de conduire à la mitaine que
d'être pogné avec un char automatique, tu peux pas mal mieux
contrôler l'auto. »
(Inf. masc., 47 ans, Trois-Rivières, 1995, CELM.)
SYNONYME : à ( la ) main, à ( la ) clutch.
SYNTAGMES : Chauffer à la mitaine, conduire à la mitaine, char à
mitaine.
- Rare. Nom. Jeu de cartes traditionnel ( PPQ ).
HISTORIQUE :
Mitaine, nom fém. dérive ( av. 1188 ), à l'aide du
suffixe aine, de l'ancien français mite « chatte » ( 1350 ). Le sens du
mot, encore vivant dans plusieurs régions de France, s'explique par
allusion à la fourrure douce de cet animal. En français standard
mitaine a d'abord signifié « moufle » mais dans l'usage moderne de
France le mot s'est différencié de moufle qui désigne ( 1718 ) un
gant laissant les deux dernières phalanges découvertes ( DHLF,
BW5, FEW mit ).
Au Québec mitaine « moufle » depuis le Régime français ( 1609, Marc
Lescarbot ) est encore aujourd'hui usuel sur l'ensemble du territoire.
Dans l'usage québécois moderne, le mot avec l'acception de « gant
de cuir pour se protéger » ( 1672, Nicolas DENYS ), largement relevé
dans les parlers de l'Ouest et du Nord-Ouest de la France ( FEW ),
est confiné à un emploi marginal.
Pour désigner le « gant du premier but au baseball » ( 1909 ), mitaine
se superpose à mitte, d'emploi plus fréquent ( CELM ), qui procède
de l'anglo-américain mitt, forme raccourcie de mitten « main, poing »
et en argot américain « gant de boxe » ( Deak, Harrap's, OED ). La
proximité des deux formes et l'existence, depuis le début de la
colonisation, de mitaine « gant » ont certainement stimulé l'emploi de
cette dernière forme qui commence à concurrencer mitte.
La diffusion de mitaine « gant du gardien de but » ( v. 1950 ) s'établit
d'après le sens général de gant, déjà bien installé dans l'usage
québécois, et s'explique largement par l'influence de mitaine « gant
de premier but ».
Avec l'emploi figuré de « personne timorée », mitaine ( 1930 ) a été
relévé dans les parlers de l'Est de la France ( FEW ). Cet emploi
actuel demeure toutefois sporadique et est ignoré par les jeunes
générations.
La locution familière à la mitaine « de façon manuelle » dans tous les
champs d'activité ( v. exemples d'emploi et les nombreux syntagmes
), courante depuis le début du XXe siècle, s'appuie clairement sur le
syntagme bien établi en français à la main. Il s'agit de la simple
substitution de mitaine à main : syntagme à la + main devient à la +
mitaine. Avec l'acception de « conduite manuelle d'une automobile »
( 1940 ), à la mitaine reprend clairement le sens général de ce qu'on
fait à la main dans un champ d'activité différent.
Mittaine ( 1872 ) existe, comme emprunt au québécois, dans
l'anglais canadien « heavy fur gloves » ( DictCan ).
Mitaine « moufle » est aussi relevé en Acadie ( MassAcad ).
Catégories :
- a) Archaïsme ; b) Dialectalisme.
- a) Américanisme ; b) Id.
- Dialectalisme
- a) Innovation lexicale ; b) Id.
MITAINE 2
: Nom fém.
Définitions :
- Vieilli. Office religieux des protestants.
Exemples d'emploi :
- «
Sans doute, contrairement à la mode de Paris déjà condamnée par Vinet, les habitants francisent d'instinct les mots anglais qu'ils ont adoptés : flour ( farine ) devient pour eux fleur, meeting fait mitaine, [...] »
(« La Langue. I » article de la série « Le livre du Canada / Le Canada français » dans « L'Encyclopédie de la Jeunesse » (collectif), t.11, p.3940, Montréal, Société Grolier, Éditeurs, 12 t., 1923, Archives familiales Bonenfant.)
- «
Il s'agissait d'une rencontre, d'une sorte d'office religieux, une
mitaine qu'on appelle ça. Ça se passait le dimanche je crois bien,
tous les dimanches. »
(Inf. masc. 76 ans, 1978, Trois-Rivières, CELM.)
- «
Je suis allé assister à une mitaine la semaine passée, ça faisait la
première fois que j'allais là. »
(Inf. masc., 85 ans, 1989, Valleyfield,
CELM.)
- Vieilli. Lieu du culte des protestants ; temple.
(NDLR.: La photo ci-contre [détail] nous montre la première mitaine érigée au Québec, à Berthierville [Bibliothèque nationale du Québec].)
Exemples d'emploi :
- «
Le fait que leurs lieux de réunion, bien modestes églises, fussent
solennellement interdits aux catholiques sous peine
d'excommunication nous donnait lieu de croire qu'on s'y livrait à des
rites effroyables. Les fenêtres de ces " mitaines " étaient garnies non
point de vitraux mais bien de verre bon marché de couleur orange. [...]
