
20 janvier 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
BEBELLE ; BÉBELLE
BEBELLE ; BÉBELLE
: Nom fém., souvent au
pluriel.
Définitions :
- Fam. Jouet, joujou.
Exemples d'emploi :
- «
Dans nos campagnes surtout, c'est le Petit-Jésus qui distribue les bebelles ou
bébelleries qui se donnent le premier janvier, ce qui n'empêche pas, il va sans dire, les
parents de s'enquérir par avance des préférences de leur progéniture. »
(Louis-Philippe GEOFFRION. « Zigzags autour de nos parlers.
Simples
notes »,
Le Soleil, Québec, 29 décembre 1923, p. 16,
col. 3
[Université Laval].)
- «
À cet âge, les enfants ne se laissent pas distraire. Ils collent à
leurs bébelles. »
(Jean-Jules RICHARD. « Faites-leur boire le
fleuve »,
p.24, Montréal, Cercle du livre de France, 1970, 302p.,
NéoClas.)
- «
À la télé y'annoncent toutes sortes de bébelles, tu sais toutes
sortes de jouets, n'importe quoi pour attirer l'attention des enfants, pis
les parents vont acheter
ça. »
(Inf. masc., 37 ans,
Saint-Gérard-des-Laurentides, [ Mauricie ], 1995, CELM.)
- «
Mais un jour comme ça surtout m'en veut pas trop
Faudra que t'aille à l'école avec les autres marmots
Tu te feras crier des noms étirer tes bretelles
Y aura toujours un con pour briser tes bébelles. »
(Jonathan PAINCHAUD. Chanson « À l'enfant que
j'aurai », du disque Okoumé, Musi-Art (MACD-5821), groupe Okoumé,
1997.)
- «
Les bebelles que j'aimais le plus c'étaient mes toutous en
peluche. »
(Inf. fém., 32 ans, Cap-de-la-Madeleine [ Trois-Rivières ], 2002, CELM.)
SYNTAGMES : ramasser ses bebelles.
DÉRIVÉS : bebellerie(s).
- Fam. Nom fém., souvent pluriel. Ce qui est sans valeur ; futilités,
inutilités.
Exemples d'emploi :
- «
Souvent le bourgeois a fait banqueroute et ils [ les forestiers ]
n'ont pas été payés. Mais quand ils le sont, c'est pour plusieurs,
toujours la même bebelle, comme le disait l'un d'eux, car ils fêtent tant
qu'ils n'ont pas tout dépensé. »
(B. A. Testard de MONTIGNY. « Colonisation : le
nord »,
p.80, Montréal, 1886, 172p.)
- «
[...] j'ai vu leurs catins de cire, avec des belles robes de bal sur le
dos [...]. Des meubles, des chambres à coucher, d'aut'catins en
fanfreluches de soie. Pis des magasins de sport, des cannes de golf,
des raquettes de tennis, des skis, des lignes de pêche [...]. La société
nous met toute sous les yeux [...]. Ah ! non, a nous conseille d'acheter
aussi. On dirait qu'a peur qu'on soye pas assez tentés. Ça fait donc
qu'a nous achale pour qu'on achète ses
bebelles. »
(Gabrielle ROY. « Bonheur
d'occasion »,
p.52, Montréal, Librairie Beauchemin, 1973 [
éd. originale 1945 ], 293p., NéoClas.)
- «
Si je pouvais mett'boute à boute
Le ch'min d'la factrie à maison
Je serais rendue, y'a pas d'doute
Faiseuse de bébelles au Japon
[...] »
(Clémence DESROCHERS. « La vie d'factrie » dans « Sur un radeau d'enfant », Montréal, Leméac, 1969.)
