

17 février 2003
Mise à jour : 18 février 2003
Capsule de chez nous
par Serge Fournier
Le mot de la semaine
CHENAIL
CHENAIL, AUX: Nom masc.
Définitions :HISTORIQUE : Chenal, par substitution de suffixe ( 1 ) chenail, est la réfection (v.1225) d'après canal de l'ancien français chanel, chenel (v.1112, BosOïl), issu du latin canalis, l'un des nombreux dérivés de canna
- Passage, canal, ouvert à la navigation sur le
Saint-Laurent ; chenal.
Exemples d'emploi :
- « Ils partent donc tous le lendemain pour les trois rivieres fur les glaces qui commançoient de toutes parts à fe defprendre, & l'eftoient defia vis à vis de nous; & cedés auffi-toft apres le retour de Piefcaret & de la bande, la ne fut pas pluftoft paffe fur la glace, que le grand chenail fe rompit & boucha le paffage à l'ennemy qui ainfi que nous auons appris du depuis par les Hurons fauués des mains des Iroquois, pourfuiuirent ceux-cy, & fuffent mefme venus iufques à nos portes, fans les glaces qui deriuoient defia bien
fort. » (Barthélemy VIMONT.« Relation de ce qui s'est passe en la Nouvelle France, en l'annee 1642 &1643 : envoyée au R.P. Jean Filleau, provincial de la Compagnie de Jesus, en la province de France, par le R.P. Barthelemy Vimont de la mesme compagnie, superieur de toute lamission. », p.227-8, Paris, Chez Sebastien Cramoisy, Imprimeur ordinaire du Roy, et Gabriel Cramoisy, 1644, 312p, ICMH [Institut canadien de microreproductions historiques].)
- « Nous appareillâmes le lendemain, le même vent s'étant augmenté, & le jour fuivant, nous moüillâmes à la traverfe du Cap-Tourmente, qui pour n'avoir que deux lieuës d'étenduë, ne laiffe pas d'être dangereux lors qu'on ne fuit pas bien le chenail. Il ne nous reftait plus que fept lieuës de navigation jufqu'à la Ville de Quebec, devant laquelle nous venons de moüiller. [...] Au Port de Quebec le 8. Novembre
1683. » (Lettre [1683] de Louis Armand de Lom d'Arce, baron de LAHONTAN, dans« Nouveaux voyages de Mr. le baron de Lahontan dans l'Amériqueseptentrionale », t.1,p. 7, A La Haye, Chez les frères L'Honoré, 1704, ICMH.)
- « Le Long Sault est divisé en trois chenaux par deux isles. On monte par le chenail du nord et l'on descend par le chenail du sud. Celui du milieu, qu'on appelle le chenail écarté est, dit-on,
impraticable. » (Pierre Jean de BONNECAMPS.« Relation du voyage de la Belle rivière fait en 1749, sous les ordres de M. de Celoron, Québec, 17 octobre 1750, dans« The Jesuit relations and allieddocuments : travels and explorations of the Jesuit missionaries in New France,1610-1791 : the original French, Latin, and Italian texts, with English translations andnotes » , de Reuben Gold THWAITES, p.152, Cleveland, Burrows, 1900, 310p., ICMH.)
- « Le 24, passé à la pointe à Lamorandière; l'Isle aux Raisins; entré dans les chenaux à trois lieues de l'extrémité du lac. On aperçoit le fort Saint-Régis, qui est sur la rivière à la Mine; le fort est de pieux, établi en 1751. Les jésuites y ont une mission pour y établir quelques Iroquois; beau canton de chasse; on trouve dans les chenaux le rapide, appelé le Chenail écarté, le moulinet très-dangereux
[sic]. » (Louis Antoine de BOUGAINVILLE, comte, dans« Mémoire de Bougainville sur l'état de la Nouvelle-France à l'époque de la guerre de Sept ans[1757.] » [en tête dutitre : « Documents inédits sur l'histoire de la marine et descolonies »], p.605, tiré de« Revue maritime etcoloniale », mai 1861, ICMH.)
- « [...] Qu'il soit donc ftatué par l'autorité fufdite, que, après la paffation de cet Acte, toute partie des Chenaux des différentes Rivières dans le dit Diftrict inférieur de Gafpé, fera laiffée en tout tems [sic] ouverte et fans aucun obftacle quelconque, et où il ne fera point poffible de conftater et défigner de chenail, alors un tiers de la largeur fera ainfi laiffé ouvert et libre, fous la pénalité de Dix Livres, Argent Courant de cette Province, payables par la perfonne ou les perfonnes causant tel
embarras. » (« Les statuts provinciaux du Bas-Canada: Anno Regni Georgii Tertii, Dei gratia, Britannarium Regis, Quadragesimo Septimo. Son Honneur Thomas Dunn, Ecuier, Président de la Province du Bas Canada et Administrateur du Gouvernement de la dite Province. Etant la Troisième Session du Quatrième Parlement Provincial duBas-Canada. », p.275, 1807, ICMH.)
- « Chenail, n.m. Chenal. Ex. Le chenail du nord, du sud du fleuve
Saint-Laurent. » (Narcisse-Eutrope DIONNE.« Le Parler populaire des Canadiens-français ou Lexique des canadianismes, acadianismes, anglicismes, américanismes, mots anglais les plus en usage au sein des familles canadiennes et acadiennesfrançaises », p. 142, Québec, Laflamme & Proulx imprimeurs, 1909, XXIV-671p.[réimpr. : Les Presses de l'Université Laval, 1974].)