Beaucoup plus tard j'appris qu'il ne s'agissait là que d'un groupe
d'inspiration anglaise [...] tous rigoureusement déistes et chrétiens. »
(RINGUET. [ pseud. de Philippe PANNETON ]. « Confidences », p.189, Montréal, éd. Fides, 1965, 198p.,
NéoClas.)
- «
Docteur Scot, on vous a bâti la chaussée du Géant pour que
sans incommodité vous puissiez passer de la haute et sèche Écosse à
la Verte Érin ; s'il fallait que vous ne vous en serviez pas, c'est moi qui
la prendrais dret-là pour aller vous battre dans votre mitaine d'Anglais
! »
(Jacques FERRON. « Le Ciel de Québec », p.66, Montréal, èd. Du
Jour, 1969, 404p., NéoClas.)
- «
Dans la très puritaine ville des Trois-Rivières, vers 1940, on parlait
des couples mariés à la mitaine [ église protestante ], ce n'était que
des accotés. »
(Inf. masc., 77 ans, Shawinigan, 1983, CELM.)
- «
S'inspirant librement de certains de ces faits historiques,
Victor-Lévy Beaulieu attribue une origine huguenote aux Galarneau : "
Les Galarneau descendent de protestants français qui, à la fin du
siècle dernier, avaient même ouvert une mitaine dans le bas du
Fleuve. " Refoulés de Saint-Cyprien où les catholiques ont incendié
leur " mitaine " à peine bâtie, le grand-père de Xavier et sa famille "
se sont r'tranchés dans leurs terres avec leur Bible. "
Note de bas de page : ³ Ce terme " mitaine " est une déformation de
l'appellation anglaise " Meeting House ", qui signifie " Temple ". »
(Manon LEWIS. « De la Terra Aliena à l'héritage cuménique de V.-L.
Beaulieu », in lewis 2.pdf, pp. 5 et 6. Les extraits sont tirés de
Victor-Lévy BEAULIEU, téléroman L'Héritage, 1987-1990,
Radio-Canada.)
- «
Comblés de tout, les pique-niqueurs, avant de rentrer en ville, se
rassemblèrent spontanément, formèrent un chur orienté en direction
de la mitaine et chantèrent avec une extraordinaire émotion, qui
prenait au ventre, la complainte d'Évangéline la déportée. »
(Vincent
NADEAU. « Nous irons tous à
Métis-sur-Mer », p.140, Montréal, XYZ
Éditeur, 1993, 319 p., FTLFQ.)
- «
Il y en a beaucoup comme ça qui viennent de mots anglais, comme " mitaine ". Vous êtes au
courant, ça vient des petites églises qui faisaient des " meetings ", où les Anglais faisaient des " meetings ".
C'est devenu " mitaine ". Il y a une chanson là-dessus, d'ailleurs, mitaine : " Love me tender ". »
Yves BLAIS. « Étude détaillée du projet de loi 23 », Commission permanente de l'économie et du travail, Journal des débats, Assemblée nationale du Québec, 7 juin 1994.)
- «
Quand j'étais enfant, mon univers religieux était relativement
simple. Il y avait les catholiques d'un côté et les protestants de l'autre.
Les premiers étaient francophones et les seconds anglophones.
Chacun avait une place assignée dans cet univers connu et bien
ordonné. Cette classification était confirmée par mon expérience
quotidienne, j'avais un seul ami anglophone, Bob, et il était protestant.
Il y avait dans ma ville une seule église protestante, la " mitaine " et
elle était anglophone. Parfois mais rarement, on rencontrait une
anomalie à cette règle, une bizarrerie de l'histoire comme, par
exemple, une école catholique anglophone, mais jamais une école
francophone protestante. Pour moi, les protestants étaient des anglais. »
( Jean-Raymond THÉORET. « Un brin d'histoire », dans « Le Lien » :
JuilletAoût 2001, site Web de la Conférence canadienne des Églises des Frères mennonites. [ NDLR : Ce numéro ne semble plus disponible sur le site. ] )
- «
Mitaine existe dans un autre sens que moufle, c'est autre chose
c'est mitaine qui veut dire une sorte d'église chez les protestants et
qui vient du mot anglais meeting. »
(Inf. masc., 53 ans,
Cap-de-la-Madeleine, 2002, CELM.)
SYNTAGMES : aller à la mitaine, mitaine protestante.
- Rare. Nom. Protestant, qui appartient à la religion protestante ( PPQ
).
HISTORIQUE :
Pour les deux acceptions, de l'anglais meeting « an
assembly of people, in England, of nonconfotmists, for purposes of
worship ; also, a dissenting chapel, a meeting-house ( surviving in
names of buildings ) » ( OED ).
En français québécois ( 1880 ), mitaine n.f. désigne d'abord un «
office religieux des protestants » puis, il prend le sens de « lieu du
culte des protestants ». L'existence de mitaine « sorte de gant qui
couvre la main... » en français a certainement contribué à l'adoption
de mitaine avec l'acception de « lieu de culte... ». Aujourd'hui,
le mot est presque complètement disparu de l'usage québécois.
Catégorie :
- Anglicisme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples 1.Ia-13 et 14; 1.III-1; 2.I-1 et 2.II-6.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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