
( Photo : Guy
RIVARD )
2 décembre 2002
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
NORDET
NORDET, NORDÊT, NORD-EST, NORDA
: Nom masc.
Définition :
- Vent du nord-est.
Exemples d'emploi :
- «
Le 24. du mois d'Octobre ie fus audit Cap de Tourmente, & delà pensois aller aux isles, qui sont le trauers pour recognoistre quelques particularitez, mais le vent de Nordest s'esleua si fort que nous pensâmes perir, toutes nos commoditez furent perdues, notre chalouppe grandement offencée, qui nous contraignit de relacher & retourner à Québec.
Le 30. dudit mois s'eleua vn si grand coup de vent de Nordest, que la mer croissant extraordinairement, nous brisa vne de nos barques sans y pouuoir remedier, laquelle estoit toute pourrie au fond pour estre trop vieille, Dieu permettant ce mal-heur pour un autre plus grand bien. »
(Samuel De CHAMPLAIN, 1626, in « The works of Samuel de Champlain in six volumes reprinted, translated, and annotated by six canadian scholars under the general editorship of H. P. Biggar, Volume V, 1620-1629 »,
pp.210-211, The Champlain Society, Toronto, 1933 [reprinted 1971 by University of Toronto Press, Toronto and Buffalo], 351p., ICMH [Institut canadien de
microreproductions historiques].)
- «
[...] comme si une immense bouche de froid emplissait de son souffle toute la vallée du St. Laurent.
Et cela dure une semaine, deux semaines. Cette année, nous voici arrivés au douzième jour, et ça n'est pas encore fini. Remarquez que vous avez quitté la ville léger et court vêtu, que vous n'avez pu prévoir le mois d'octobre au mois d'août, que vous avez eu confiance dans le soleil, ce père de la nature, que vous n'avez mis en fait d'extras, dans votre bagage, qu'un caleçon de bain, ce qui est une garantie précaire contre le nord-est, que vous avez laissé flanelles, molletons, chaussettes de laine et camisoles dédaigneusement empilés dans les tiroirs, et que vous êtes là, maintenant, à deux pas de cette plage retentissante, enfermé misérablement dans une maison crue, mal bâtie, mal jointe, où le rhumatisme, compagnon inséparable du nord-est, vous attend comme une proie assurée. »
(Arthur BUIES. « Petites chroniques pour 1877 »,
p.60, Imprimerie de C. Darveau, Québec, 1878, 200p., ICMH.)
- «
Le coin du pignon gauche fend le nordet comme une étrave, et
contre le nordet terrible les fenêtres s'enveloppent aussi contre vents
et de lourds volets [...] »
(Chanoine Lionel GROULX. « Chez nos
ancêtres », p.21, Montréal, l'Action française, 1920, 102p., NéoClas.)
- «
Au bord du Saint-Laurent, que remonte le fameux vent du Nordet, les granges ont leurs portes tournées vers le
fleuve, c'est-à-dire longées par les bourrasques, qui les débarrassent
de la neige ; ce sont les sifflets de vent qui font
office de chasse-neige. »
(Pierre DEFFONTAINES. « L'Homme et
l'hiver au Canada », p.66, Gallimard, 1957, 293p.)
- «
Elle était perdue au centre même des plaines d'Abraham. La petite
Québécoise, habituée à la neige et se souvenant bien des hommes,
égarés par des soirs de nordet, avaient péri de froid, se raidit de tout
son courage pour arriver à s'orienter. »
(Jean-Charles HARVEY. « Les
Demi-civilisés », Montréal, p.193. éd. l'Actuelle, 1970, [ éd. originale
Totem, 1934 ], 196p.)
- «
Le froid le fit frissonner. Puis il rentra dans sa maison sombre et
silencieuse.
Le vent est nardet. Il va neiger, c'te nuit, annonça-il
d'une voix impersonnelle, [...] »
(Albert LABERGE. « La Fin du voyage », p.77, nouvelle extraite de « La Fin du voyage », 1942, in Gérard
BESSETTE, « Anthologie d'Albert Laberge », Montréal, Éd. Cercle du
livre de France, 1962, XXXV et 310p., NéoClas.)