- « Mon beau-père pêchait près du chenail, dans le bout de Sainte-Anne-de-la-Pérade pis, une belle journée de printemps, y'a eu comme une explosion, la glace s'est brisée et y s'est retrouvé sur sa plaque de glace, avec sa cabane, en train de dériver sur le
fleuve. » (Inf. masc., 32 ans, Saint-Casimir [ Portneuf ], 1975, CELM.)
- « Oui, il y a un chenail pas trop loin du vieux quai. Un chenail comme dans le Chenail-du-Moine du Survenant. Y doit ben y'avoir une quarante de pieds d'eau à c'te
place-là. » (Inf. fém., 56 ans, Trois-Rivières, 1982, CELM.)
- « Le fleuve est pas facile à naviguer, ça prend quelqu'un qui sache comment aborder chaque chenail et pis le système de signalisation à certains endroits n'est pas vraiment
adéquat. » (Inf. fém., 38 ans, Île d'Orléans, 1990, CELM.)
- « Une chance qu'il y a un chenail icitte parce que la navigation serait impossible. Le seul petit inconvénient c'est les gros transporteurs, y font de la vague pis que ça détruit lentement le rivage. Y'a des capitaines qui font exprès, y passent trop vite dans le
chenail. » (Inf. masc., 76 ans, Bécancour, 1996, CELM.)
- « Selon l'historien Benjamin Sulte, la dénomination Chenal du Moine tire son origine d'un certain Lemoine ou Le Moyne dit Despins, propriétaire d'une terre dans ce secteur, entre 1685 et 1709. La forme "Chenail Le moine" inscrite sur la carte de l'hydrographe Jean Deshayes (1695) tend à confirmer cette
explication. » (Commission de toponymie du Québec.« Noms et lieux duQuébec : dictionnaireillustré », p.445, Sainte-Foy [Québec], Les Publications du Québec, 1996, 925p.)
- « C'est vrai que c'est assez spectaculaire de voir les bateaux s'orienter en direction du chenail et venir passer à quelques centaines de pieds de la passerelle [...]. Le chenail a été creusé il y a une bonne vingtaine d'années, pas plus que
ça. » (Inf. masc. 52 ans, Port-Saint-François [Nicolet], 2000, CELM.)
- « Ils sont allés à une des barques camouflées par des branchages, stationnées le long du chenal. Les gens d'ici disent
"chenail", mais je n'ai pas trouvé le mot dans mondictionnaire. » (François BARCELO.« Chiens sales », roman, Éditions Gallimard, Série noire, 2000.)
- « Ouais, chnaille, pour dire à quelqu'un de déguerpir, mais chenail aussi pour canal. Je le dis pas habituellement, mais je l'ai entendu, je dis plutôt un
canal. » (Inf. fém., 21 ans, Shawinigan, 2002, CELM.)
- « La production annuelle de Mines Seleine est aux environs de 1,2 à 1,5 million de tonnes métriques par année de sel de déglaçage. Mines Seleine procure 200 emplois directs aux Îles-de-la-Madeleine, permanents, et le transport du sel des Îles se fait par bateau via un chenail de 10,2 km qui traverse la lagune de
Grande-Entrée. » (Guy LEBLANC.« Débats de la Commission de l'agriculture, des pêcheries et del'alimentation », Assemblée nationale du Québec, 10 septembre 2002.)
SYNONYMES : Fr. chenal, canal, passe.
SYNTAGME : chenail + toponyme (trèsfréquent) ; chenail d'entrée (d'un port).
« roseau » désignant par extension un conduit d'eau (DHLF, FEW). En français central canail« canal » dans une chanson du XVIe s. (Nyrop, Grammaire historique, II, No 305). Dans les parlers de France on relève une série de formes voisines dechenail : en Lorraine chinaïe« canal » et chinay« chéneau », en Savoie cianail « id. » et tchinay« torrent » (FEW).
Au Québec chenail« canal » est attesté depuis 1642. Les relevés (entre autres, Père Vimont, Relation des Jésuites, et Père Potier, sous coulée« chenail sansissue ») indiquent que la forme chenail était probablement usuelle dans les parlers galloromans. Chenail, abondant dans la toponymie (Chenail-du-Moine, Chenail Écarté et Chenail-Saint-Clair) depuis la Nouvelle-France est encore d'usage courant de nos jours.
Le terme, avec le sens de« canal », existe aussi en anglais canadien où il est signalé comme emprunt au français québécois (DictCan).
En Acadie, on relève le syntagme faire un chenail, mais avec l'acception de« faire une percée dans laneige » (MassAcad).
Catégories :
- Archaïsme et dialectalisme.
( 1 ) -ail pour -al : cette substitution s'est opérée en français dans un certain nombre de mots par suite d'une confusion de suffixe partie du pluriel dont la terminaison -aux correspond à la fois à -al et -ail du singulier (Cf. BW5 p. 500, s.v. porte, dér.portail ; voir également Bourciez No35,rem. II). Dans certains mots comme portail (latin portalis), ce changement s'est définitivement imposé, dans d'autres, au contraire, il y a eu retour à al, notamment dans métal et cristal (JunPron, pp.262-263).
Serge Fournier
avec la collaboration de Guy Rivard (de Rabaska Multimédia) pour la mise en forme, la recherche des hyperliens et la collecte des exemplesI-1, 2, 3, 4, 5, 11, 13 et 15.
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vous pouvez le joindre à l'adresse électronique sefourni@sh.cgocable.ca.