- «
Mais les plafonniers ne sont pas une mine inépuisable. Si bien
qu'en moins d'un an, les frères Hamel et d'autres créateurs de leurs
amis ont créé une dizaine de prototypes qu'ils ont placés chez les
détaillants de " beaux objets ". Car pour tout dire, Les Objets Boulle
Enrg., c'est la passion pour les beaux objets qui ne deviendront pas
bébelles en fonction des principes de la vente. »
(Francine MOREAU. « L'Éclairage en deux
sources »,
DÉCO, vol. 01, no. 05,
déc. 1972, c.01, NéoClas.)
- «
En toute lucidité, elle veut éviter le danger de la facilité, celle du "
promenage de la culture ", qui imbrique la bébelle culturelle dans le
système général et vicieux du cycle commercial
production-diffusion-consommation. »
(Guy ROBERT. « Les
Éléphants blancs de la
culture »,
LE MACLEAN, vol.12, oct., p.63,
c.03, NéoClas.)
- «
Oui, en résumé, j'avais trop de " bebelles " inutiles qui ne
permettaient pas à mon décor de refléter véritablement ce que je suis,
moi. »
(Louise CÔTÉ. « On
est toujours la kétaine [ v. ce mot à la
fenêtre Lexique québécois ] de
quelqu'un »,
CHÂTELAINE, sept. 73,
p.30, c.03, NéoClas.)
- «
Tes bébelles, dans ton carré de sable, s'tie
Y va mouiller des jets pis des tanks en titi
Mohammed Ben-Gay Al-Chichi, watch-toé
Mais y shake pas pantoute, le cheikh
Y danse
l'islambada »
(Jean CHARLEBOIS. « Islambada »,
chanson interprétée par Robert CHARLEBOIS, disque Cartier : l'opéra-rock, Solution, SNC 806 CD, 1993.)
- «
Les gens se promènent astheure avec leur agenda informatique,
pis leur cellulaire. Des vraies bebelles ! »
(Inf. fém., 43 ans, Rivière
Matawin [ Mauricie ], 1996, CELM.)
- «
Le culte du plus, l'éloge de l'image, la bébelle embellie
Tout cela m'atterre et me désespère, car ma mère la terre se
détériore »
(BATLAM (rappeur). « Langage-toi »,
groupe Loco Locass, disque Manifestif, Audiogram, 2001 [première parution 1999].)
- «
Probablement que ça vous est déjà arrivé, vous autres aussi là, en tout cas, moi, ça
m'est déjà arrivé de commander une bébelle sur Internet, comme on dit. Hein ? Puis de recevoir la bébelle mais
les frais de poste sont à peu près quatre fois le prix de la bébelle, hein ? Alors, ils nous attrapent par ailleurs.
Ça, c'est toute la question qu'il faudrait traiter sur l'encadrement, j'indique, législatif pour le commerce en ligne. »
Rémy TRUDEL (ministre). « Journal des débats de
la Commission de l'éducation », Assemblée nationale du Québec, 26 novembre 2002.)
SYNTAGMES : laisser ces bebelles-là tranquilles « ne pas toucher » ;
ne pas jouer avec ces bebelles-là ; prends tes bébelles, pis vas jouer
dans ta cour « prends ce qui t'appartient, puis va-t-en chez toi », se
mêler de ses bébelles « se mêler de ses affaires ».
SYNONYMES : gugusse, gogosse, cossin(s). [ v. ces mots à la
fenêtre Lexique québécois ].
- Pop. Par métaphore. Seins ( généralement gros ).
Exemples d'emploi :
- «
[...] Albert [...] nous dit pourquoi il aime tellement les belles grosses
boules de ces dames : " J'aime les belles bébelles " nous assure-t-il.
" Ça me rend vicieux et je voudrais les avoir tout de suite dans la
bouche dès que je les
vois. " »
(« Nouvelles des
" swingers " », p.2,
col.1, 27 avril 1981, JunDSeins.)
- «
Andrée a vraiment de belles bébelles avec quoi on aimerait jouer
toute la journée et même un peu plus longtemps. »
(« Rendez-Vous », p.16, 24 août 1981, JunDSeins.)