- «
Le vent a repris de plus belle, mais cette fois sans direction. On le
croit au sud, il est nordet et soroît [ sud-ouest ]. Un vent mêlé. »
(Félix
LECLERC. « Le Fou de
l'Île », p.66, Montréal, éd. Fides, 1962, [ éd.
originale, 1946 ], 215p., NéoClas. )
- «
Voici donc le pays aimable que mon ancêtre aurait quitté pour les
neiges du Canada. Voilà les paysages trop gracieux qui eussent hanté
son esprit quand soufflait le nordet sur les pentes glacées de l'île
d'Orléans. »
(RINGUET [ pseud. de Philippe PANNETON ]. « Confidences », p.13, Montréal - Paris, Fides, 1965, 198 p., FTLFQ.)
- «
Un autre souvenir qui se rattache à ce beau temps, c'est le " sleigh-ride " que Georges à Fanny nous faisait faire, de l'école à
chez-nous, tout en distribuant le courrier. C'était une belle chance, les jours de nordet. »
(Irène BONENFANT, dans
« Notre Terre amande », collectif, p.266, Éditions de la Catalogne, Saint-Narcisse,
1977 [Archives familiales Bonenfant].)
- «
Tom passa sa chemise à carreaux, chaudement doublée. Il prit
quelques effets et partit. Il frissonna un peu sous la morsure du
nordet. L'hiver était presque là. Tout en se dirigeant vers sa
camionnette, il cherchait Kimo du regard. Mais ses pensées étaient
pour Bill. Il était inquiet, d'une inquiétude nouvelle. Il se demandait ce
qu'Alex avait voulu dire en parlant de Bill, quelques jours plus tôt. »
(Serge CÔTÉ. « L'Indien. Les trois jours de la nation », p.89,
Chicoutimi, Éditions JCL, 1988, 268p., FTLFQ.)
- «
[...] elle décida d'attendre ses amis à l'extérieur et ses parents, son père surtout, la
serrèrent très fort dans leurs bras. Elle s'échappa de leur étreinte et sortit rapidement, fouettée par un petit vent du nordet en
plein visage. »
(Réjean BONENFANT. « Un amour de papier », p.113, Coll. Typo # 41,
Éditions de l'Hexagone, Montréal, 1990, [ éd. originale
La Presse, 1983 ], 181p.)
- « C'est ainsi que Marie-Laure, dans tout l'éclat de ses quarante ans
auréolés de succès, s'embarqua avec son mari à bord du Tadoussac.
C'était la fin août, le nordet avait recommencé à balayer
impitoyablement le fleuve. Au-delà du cap Tourmente, la brume
s'épaissit en brouillard tenace. »
(Vincent NADEAU. « Nous irons tous
à Métis-sur-Mer », p.311, Montréal, XYZ Éditeur, 1993, 319 p., FTLFQ.)
- «
Le nordet. Aussi appelé le " vent d'en bas ". Il vient du golfe et
des eaux glacées de la zone septentrionale de l'Atlantique, souffle du
nord-est et " refroidit toujours le temps ". L'hiver, les tempêtes de
neige poussées par le nordet sont les plus violentes, ses puies sont
les plus froides et les plus cinglantes. Le voyageur suédois Pehr Kalm,
de passage en 1749, assure que tout le mur intérieur d'une maison se
couvre d'une gelée blanche quand souffle le nordet en hiver. »
(Jean
PROVENCHER. « Les quatre saisons dans la vallée du
Saint-Laurent », p.12, Les éditions du Boréal, 1996, 605p.)
SYNTAGME : vent du nordet.
HISTORIQUE :
Nordet « vent du nord-est » ( 1175 ) est un composé à
partir de Nord, issu du vieil anglais North désignant la direction
marquée par l'étoile polaire ( IXe s. ) conservé en anglais moderne
(FEW, DHLF, OED), et de Est, d'abord attesté sous la forme le Hest (
v. 1138 ) « point cardinal situé dans la direction du soleil levant », qui
représente un emprunt ( v. 1130 ) au vieil anglais East ( FEW, DHLF,
OED ). Le mot est relevé en français du XIIe au XVIe s.
Il survit en Picardie, en Bretagne et en Poitou ( FEW, norp ).
Au Québec nordet ( 1609 ) « vent du nord-est » est attesté dès le
début de la colonisation. Aujourd'hui, le vocable est encore usuel sur
l'ensemble du territoire ( FTLFQ, PPQ, CELM ).
Catégorie :
- Archaïsme et dialectalisme.
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1, 2, 9 et 11.
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L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
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