- «
Elle fut même un jour scandalisée lorsqu'une amie, qui admirait
son buste, lui dit, sans avertissement : " Avec des belles grosses
bébelles comme les tiennes, tu as non seulement ton avenir devant
toi, mais tu pourrais poser les tétons dénudés et amasser une petite
fortune dans le temps de le dire. " »
(« Nouvelles des
" swingers " », p.7, col.2, 12 oct. 1981, JunDSeins.)
- «
La preuve que ce genre de poitrine à grosse dimension plait [ sic ]
de plus en plus est la vogue effarante des magazines qui en font
régulièrement mention et qui publient leurs photos faisant voir leurs
grosses bébelles dans toute leur grosseur et toute leur splendeur. »
(« Encore », p.13, col.5, 23 nov. 1981, JunDSeins.)
SYNTAGMES : belles bébelles, grosses bébelles, les bébelles à l'air,
paire de ( grosses ) bébelles, cacher ses bébelles ( JunDSeins ).
HISTORIQUE :
Existent en ancien français ( 1204 ) baubel et babel «
petit cadeau, petit joyau » et babelet « jouet, bagatelle » (
GreimasAncienfr ). Dans la région de la Flandre ( et en Belgique ), on relève faire
bébelle « caresser », terme enfantin et bébel « jouet » en Picardie et
Normandie ; en Sologne, Bretagne et dans le Poitou bebelle « objet
de peu de valeur, chose quelconque pour amuser les petits enfants »
( MassAcad ).
Denis Juneau ( JunDSeins ) établit que bébelle n'est pas un
redoublement expressif de belle, le mot paraît plutôt appartenir à la
famille de la racine onomatopéique à double bilabiale B.B- avec
alternance vocalique qui offre de nombreux dérivés dont une des
valeurs communes est « petit objet » comme babiole, bibelot et
bobine ( FEW bab-, beb-, bib-, bob- ). ( 1 )
En québécois bébelle « jouet » a sûrement été employé sous le
Régime français, mais il est relevé assez tardivement par nos
glossairistes (1894). Les sens II et III, métaphoriques, dérivent des
acceptions plus usuelles de « jouet » ( sens I ).
Aussi en Acadie bébelle « jouet, bibelot » ( PoirAcad. ).
Catégories :
- Archaïsme ; Dialectalisme.
- Innovation sémantique ( métaphore ).
- Innovation sémantique ( métaphore ).
( 1 ) Babel. Au pied de la fameuse tour, les hommes, par châtiment
divin, se mirent soudain à fourcher de la langue. Pis encore : à
baboler. Babel, babil, balbutier, baboler, même racine : c'est le
bab... bab... bab des lèvres qui ne trouvent pas leurs mots. La bouche
reste bée, plus bébète que baba. Même battement des babines de
bébé dans la convoitise du bonbon, la peur du bobo, l'admiration du
bibi ou autre babiole. Au pied de la tour, passé le premier moment
de stupeur, les langues se sont déliées dans les bouches, mais pour
éparpiller les langages dans le monde. Ainsi jusqu'au parler romand,
qui est un aboutissement, ayant pris d'oïl et d'oc, de bric et de broc
et des quatre points cardinaux. Mais si chère que nous soit notre
langue, le Ciel nous préserve des baboleurs, des barjaques, des
batoilles et de leurs bringues. Le Romand, comme le sage, sait
aussi se taire dans toutes les langues. Comme le Petit Poucet, il n'en
pense que tant plus ! Qu'on se le dise ! ( PIDOUX [Edmond]. « Le Langage des Romands », 2e éd., Ensemble [ Alliance culturelle romande et l'Association suisse des journalistes de langue française ], Lausanne, 1984, 173p. [ PidouxRomands ].)
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemples I-1 et 4; II-3, 7, 9 et 10.
Pour faire connaître cet article à un ami, cliquez ici.
L'auteur est professeur de littérature et de linguistique au Collège Shawinigan,
vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.
© Serge Fournier & RABASKA MULTIMÉDIA inc. (2000-2003) Tous droits réservés.